150 ans de la Commune de Paris : Qui en sont aujourd’hui les héritiers au sein du conseil municipal ?

POLITIQUE Il y a 150 ans, en mars, la Commune de Paris, issue d’un soulèvement populaire devenait une expérience politique, démocratique et sociale unique, qui inspire encore. Jusqu’aux bancs du Conseil de Paris ?

Romain Lescurieux

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L'Hôtel de ville en feu durant la Commune de Paris, le 24 mai 1871.
L'Hôtel de ville en feu durant la Commune de Paris, le 24 mai 1871. — YLI/SIPA
  • A partir du 18 mars prochain et durant 72 jours, la mairie de Paris va organiser près de 50 événements pour célébrer les 150 ans de la Commune de Paris.
  • Un événement culturel aura notamment lieu au premier jour de la révolte, le 18 mars, dans le square Louise-Michel (18e), en présence d’Anne Hidalgo.
  • Si la droite parisienne multiplie les tacles contre cette « célébration », d’autres groupes politiques s’affichent en « héritiers » de la Commune.

Que reste-t-il du Temps des Cerises ? Il y a 150 ans, une brève expérience politique et sociale naît sur les cendres de la défaite contre la Prusse : la Commune de Paris. Le 18 mars 1871, une insurrection populaire éclate pour protéger les canons de la Butte Montmartre menacés par le gouvernement conservateur d’Adolphe Thiers. Les insurgés prennent Paris. Ils installent les barricades et s’organisent politiquement. Le 28 mars, la Commune de Paris est officiellement proclamée deux jours après l’élection du conseil de la Commune, gouvernement autonome et ancêtre du Conseil de Paris. Deux mois plus tard, le mouvement sera maté dans le sang jusqu’aux moindres recoins du cimetière du Père-Lachaise. C’est la « semaine sanglante ».

Entre-temps, durant ces 72 jours, un véritable programme politique, social et démocratique sur fond de liberté est mis en place : la séparation de l’Eglise et de l’Etat est votée, des boucheries municipales sont créées, les logements vacants sont réquisitionnés, l’enseignement est valorisé, tout comme l’égalité hommes-femmes ou encore l’ouverture de la citoyenneté aux étrangers. Autant de valeurs et d’idées qui restent gravées 150 ans plus tard dans les différents groupes politiques parisiens au Conseil de Paris et en dehors de l’Hôtel de ville, ravagé à l’époque par les flammes des Communards.

« La Commune n’est pas morte »

A la différence de la Commune de 1871, on ne trouve au Conseil de Paris 2021, aucune trace d’élus anarchistes d’obédience proudhonienne dans l’assemblée. La fédération anarchiste se tient en dehors de l’institution politique mais continue d’en diffuser les idées libertaires et autonomes. En réaction  aux récents propos de la droite parisienne qui conteste « les célébrations » des 150 ans, le groupe Commune de Paris 1871 a réagi dans un communiqué : « L’esprit versaillais existe toujours, tapi dans les rangs de cette droite réactionnaire qui ne manque jamais de souligner les oppositions de classes. La preuve ! Cela nous montre qu’il faut rester vigilant et qu’ils ne changent pas. A nous de souligner la modernité des idées de la Commune et de les intégrer dans les luttes d’aujourd’hui. » Le 29 mai prochain, les anarchistes ont annoncé leur présence lors de la « montée au mur » des Fédérés, pour montrer que « la Commune n’est pas morte ».

Si celle-ci comptait dans ses rangs des anarchistes, minoritaires, on y trouvait aussi d’autres tendances. « Parmi ses membres, on peut distinguer plusieurs groupes : les républicains jacobins, les blanquistes et les socialistes, se réclamant du proudhonisme décentralisateur ou du collectivisme anti-autoritaire et enfin des indépendants », note dans La Commune de Paris 1871: les acteurs, l’événement, les lieux, Claude Latta, professeur d’histoire, chercheur associé à l’université de Saint-Étienne. Enfin, les femmes féministes ont aussi joué un rôle essentiel dans la Commune. En pointe,  la militante Louise Michel.

