Paris : « Ce n’est pas le trajet domicile-travail qui a le plus bénéficié de l’usage du vélo »

INTERVIEW L'Institut Paris Région a rassemblé les informations les plus actualisées sur l'évolution de la mobilité en Ile-de-France, de la période pré-Covid-19 jusqu’à la veille de l’actuel confinement. Et en dresse quelques conclusions pour « 20 Minutes » 

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Un cycliste à Paris. (Illustration)
Un cycliste à Paris. (Illustration) — Clément Follain / 20 Minutes
  • Les déplacements en Ile-de-France ont été chamboulés ces derniers mois. Pour y voir plus clair, l’Institut Paris Région a rassemblé les informations les plus actualisées sur l’évolution de la mobilité.
  • « Il y a un vrai engouement pour le vélo mais il faut le tempérer. On voit que son usage est déterminé par l’effet saisonnier », analyse Dany Nguyen-Luong directeur du département Mobilité à l’Institut.
  • Le covoiturage « est devenu insignifiant avec 500 par jour, notamment car les trajets ne sont plus subventionnés par Ile-de-France Mobilités et évidement car il y a la crainte de partager un véhicule avec un inconnu ».

Confinement, déconfinement, couvre-feu, reconfinement… Les déplacements des Parisiens et des Franciliens n’ont jamais été aussi mis à rude épreuve que ces derniers mois. Tout en chamboulant quelques vieilles habitudes ? Pour y voir plus clair, l'Institut Paris Région a, pour la première fois, décidé de rassembler les informations les plus actualisées sur l’évolution de la mobilité en Ile-de-France, de la période pré-Covid-19 jusqu’à la veille de l’actuel confinement. « Les données seront ensuite actualisées une fois par mois, avec une analyse approfondie tous les trimestres », explique Dany Nguyen-Luong directeur du département Mobilité à l’Institut, qui a répondu aux questions de 20 Minutes.

Quelles grandes tendances de déplacements peut-on observer depuis le premier confinement à Paris en Ile-de-France ?

On observe depuis la fin du premier confinement une remontée progressive de la fréquentation des transports en commun avec une stabilisation à 65 % en septembre. Et sans ce rebond épidémique, cette remontée aurait continué, sans toutefois retrouver une fréquentation normale d’avant Covid-19, vu les pratiques de télétravail qui se développent. Avec cette seconde vague, la fréquentation moyenne est aujourd’hui de 35 %, selon les derniers chiffres. Mais la baisse reste moins importante que lors du premier confinement où le trafic avait chuté jusqu’à 5 %.

Ces derniers mois, nous avons beaucoup parlé du développement de la pratique du vélo dans la capitale. Que représente-t-elle selon vos données ?

Il y a un vrai engouement pour le vélo mais il faut le tempérer. On voit que son usage est déterminé par l’effet saisonnier. Si on veut comparer l’usage du vélo dans le temps, il faut comparer sur une même période, on ne peut pas le faire entre le printemps et l’hiver. En tout cas, selon les chiffres, il y a eu une vraie croissance entre la fin du confinement et septembre et on observe même un doublement du trafic avec un pic qui est situé mi-septembre. L’emballement observé pendant les beaux jours était réel mais il tend à s’affaiblir avec le mauvais temps. A noter aussi que sur la période de pointe du matin, la croissance est plus faible qu’à la journée. Cela veut dire que ce n’est pas le trajet domicile-travail qui a le plus bénéficié de l’usage du vélo. Mais plutôt sur d’autres motifs de déplacements comme le loisir.

Comment cette pratique va-t-elle s’inscrire dans un temps plus long ?

C’est difficile à dire. Il faut attendre le retour des beaux jours. Encore une fois, il ne faudra pas comparer d’un mois à l’autre, mais d’une année sur l’autre.

Selon vos calculs, les kilomètres de bouchons augmentent depuis plusieurs mois, cela veut dire que les gens se tournent finalement davantage vers leur voiture ?

Les kilomètres de bouchons sont un indicateur de la congestion routière mais pas forcément de la circulation. Mais, en tout cas, oui, les kilomètres de bouchons ont augmenté petit à petit depuis le confinement pour retrouver début juillet son niveau habituel d’avant Covid-19. Et on observe même un niveau de congestion atypique et supérieur à la normale mi-septembre. Et un autre en octobre.

Quelles sont les raisons de ces pics ?

Les conditions météo et le mauvais temps. Il s’agissait d’une semaine pluvieuse et on sait que la pluie est une cause d’augmentation des bouchons. Pour octobre, il s’agissait de la veille du second confinement. Ce jour-là, le réseau routier a atteint un quasi pic historique de bouchons. Il était 2,5 fois supérieur à la normale. Il y a ceux qui sont allés faire des achats de prévention, ceux qui sont allés chercher des affaires au bureau, ceux qui sont partis se mettre au vert, ceux qui en sont revenus. Le 29 octobre 2020 est le record du deuxième jour le plus embouteillé en Ile-de-France après un jour de fortes chutes de neige en 2018.

Et qu’en est-il du covoiturage qui semble être en chute libre ?

Les trajets en covoiturage étaient marginaux avant le Covid-19. Ils ne représentaient que 5.000 trajets par jour en Ile-de-France sur les 15 millions de déplacements en voiture par jour. Il y a eu un pic à 18.000 durant la période de grève l’hiver dernier mais ça a chuté durant le confinement et ça a du mal à reprendre. C’est devenu insignifiant avec 500 par jour, notamment car les trajets ne sont plus subventionnés par Ile-de-France Mobilités et évidement car il y a la crainte de partager un véhicule avec un inconnu.