L'agresseur du maire s'était senti agressé

Magali Gruet

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Le procureur a voulu marquer le coup en requérant douze mois de prison, dont six avec sursis. L'accusé est arrivé discrètement hier à l'audience, main dans la main avec sa compagne. La 10e chambre correctionnelle de Créteil (Val-de-Marne) étudiait le cas de Franck T., 34 ans, un père de famille de Vincennes qui avait agressé le maire (NC) Laurent Lafon le 14 novembre 2008. Se voyant refuser une place en crèche, il avait asséné des coups de poing à l'élu, qui le recevait, lui, son amie et leur bébé de six mois. A la barre, il a d'abord nuancé les faits : « Au début, j'étais relativement calme, je n'avais pas l'intention de le frapper. » « Vous l'avez fait », lui rétorque la présidente. Dans sa déposition, il a expliqué être « un impulsif de nature, je lui ai mis plusieurs patates au niveau du visage ».

Selon lui, c'est le maire qui l'aurait agressé. « Il s'est levé me signifiant que l'entretien était fini et m'a raccompagné avec une formule de politesse. Il m'a fait front et j'ai pris ça pour une agression. J'ai vu un siège arriver sur moi, je me suis senti agressé », lance l'homme. Laurent Lafon a expliqué qu'il s'était protégé avec son fauteuil quand il a vu l'homme foncer sur lui. Puis Franck T. justifie son geste : « Il nous la fallait, cette place. » « Vous n'êtes pas le seul à Vincennes, et votre situation financière n'est pas dramatique », rétorque la présidente à ce cadre supérieur. L'accusé parle aussi d'insultes que lui aurait lancées le maire. « Il m'a dit : "Toi la ferme" ». « On me reproche souvent d'être trop policé, je ne me retrouve pas dans ces propos », répond, éberlué, Laurent Lafon.

Franck T. finit par faire profil bas. « Je voudrais m'excuser auprès du maire. Je voudrais aussi m'excuser auprès de ma femme, qui s'est fait beaucoup de soucis alors qu'elle en a déjà assez avec nos deux enfants. » Assise au dernier rang, sa compagne essuie ses larmes.

L'avocat de Lafon a demandé 8 000 euros pour la mairie et 2 000 euros de dommages et intérêts pour le maire. Le procureur a plaidé qu'« au-delà de l'homme, c'est l'institution qui est visée, toute la république ». Des réquisitions justes pour la partie civile. « Elles sont très sévères », selon Me Philippe Valent, l'avocat de Franck T. « Le soulagement n'aura lieu que le 9 février, jour du jugement, en fonction des résultats », commentait Laurent Lafon. ■