Paris : Fermetures, travaux, solidarité… Comment les hôtels se sont adaptés face à la crise ?

TOURISME L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) estime que 50 % des établissements parisiens sont restés fermés depuis le début de la crise sanitaire. D’autres ont détourné leur activité en faveur du social

R.L.
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Un hôtel rue Kleber (16e arrondissement) durant le second confinement.
Un hôtel rue Kleber (16e arrondissement) durant le second confinement. — JP PARIENTE/SIPA
  • Si les hôteliers n’ont pas été touchés par les mesures de fermetures administratives, l’absence de clients a précipité la grande majorité des établissements à fermer ou à s’adapter.
  • Certains établissements parisiens se sont tournés vers la solidarité en accueillant du personnel soignant ou des personnes en grande précarité.
  • Selon un sondage effectué en novembre par le groupement national des indépendants, 30 % des entreprises de l’hôtellerie-restauration disent envisager de déposer le bilan.

Entrées barricadées, panneau « fermé jusqu’à nouvel ordre » et des halls parfois transformés en chantier…. Depuis le mois de mars et la crise du coronavirus entraînant deux confinements et l’absence de touristes, les hôtels de la capitale font grise mine. Lundi, plusieurs milliers de professionnels de l’hôtellerie-restauration se sont rassemblés à Paris à l’appel d’une dizaine d’organisations du secteur. Avec un mot d’ordre : « Laissez nous travailler ».

Restaurateurs, hôteliers, grossistes, rejoints par quelques patrons de discothèques se sont retrouvés place des Invalides (7e arrondissement), pour témoigner « de la détresse » de « toute une filière ». Si les hôteliers n’ont pas été touchés par les mesures de fermetures administratives dues à la crise sanitaire, l’absence de touristes et de clientèle a précipité la grande majorité des établissements à fermer, s’adapter, voire à se détourner de leur activité première.

« A Paris, 50 % des hôtels ont pris la décision de fermer, car les taux d’occupation sont trop bas, pour avoir un retour sur investissement. Il y a des établissements qui travaillent uniquement avec des touristes. Eux sont très pénalisés. Certains ont fermé, d’autres ont fait des travaux », répond l'Umih​, l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie, principal syndicat des métiers de l’hôtellerie-restauration, sollicitée par 20 Minutes.

Des hôtels qui se tournent vers le social

Certains établissements de luxe, principalement, ont en effet profité de cette période pour engager des travaux. D’autres ont mis l’accent sur le social et la solidarité. C’est le cas de Mohand Idoughi, directeur de l’hôtel Paris Rooms and Dreams situé dans le 18e arrondissement. Ouvert il y a un an après deux années de travaux, son établissement trois étoiles flambant neuf de 38 chambres accueille depuis le mois de juin des femmes sans-abri enceintes ou venant d’accoucher.

« Nous avons décidé de louer l’intégralité de l’établissement à une association [en lien avec l’Etat et la ville de Paris]. Au printemps, nous pensions encore reprendre notre activité, avec le retour des touristes, mais la réalité s’est avérée différente, alors nous nous sommes tournés vers le social. On n’avait pas d’autres choix que de se tourner vers la satisfaction de ce besoin-là, d’aider les personnes à la rue », commente-t-il. Le gouvernement a déployé un dispositif d’hébergement lors de cette crise, Il a notamment mobilisé le secteur hôtelier pour déployer une offre d’hébergement adaptée à destination des plus fragiles. Fin mai, près de 12.600 places d’hôtel étaient mobilisées pour héberger les personnes à la rue.

Des groupes hôteliers se sont engagés et ont proposé des places disponibles au sein de leurs établissements. L’Etat prenant en charge le coût de la mise à disposition des chambres. « De notre côté, nous continuons de gérer la sécurité et la propreté », explique le directeur à 20 Minutes. Concernant l’avenir, Mohand Idoughi ne sait pas trop. Mais il craint « comme tous les hôteliers » la fermeture.

« Bout du tunnel » ou dépôt de bilan en 2021 ?

Qin Wu, directeur général, du groupe Hipotel, qui comprend quinze hôtels économiques à Paris, a dû, lui aussi, s’adapter au fur et à mesure. « Lors du premier confinement, nous avons fermé cinq de nos hôtels et nous avons gardé le reste ouvert pour accueillir du personnel soignant, des policiers, des fonctionnaires. » Lors du second confinement, il a tout maintenu ouvert. Avec quel taux d’occupation ? « Il varie entre 20 % et 60 %. Nous n’avons plus de clientèle internationale, ni même française. Notre clientèle est parisienne pour des raisons privées ou professionnelles », explique-t-il. Il a également profité de cette période pour mener tous les travaux qu’ils souhaitaient, en attendant la reprise de l’activité.

« On voit le bout du tunnel, je crois », dit-il. Après une année 2020 marquée par une baisse de 60 à 70 % de son chiffre d’affaires, il espère relever la barre avec l’année 2021. Mais selon un sondage effectué en novembre par le GNI (groupement national des indépendants), 30 % des entreprises de l’hôtellerie-restauration disent tout de même envisager de déposer le bilan.