« Beaucoup des valeurs que nous portons étaient celles de la Commune »

Laurence Patrice (PCF), adjointe d’Anne Hidalgo chargée de la mémoire et du monde combattant, qui prépare les célébrations en grande pompe du 150e anniversaire, soutient que l’alliance rose-verte-rouge d’Anne Hidalgo se place en héritière des idées et valeurs de la Commune. « La Commune est une expérience de démocratie participative qui est un sujet dont on parle beaucoup et qui est une de nos préoccupations. Il y avait une grande modernité des sujets avec un aspect avant-gardiste. Notamment la place des femmes, la liberté d’aimer, l’amélioration des conditions de travail et de vie pour les plus modestes, l’accueil des étrangers… C’est d’actualité. Beaucoup des valeurs que nous portons aujourd’hui étaient au cœur de celles de la Commune. »

De son côté, la droite parisienne ne considère pas la Commune comme une référence politique clé, « sans être dans le déni » de cette époque qui « fait partie de l’histoire de Paris », rappelle Rudolph Granier, conseiller de Paris et élu du 18e arrondissement.(LR). Mais d’autres groupes politiques se revendiquent du mouvement révolutionnaire parisien et le défendent encore.

Fin janvier, les écologistes de la capitale ont demandé au gouvernement de reporter le classement du Sacré-cœur, comme « monument historique » car « construit avec le sang des Communards ». Ce voeu a été voté par les forces de gauche et ce « afin de ne pas heurter et respecter ainsi les commémorations liées à la Commune ». Quelques mois auparavant, le préfet d’Ile-de-France avait décidé d'inscrire la basilique au rang de monument historique à l'été 2021. Le gouvernement, par la voix de la ministre de la culture Roselyne Bachelot, s’en était même félicitée. Finalement, son classement ne devrait se faire qu'en 2022.

« On voit encore des dérives versaillaises au Conseil de Paris »

Car Paris est indissociable de la Commune qui marquera aussi le début de « l’époque où on se méfie de l’indépendance des Parisiens », note Laurence Patrice. La capitale sera en effet privée de maire de 1871 à 1977. A gauche de la gauche, la Commune résonne toujours. « Nous nous en revendiquons pour toutes ses idées novatrices. Malheureusement, 150 ans plus tard, certaines choses peinent à évoluer comme l’égalité salariale », affirme Raphaëlle Primet, conseillère de Paris (PCF).

« 150 ans, c’est l’occasion de marquer le coup, de mettre au goût du jour les idées de la Commune, mettre en avant les valeurs et les avancées dans un but d’éducation populaire. […] En tout cas, je suis surprise de voir que la droite parisienne monte autant au créneau sur le sujet. Avant ils acceptaient un peu le truc, là ils se radicalisent », conclut-elle. Le groupe espère profiter de cet anniversaire pour ressortir un projet des cartons : renommer la station de métro Belleville, « Belleville – Commune de Paris 1871 ».

Toujours à gauche dans l’hémicycle, Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI) se pose, elle aussi, en « héritière ». « Je me retrouve pleinement dans les idées de la Commune, dans sa démarche insurrectionnelle, son patriotisme républicain et une démocratie au service de l’égalité et de la liberté. La Commune a été confrontée à la situation d’urgence sociale et a répondu avec une exigence démocratique », détaille-t-elle. Et de conclure : « En tout cas, 150 ans après, on voit encore des dérives versaillaises au Conseil de Paris, et un mépris de classe dans les rangs de la droite mais aussi chez les socialistes. Pendant les "gilets jaunes", ils étaient surtout solidaires des familles des vitrines ». Des vitrines sur lesquelles fleurissent encore lors de manifestations quelques tags en l’honneur de la Commune.