Coronavirus : Après Nice et Dunkerque, l’Ile-de-France bientôt confinée le week-end ?

CORONAVIRUS Si l’incidence de l’épidémie de coronavirus est bien loin des seuils critiques relevés dans la région niçoise ou à Dunkerque, le nombre de nouveaux cas ne cesse d’augmenter en Ile-de-France

Caroline Politi

— 

Les Parisiens ont profité ce week-end du redoux. Est-ce l'un des derniers avant un éventuel reconfinement partiel?
Les Parisiens ont profité ce week-end du redoux. Est-ce l'un des derniers avant un éventuel reconfinement partiel? — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • En Ile-de-France, l’incidence de l’épidémie est de 302 cas pour 100.000 habitants et atteints 343 cas en Seine-Saint-Denis.
  • 70 % des lits de réanimation de la région sont occupés par des patients atteints par le Covid-19.
  • Selon le gouvernement, les prochains jours vont être décisifs.

A qui le tour ? Alors qu’à moins d’une semaine d’intervalle la région niçoise et Dunkerque ont été reconfinés le week-end, la question est désormais sur toutes les lèvres. Et les regards se tournent avec insistance vers l’Ile-de-France. Si l’incidence de l’épidémie est encore loin des seuils critiques relevés dans ces deux agglomérations – respectivement 750 et 900 cas pour 100.000 habitants – elle ne cesse d’augmenter. Elle s'établit actuellement à 312 nouveaux cas pour 100.000 habitants dans la région francilienne. Contre 222 au début du mois. Et dans cinq départements – Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, le Val d'Oise et la Seine-et-Marne – l’incidence est supérieure à 300.

Ce ne serait que des chiffres abstraits s’ils n’avaient de répercussion immédiate sur le système de santé. Désormais, plus de 70 % des quelque 1.200 lits de réanimation sont occupés par des patients ayant contracté le Covid-19. « On est complet depuis déjà plusieurs semaines et dès qu’un lit se libère, il est réattribué dans les heures qui suivent », insiste le Pr Djillali Annane, à la tête du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine. S’il ne note pas d’évolution dans les profils des patients qui intègrent son service – la moyenne d’âge se situe autour de 60 ans – il affirme que désormais la majorité d’entre eux sont infectés par le variant anglais. « On a eu quelques cas de variant sud-africain mais cela reste très minoritaire », précise-t-il.

Une hausse difficile à analyser

Est-ce à dire que tout est déjà joué, que le confinement en Ile-de-France est inéluctable ? Pour l’heure, le gouvernement reconnaît que la région est sous haute surveillance mais affirme qu’aucune décision n’a été prise. Et ne devrait l'être avant le week-end prochain. « Les prochains jours vont être cruciaux, voire décisifs », indiquait néanmoins mercredi le ministre de la Santé, Olivier Véran, en déplacement à Dunkerque.

L’une des principales difficultés est d’analyser les causes de ce regain épidémique. Est-il directement lié au variant britannique, plus contagieux que la source originelle, et désormais majoritaire en Ile-de-France ? La situation météorologique de ces dernières semaines et notamment à la vague de froid intense de la mi-février a-t-elle pu aggraver la situation? Depuis le début de l’épidémie, certains scientifiques soulignent une corrélation entre la reprise épidémique et la météo : lorsque les températures sont négatives, les gens ont tendance à se retrouver en intérieur et l’aération des pièces est moindre. 

Stratégie à suivre

Reste de nombreuses questions en suspens, notamment sur la stratégie à mettre en œuvre. Le gouvernement attendra-t-il « le dernier moment », que le taux d’incidence atteigne des sommets, pour reconfiner, en espérant d’ici là une inflexion des courbes ? Certains indicateurs, à l’instar du R0, c’est-à-dire le taux de reproduction du virus, sont en baisse depuis quelques semaines (il est désormais de 1, ce qui signifie qu’une personne infectée en contamine une autre donc l’épidémie est stable). La présence du virus dans les eaux usées de la région sera également assurément scruté : cet indicateur permet de déceler l’évolution de l’épidémie avec une longueur d’avance car que l’on soit asymptomatique ou que l’on n’ait pas encore poussé les portes d’un laboratoire pour se faire dépister, des traces de virus sont évacuées à travers l’urine ou les selles. Mardi, sur France Inter, Yvon Maday, professeur à la Sorbonne-Nouvelle et membre du réseau Obépine qui analyse ces indicateurs, indiquait que les données franciliennes étaient « stables » mais à des niveaux élevés.

D'autres, à l’instar de la mairie de Paris plaide pour un reconfinement strict. « Plus on confine tôt et fort, moins longtemps on confine », estime le Pr Djillali Annane, qui précise néanmoins qu'à ses yeux les confinements locaux sont inefficaces si les déplacements sont autorisés. Le réanimateur plaide pour une stratégie « zéro-covid »​, à l’instar de ce qui a été mis en œuvre en Australie et Nouvelle-Zélande : éradiquer le virus en instaurant un confinement similaire à celui du mois de mars puis confiner localement au moindre cas. « C’est la seule manière de retrouver une vie normale », assure-t-il.