Le logement, source de frayeurs et de tensions avec les citoyens

— 

Les exemples ne manquent pas. Interrogés par 20 Minutes sur leurs expériences douloureuses au contact des habitants, des maires d'Ile-de-France confient des situations étonnantes. Ainsi, Patrick Beaudouin, maire UMP de Saint-Mandé (Val-de-Marne), a connu des épisodes rocambolesques avec ses administrés, mais les raconte aujourd'hui avec légèreté. « J'ai de la chance car depuis plusieurs années, je ne vois plus rien. Mais j'ai deux ou trois grands souvenirs », raconte-t-il.

« Il y a vingt ans, alors que je tenais une permanence avenue de Paris, une personne qui avait besoin d'un logement en urgence a sorti un revolver, se souvient Patrick Beaudouin. J'avais une trouille folle, mais j'ai tenté de l'apaiser et j'ai appelé la police. Une autre, très énervée, a sorti une grenade de son sac car on l'expulsait. Elle voulait faire sauter la société. Sinon j'ai connu le cocktail Molotov sur la permanence de mon prédécesseur, Robert-André Vivien. J'ai aussi souvenir d'un individu qui a mitraillé l'intérieur de notre local, heureusement à un moment où il n'y avait personne. »

Plus insidieux, il a été victime d'un sabotage de sa voiture en 1988. « On a desserré l'écrou de ma ceinture de sécurité et les boulons d'une roue de ma voiture. J'ai porté plainte mais je n'ai jamais su qui c'était. »

René Dutrey, élu Verts du 14e arrondissement de Paris qui a longtemps tenu des permanences logement, a aussi vécu des temps forts. « Il y a deux ans, trente ou quarante personnes attendaient que je les reçoive dans la salle d'attente. Les gens ont parlé entre eux et se sont échauffés sur le dossier du logement. Un homme est entré en trombe dans mon bureau en grillant son tour et m'a collé au mur. Heureusement qu'un agent de sécurité passait par là. Accessoirement, l'homme m'a piqué mon téléphone portable ! » « Le dossier du logement est toutefois davantage facteur de détresse que d'agressivité », selon le maire de Vincennes.

« Le logement est en effet un dossier délicat car les gens en détresse ne voient pas d'issue et sont désespérés », témoigne Claude Pernès, maire (NC) de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et président de l'Association des maires d'Ile-de-France, « mais je n'aurais jamais cru que ça arriverait pour une place en crèche », dit-il, à propos de l'agression du maire de Vincennes.

Selon le maire de Rosny, « l'écharpe d'élu ne protège plus le maire. Lors des émeutes, on a saccagé ma voiture à 2 h du matin alors que je m'y trouvais avec mon épouse. » Il estime qu'« il y a de plus en plus de violence. Lorsque l'on veut taper un élu, on le fait. » René Dutrey abonde dans ce sens : « C'est de pire en pire, on vit dans un climat extrêmement violent, on se fait engueuler quand on va à la boulangerie. C'est aussi lié au fait d'habiter là où on est élu. On se retrouve agressé dans sa vie privée. » Patrick Beaudouin confirme. « Mes collègues me rapportent que l'on a des gens de plus en plus énervés. C'est la société de consommation, ils estiment que l'élu a le devoir de résoudre tous leurs problèmes. » ■ M. G.