Les rescapés de la fusillade de Nanterre se souviennent

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« Je pense aux familles des victimes à chaque Noël. La plupart avait des enfants. » Samuel Rijik, 52 ans, siégait au conseil municipal de Nanterre (Hauts-de-Seine) le 27 mars 2002, lorsque Richard Durn, un déséquilibré de 33 ans, a ouvert le feu dans l'hémicycle, faisant huit morts et de nombreux blessés. Elu RPR à l'époque, il raconte encore avec précision les tirs, les cris, la balle qui a frôlé sa veste, et ses camarades gisant au sol. « Je n'ai pas pu dormir les deux semaines suivantes, même si un médecin m'avait prescrit ce qu'il fallait. Quinze jours après je suis retourné travailler. Il fallait gérer la culpabilité d'être en vie. Tous les hivers, je pense à ces enfants qui n'ont plus leur papa ou leur maman. »

« Le conseil municipal suivant a été difficile. On avait demandé à un vigile d'être là et réclamé des portiques de sécurité. Mais nous n'en avons finalement jamais installé, la pression est retombée », se rappelle Annie Degenne, élue RPR rescapée. « Lors de ce premier conseil, je me rappelle que je gardais constamment un oeil sur le public. Au moindre mouvement, j'appréhendais qu'il se passe quelque chose », se souvient Samuel Rijik. Madeleine Maufrais, élue également témoin de la scène, se dit désormais « plus vigilante » et « évite les situations à risque », même si elle relativise : « Lorsque l'on est élu, on s'engage pour servir la cause et on sait que l'on est exposé. Avant Nanterre, j'avais déjà subi plusieurs braquages dans mon métier de buraliste. Il y a du danger partout. »

Si peu d'élus présents lors du drame ont été reconduits lors des dernières élections municipales, ils estiment que la fusillade n'a pas influencé leur choix de se représenter. « J'étais sur la liste mais je ne suis plus élu car nous avons fait un mauvais score. Je n'ai jamais remis en cause mon engagement. Il fallait poursuivre, faire le maximum pour que ça n'arrive plus », témoigne Samuel Rijik. « Je ne me suis pas représentée, mais ce n'est pas pour ces raisons », assure Madeleine Maufrais. « Toutefois, au renouvellement de mandat, il y a eu un gros turnover », nuance Annie Degenne. ■ M. G.