« Je fais attention, je suis bien entouré »

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5 octobre 2002, 2 h 30. Bertrand Delanoë termine sa tournée des lieux où se déroule la première Nuit blanche. De retour à l'Hôtel de Ville, le maire de Paris reçoit un coup de couteau dans le ventre. Il tombe à terre. Le Samu le soigne sur place, puis il est transporté à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (13e) où il subit une intervention chirurgicale de plus de trois heures. Plusieurs organes, l'estomac, le tube digestif, la veine cave inférieure, sont touchés. Il restera hospitalisé douze jours, puis partira en convalescence un mois.

Son agresseur, Azedine Berkane, un marginal au chômage, affirmera qu'il haïssait les politiciens et les homosexuels. Reconnu pénalement irresponsable, il bénéficiera d'un non-lieu. Il est interné d'office en hôpital psychiatrique en 2004. Il s'en échappe en avril 2007, profitant d'une autorisation de sortie que ses médecins lui avaient accordée. Six semaines plus tard, deux officiers de la brigade criminelle le repèrent par hasard place du Châtelet (1er) et l'interpellent. L'homme est renvoyé à Ville-Evrard et est placé dans une unité de haute sécurité.

Cette agression est-elle toujours présente à votre esprit ?

Sur le moment, tout est allé très vite, et ce n'est qu'après que j'ai réalisé ce qui s'était passé. Il m'arrive d'y repenser, mais sans angoisse particulière. Regardez Reagan, quand il était président des Etats-Unis, il avait le meilleur service d'ordre du monde, mais il a quand même failli y passer. Il faut prendre cela avec sérénité et rationalité. Je ne suis pas dans la parano. Sur l'aspect psychologique des choses, je ne suis pas tracassé.

Avez-vous pris des mesures particulières à votre retour ?

J'ai eu beaucoup de réticences à accepter d'être protégé par des gardes du corps, mais j'ai cédé car au même moment un groupe d'extrême droite m'en voulait et avait mon adresse. Je fais attention, je suis bien entouré, et la préfecture de police est à l'écoute si je soupçonne un problème de sécurité. Il y a quelques mois, la rumeur disait qu'Al-Qaida voulait s'en prendre à moi. On en a parlé avec le préfet.

Avez-vous pensé à remettre en cause votre engagement politique après cette agression ?

Pas un instant. Je ne me suis même pas posé la question.

Aviez-vous déjà été confronté à ce type de situation ?

Lorsque j'étais élu du 18e, Roger Chinaud, le maire de l'arrondissement, avait été agressé dangereusement.

Les Parisiens s'immiscent-ils dans votre vie privée ?

Je n'habite plus le 18e arrondissement depuis 1986, car les gens continuaient à venir chez moi alors que je n'étais plus leur élu. Je suis allé dans le 6e pour être un peu plus libre. Mais lorsque vous êtes un responsable public, il y a toujours des gens pour vous écrire chez vous, pour vous parler lorsque vous vous promenez dans votre quartier. Il y a un bistrot où je vais boire un café de temps en temps, et il n'est pas rare que j'y trouve des lettres que l'on a laissées pour moi.

Quels conseils donneriez-vous aux élus pour déjouer les agressions ?

Ce type de sujet peut être traité avec sérénité, mais il faut être vigilant, sérieux avec sa sécurité. Il ne faut pas faire n'importe quoi. C'est ce que je dis à mes adjoints. ■ Recueilli par Magali Gruet