Paris

Sous les pavés, les « cataflics »

Un immense labyrinthe pour jouer au chat et à la souris. Dans les 300 km de carrières sous Paris, policiers et cataphiles se croisent, le plus souvent sans se voir. Mais parfois, ils se rencontrent. « L'année passée, nous avons contrôlé, verbalisé - ...

Un immense labyrinthe pour jouer au chat et à la souris. Dans les 300 km de carrières sous Paris, policiers et cataphiles se croisent, le plus souvent sans se voir. Mais parfois, ils se rencontrent. « L'année passée, nous avons contrôlé, verbalisé - 35 euros l'amende - et raccompagné à la surface 220 personnes », détaille le commandant Didier Mauger, à la tête de la brigade sportive spécialisée dans ces interventions souterraines. Son rôle : faire respecter l'arrêté préfectoral de 1955 qui interdit de pénétrer et de circuler dans les carrières. Dans Nouveau Mystères de Paris*, un ouvrage publié aujourd'hui par la préfecture de police Paris, l'action de ses agents dans les carrières est expliquée au public.

Le commandant Didier Mauger inspecte depuis plus de vingt-cinq ans les souterrains. « En 1980, un collègue, Jean-Claude Saratte, a entendu parler de soirées d'étudiants en médecine dans les catacombes. On s'attendait alors à tomber sur des infirmières nues, mais on ne les a jamais trouvées », raconte-t-il en s'enfonçant dans les galeries. Casque sur la tête, lampe torche, bottes boueuses, ces « cataflics » avancent, dos courbé, le long des carrières étroites. Aucun visiteur à l'autre bout de la galerie mais pléthore de graffitis sur les murs.

Le commandant décrit les profils des visiteurs : « Des cataphiles qui tentent de sauvegarder les lieux, des jeunes qui viennent faire la fête et des personnes qui veulent laisser leur empreinte. » Les relations entre les différentes catégories ne sont pas cordiales. Un des tagueurs joue même la provocation en laissant au mur les lettres FC, pour « frotte, connard », à l'attention des cataphiles qui effacent les graffitis. Si en général, les visiteurs se contentent de balades de quelques heures, une minorité de passionnés laissent leurs hamacs sur place. « Une fois, j'ai rencontré un étudiant en géologie qui avait passé trois jours dans les carrières », se souvient le brigadier Weber. Les policiers semblent prendre leur mission avec le sourire, mais leur commandant insiste : « Circuler dans ces galeries représente un vrai danger, car sans moyen de communiquer - les portables ne captent pas -, sans lumière et sans eau, les problèmes peuvent vite devenir graves. » L'année dernière, ils ont secouru un jeune homme resté onze heures dans les carrières. Mais il arrive que l'intervention des policiers soit moins appréciée. « On intervient parfois avec des fumigènes. Comme on se repère au bruit, on épie tous les sons. Et entre policiers, on évite les discussions en rapport avec notre fonction pour rester discrets », souligne le brigadier Weber. ■* Les dossiers de la préfecture de police, La documentation française, 9,50 euros.