Télétravail : « Les entreprises vont devoir donner aux salariés l’envie de revenir »

TRAVAIL Selon les résultats du baromètre Paris Workplace 2020, publié ce jeudi, le bureau physique « n’est pas mort » mais deviendrait ces prochaines années davantage le lieu du « lien et des services » que celui « de la production »

R.L.

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Un open space durant le confinement
Un open space durant le confinement — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Une enquête réalisée par l’IFOP et SFL (Société foncière lyonnaise) révèle que 63 % des salariés souhaitent travailler la majorité de leur temps au bureau.
  • En septembre, 86 % des salariés souhaitaient dans l’idéal télétravailler au moins un jour par semaine. Un chiffre identique à celui de février, avant le confinement (87 %).
  • Ce qui change, c’est le nombre idéal de journées télétravaillées que désirent les salariés, qui passe en moyenne de 1,4 jour par semaine avant le confinement à 2,1 jours par semaine après le confinement.

Depuis un an, avec la grève dans les transports l’hiver dernier et la crise sanitaire marquée par deux confinements, la façon de travailler des Franciliens et des Franciliennes a profondément été bouleversée et a fait naître de nouvelles habitudes. Le télétravail, qu’on ne présente plus, s’est imposé avec force dans de nombreux secteurs, quand l’open space, fleuron des années 1990-2000 serait en passe de vivre ses dernières heures. Vraiment ? Pour y voir plus clair le baromètre Paris Workplace 2020 dresse l’impact du confinement sur le rapport au lieu de travail.

L’IFOP et SFL (Société foncière lyonnaise) qui publient ce jeudi cette étude intitulée « Bureaux, l’heure de vérité. Après la crise, où travaillerons-nous demain ? » ont interrogé en février – avant le premier confinement – puis en septembre, 1.500 salariés franciliens à chaque fois. Est-ce que les salariés ont tiré un trait sur le bureau ? Comment veulent-ils travailler demain ? Quel rapport les nouveaux travailleurs veulent entretenir avec leur bureau ? Eléments de réponse à travers cette enquête.

« Le bureau physique n’est pas mort »

Selon les salariés interrogés, le bureau doit continuer à être le lieu de travail principal. 63 % des salariés souhaitent travailler la majorité de leur temps au bureau. Et ce, au moins trois jours par semaine. « L’enseignement principal, c’est que le bureau physique n’est pas mort. Du côté des salariés, comme des managers, il apparaît de plus en plus nettement que le bureau est le lieu où va se jouer l’engagement, la créativité et la culture d’entreprise », résume Aude Grant, directrice générale adjointe, asset management et investissements de SFL. « La vie sociale avec les collègues » est d’ailleurs la première raison de venir au bureau pour 55 % des salariés (+ 8 points entre février et septembre).

Quel avenir pour le télétravail ?

D’après les chiffres de l’enquête, en septembre, 86 % des salariés souhaitaient dans l’idéal télétravailler au moins un jour par semaine. Un chiffre finalement identique à celui de février, avant le confinement (87 %). Ce qui change désormais c’est le nombre idéal de journées télétravaillées que souhaitent les salariés, qui passe en moyenne de 1,4 jour par semaine avant le confinement à 2,1 jours par semaine après le confinement. A noter que seule une ultra-minorité de salariés (8 %) souhaitent travailler exclusivement à distance, selon le baromètre. Le télétravail devrait en tout cas demeurer dans les habitudes professionnelles. « Le tabou du télétravail a été levé. Oui, on produit du travail quand on est chez soi », assure Aude Grant.

« L’heure de vérité pour les bureaux »

« Le bureau n’est plus le lieu de la production », note Aude Grant. « En télétravail, les gens travaillent, extrêmement bien et parfois plus. C’est un des reproches qu’on peut d’ailleurs faire à la pratique. La productivité n’est pas en jeu, le problème, c’est il n’y a plus de lieu de ralliement » , dit-elle. Selon l’enquête, le bureau devrait davantage représenter ces prochaines années, le lieu de la créativité, du lien, de la motivation, de l’émulation et de l’attachement à l’entreprise « qui sont en train de se déliter avec le télétravail ». « C’est donc l’heure de vérité pour les bureaux car les salariés vont avoir de plus en plus le choix d’aller ou non au bureau. Les entreprises vont devoir donner aux salariés l’envie de revenir, le plaisir à revenir. Il est probable que dans cette mutation, certains immeubles vont plus rapidement devenir obsolètes ».

Quid de l’open space ?

Bruits, promiscuité, small talk, débats insolubles sur la climatisation ou le chauffage et nid à miasmes… L’open space va-t-il dans le sens de l’histoire après la crise sanitaire ? « Le tout open space est probablement mort. Mais cette mort est programmée depuis quelques années. En réalité, la crise a accéléré cette tendance. Les grands open spaces ne sont plus à la pointe de l’innovation », affirme Aude Grant. Quoi pour le remplacer ? Une chose est sûre, « le bureau n’est pas mort mais on va voir augmenter l’écart entre les bons et les mauvais bureaux », poursuit-elle. La piste du flex office souvent évoquée pour les années futures serait toutefois à nuancer. « On a pu mesurer qu’un flex office total, où on arrive le matin et on prend une place disponible, est assez dérangeant pour les salariés et peut générer des pertes en efficacité. Mais à une échelle plus mesurée, cela peut avoir des vertus », précise-t-elle.

Quel visage pour le « bureau de demain » ?

A l’avenir, « des bureaux de qualité sont des locaux bien placés, accessibles ». L’enquête révèle pour 44 % des 25-30 ans, le quartier a été important dans le choix de rejoindre leur entreprise, contre 29 % chez les plus de 50 ans. « La crise a révélé que les gens veulent de moins en moins prendre les transports. Le temps de transport est un critère encore plus discriminant qu’auparavant pour les salariés », note Aude Grant. Enfin, selon les auteurs de l’étude, le bureau doit permettre une « importante mixité d’usage » en lien avec le quartier et l’immeuble en « proposant davantage de services » : Des cafétérias, des salles de sport, des salles de réunion, des salles silencieuses, des auditoriums ou encore des places de parking électriques. Mais comment conjuguer ces installations et l’accessibilité, alors que dans le même temps les loyers augmentent à Paris et en petite couronne et obligent de plus en plus d’entreprises à s’éloigner ? « Les entreprises doivent davantage travailler sur une réorganisation de l’espace », répond Aude Grant.