Paris : Christophe Girard, Maxime Cochard… Ces ombres qui planent sur le Conseil de Paris

POLITIQUE Alors que le Conseil de Paris s’ouvre ce mardi, Maxime Cochard, élu PCF accusé de viol sur Twitter, ne sera pas présent sur les bancs de l’assemblée. L’ancien adjoint d’Anne Hidalgo, Christophe Girard, accusé de viol dans une affaire classée sans suite, sera dans la salle, mais isolé

Romain Lescurieux

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Le conseil de Paris à l'Hôtel de ville.
Le conseil de Paris à l'Hôtel de ville. — TRISTAN REYNAUD/SIPA
  • Le Conseil de Paris s’ouvre ce mardi pour trois jours.
  • Ce jeudi, l’ancien adjoint d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris Christophe Girard, a été exclu du groupe « Paris en commun ».
  • Maxime Cochard, élu PCF accusé de viol sur Twitter, ne sera pas présent sur les bancs de l’assemblée.

Des débats et des affaires. Le premier Conseil de Paris de l’année 2021 s’ouvre ce mardi avec un programme chargé : avenir du budget participatif, projet de réaménagement de la gare du Nord, la situation sanitaire, la crise économique. Mais des ombres planent sur l’assemblée et la majorité d’Anne Hidalgo, engluée depuis plusieurs mois dans de plus en plus d’affaires d’accusations de viol et d’agressions sexuelles.

« Denis Baupin, Christophe Girard, Pierre Aidenbaum, un collaborateur d’Anne Souyris, Maxime Cochard… Ça commence à faire beaucoup et ça touche l’ensemble des formations politiques ! », réagit la conseillère de Paris, Danielle Simonnet (LFI). « Pourquoi je mets tout ça ensemble ? Parce que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est primordiale. Ces violences sont liées à la domination patriarcale qui s’articule aussi avec la domination de classe », reprend celle, qui compte se saisir du sujet lors de ce Conseil de Paris. Dernière affaire en date : Maxime Cochard, élu PCF de 36 ans.

« Il ne sera pas présent au Conseil de Paris »

Lui et son conjoint, sont visés par un jeune homme qui a affirmé sur Twitter avoir été violé par eux à l'âge de 18 ans alors qu’il était dans une « situation particulièrement vulnérable ». L’élu qui nie les faits a annoncé avoir porté plainte pour diffamation. Mais très vite, le PCF a demandé la mise en retrait de Maxime Cochard, tout comme la maire du 14e, Carine Petit, qui lui a aussi retiré sa délégation « Égalité Femmes Hommes et lutte contre les discriminations ». Ce mardi, il ne sera pas présent au Conseil de Paris, annonce le groupe communiste parisien.

« Maxime Cochard est désormais en retrait de son mandat de conseiller de Paris et de ses fonctions au sein de la direction du parti. Il ne sera pas présent au Conseil de Paris », confirme Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe Parti communiste. Et de préciser : « Désormais, cette affaire doit être traitée par la justice. Il a déposé plainte pour diffamation, et à ce stade je n’ai pas connaissance de plainte déposée par la supposée victime ». Mais pour Danielle Simonnet, « il faut que la Ville montre qu’elle se préoccupe de ces sujets », d’autant que l’affaire Christophe Girard reste dans la tête de beaucoup d’élus. Lui sera bel et bien présent mardi, mais isolé et sans étiquette.

Christophe Girard exclu mais présent en « élu solitaire »

L’ancien adjoint d’Anne Hidalgo, Christophe Girard, accusé de viol dans une affaire classée sans suite, qui avait également été entendu dans l’enquête « pour viols sur mineurs » visant l’écrivain Gabriel Matzneff, avait décidé d’opérer un grand retour dans l’assemblée en ce début d’année. Alors que le collectif féministe « Les Grenades » appelait à une mobilisation devant les fenêtres de la mairie, le groupe Paris en Commun acculé et mis sous pression au risque aussi d’affaiblir davantage sa coalition avec les Verts, a décidé d’agir. « Notre position est de rappeler que Christophe Girard a été élu par les Parisiens, on ne peut que le respecter, on ne peut pas lui retirer son mandat et il est le seul à pouvoir prendre ses responsabilités. En revanche, il est toujours membre de Paris en Commun et donc de notre majorité. Et en ce sens, on peut lui retirer ses compétences. Nous espérons que Paris en Commun prenne ses responsabilités », estimait jeudi matin, Fatoumata Koné, présidente du groupe EELV au Conseil de Paris. Et elle a été entendue.

« Une décision a été prise », a lâché une heure plus tard le premier adjoint à la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, ce jeudi midi lors d’une conférence de presse, sans en dévoiler davantage. La décision en question est tombée peu de temps avant en réunion de groupe : Christophe Girard est exclu. « Nous lui avons demandé de quitter Paris en commun », note Rémi Féraud, président du groupe au Conseil de Paris. L’ancien Monsieur Culture de la ville et fidèle parmi les fidèles d’Anne Hidalgo, Christophe Girard a annoncé « prendre acte de leur demande de mise en retrait », et « s’y plier ».

« On m’a demandé de me mettre en retrait, on voulait que je sois la belle au bois dormant jusqu’au mois de septembre et jusqu’à la possible décision d’Anne Hidalgo d’aller à l’élection présidentielle, mais non je ne serai pas la belle au bois dormant », a-t-il expliqué à l’AFP précisant qu’il serait bien présent, en « élu solitaire ». « Pour clôturer cette charmante journée, j’ai pu ajouter trois mots à mon CV : "radioactif", "pestiféré" et "encombrant" », a-t-il même ironisé sur Twitter où il signe en ce moment un retour en force à gros coups de publications.

« Sa parole est-elle légitime ? »

« J’espère que d’ici mardi, quelqu’un parviendra à lui faire entendre raison. On aimerait éviter que le Conseil de Paris soit focalisé là-dessus », reprend Fatoumata Koné. « Il a le droit d’être conseiller de Paris, il est élu. Mais sa parole est-elle légitime ? », abonde sa collègue Raphaëlle Rémy-Leleu, qui avait, avec l’élue Alice Coffin, précipité sa chute, mais aussi leur propre « exclusion » temporaire de la majorité pour avoir osé parler. « En tout cas, ce serait dommageable qu’il vienne s’exprimer dans un contexte marqué par l’importance de respecter la parole des victimes. Ces sujets ne doivent pas être mis sous le tapis. »

Danielle Simonnet déposera, elle, un vœu relatif « aux actions de formation, de prévention, d’écoute et d’accompagnement dans la lutte contre les violences sexistes, sexuelles, la pédocriminalité et l’inceste ». « Car la ville doit aussi proposer une formation à l’ensemble des élus et des collaborateurs », précise-t-elle. Le programme du Conseil de Paris qui s’ouvre pour trois jours sera donc bien chargé.