Paris : « Voir ces sapins saucissonnés me fait penser à de mauvaises scènes de crime »

INTERVIEW Les Parisiennes et Parisiens avaient jusqu’à ce mercredi pour déposer leur sapin dans l’un des 170 points de collecte près de chez eux pour qu’il soit recyclé. Mais cette année, encore, beaucoup ont choisi l’abandon sauvage

Propos recueillis par R.L

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Des sapins abandonnés dans la rue dans le 17e arrondissement.
Des sapins abandonnés dans la rue dans le 17e arrondissement. — F.HERNANDEZ / 20Minutes
  • Pour la troisième année consécutive, Adrien Larouzée a lancé un concours « Chasseurs de sapins ».
  • Le but ? Partager sur les réseaux sociaux une photo d’arbre de Noël abandonné dans la rue avec le hashtag #chasseursdesapins.
  • A ce jour et alors que les points de collecte de la capitale ferment leurs portes, il a recensé 1.200 arbres abandonnés, principalement à Paris.

Chaque année, la même scène, la même victime. Saucissonnés, nus ou simplement habillés de son sac doré, les sapins gisent sur le macadam parisien après les fêtes de fin d’année. Pourtant, les points de collecte ne manquent pas. Du 26 décembre jusqu’à ce mercredi, la ville de Paris a ouvert près de 170 points de collecte dans les parcs et jardins de la capitale pour que les arbres soient recyclés et transformés en « désherbant naturel ». Début 2020, l’opération avait permis de récolter 115.252 sapins et 95.000 ces dernières semaines, selon la mairie, contactée par 20 Minutes. Mais les chasseurs de sapins, eux aussi, tiennent les comptes.

Alors que les Parisiennes et Parisiens avaient jusqu’à ce mercredi pour déposer leur un sapin de Noël - ou « arbre mort » - dans l’un des points de collecte, Adrien Larouzée, 35 ans à l’origine du jeu « Chasseurs de sapins » sur les réseaux sociaux a répondu aux questions de 20 Minutes. Sa compétition a rencontré un franc succès cette année. Le but ? Partager sur les réseaux sociaux une photo d’arbre de Noël abandonné dans la rue avec le hashtag #chasseursdesapins​. Caché derrière un énorme tableau Excel, Adrien Larouzée comptabilise les points.

Adrien Larouzée, 35 ans, à l'origine de «Chasseurs de sapins»

Comment est venue l’idée de « Chasseurs de sapins » ?

J’ai commencé ce jeu il y a trois ans. L’idée est venue assez bêtement. Je travaille dans l’univers du jeu vidéo et j’ai peut-être tendance à toute gamifier. En parallèle, ça m’a toujours fait rire de voir les sapins abandonnés dans la rue. Je trouve qu’il y a derrière cela une comédie muette qui se joue. Je visualise ces gens abandonner honteusement leur arbre, à la nuit tombée, comme ils tenteraient de sortir un cadavre discrètement. Voir ces sapins saucissonnés, ou mal planqués entre deux poubelles, ça me fait vraiment penser à des mauvaises scènes de crime. Et je trouvais ça drôle d’en trouver le plus possible, d’où la mise en place d’un barème de points pour solliciter les gens à en  trouver. Et aussi à en trouver le plus tard dans l’année. L’an dernier, des sapins ont été découverts jusqu’après le mois septembre. En fait, plus un sapin est sorti tard dans l’année, plus c’est drôle.

Combien avez-vous répertorié de sapins depuis la fin des fêtes d’année ?

Il y a une centaine de joueurs qui ont commencé à chasser dès le 26 décembre, avec une chasse record au 10 janvier. En tout, j’ai recensé 1.200 sapins abandonnés dans la rue, principalement à Paris. Mais pas seulement, j’ai aussi reçu quelques photos de la petite couronne et même de l’étranger. Aussi, il doit y en avoir beaucoup plus dans la capitale que ce que nous avons vu. Je ne pourrais pas dire s’il y a plus de sapins abandonnés que l’an dernier mais j’ai l’impression que la chasse a été plus intense. Je me suis également amusé à compter ce que ça représente financièrement en fonction de la contravention pour dépôt sauvage. C’est tout de même un manque à gagner de près de 80.000 euros pour la mairie de Paris.

Quel abandon de sapin vous a le plus surpris ?

Je pense à celui accroché à un réverbère qui relève presque plus de la démarche artistique. Il y a celui qui flotte tristement dans la Seine. Il y a évidemment ceux qu’on trouve tout près des points de collecte. Il y a aussi eu des sapins jetés dans leur emballage d’origine Je me demande si le marché du sapin a vraiment fonctionné cette année. Enfin, de ce qu’on m’a envoyé, on en a quand même davantage trouvé dans l’ouest parisien. Est-ce lié à la démographie ? A des arrondissements plus familiaux ? En tout cas, ce jeu est fait pour rire. Ce n’est pas une chasse aux incivilités, même si ça ressort forcément. Et puis, personnellement, j’ai moi aussi déjà eu honte de jeter un sapin beaucoup trop grand dans une poubelle beaucoup trop petite.