Paris : La tentation de l’intelligence artificielle pour assurer la sécurité sur le réseau RATP

TRANSPORTS La RATP expérimente une nouvelle génération de caméras capable d’envoyer des images en temps réel. A terme, la régie des transports souhaiterait pouvoir utiliser des algorithmes pour analyser ces images

Caroline Politi

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Au sein du PC sécurité de la RATP
Au sein du PC sécurité de la RATP — Caroline Politi/20 Minutes
  • Un nouveau type de caméra est testé dans le bus 170, l’une des lignes concentrant le plus d’actes de délinquance.
  • Ce dispositif permet d’analyser les images en temps réel. A terme, la RATP aimerait utiliser l’intelligence artificielle pour exploiter ces images.
  • Plusieurs brèves expérimentations ont déjà eu lieu.

Un algorithme permettra-t-il bientôt de détecter un colis suspect dans un RER A, une bagarre sur le quai d’une station ou même une femme victime de harcèlement sexuel pendant son trajet de bus ? C’est en tout cas le vœu formé ce jeudi matin par Valérie Pécresse. « L’intelligence artificielle sans identification personnelle doit pouvoir être déployée rapidement dans les transports en commun, pas forcément par une loi, il faut que le gouvernement se mouille », a insisté la présidente LR de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités, en marge de la présentation par la RATP d’un nouveau type de caméras de vidéosurveillance.

Le rapport avec l’intelligence artificielle ? Pour l’instant, aucun. Ce dispositif expérimenté depuis quelques semaines dans trois bus de la ligne 170 reliant la porte des Lilas à Saint-Denis – sur le « podium » des lignes enregistrant le plus d’actes de délinquance – a pour spécificité de transmettre en temps réel les images de surveillance au PC sécurité. Les agents présents peuvent ainsi moduler les interventions en fonction des difficultés rencontrées. Envoyer ici une équipe réduite pour intervenir sur des incivilités ou au contraire, étoffer la réponse lorsque la situation semble plus difficilement contrôlable. « Cela permet également de limiter les fausses alertes et de ne pas mobiliser pour rien des équipes du GPSR [groupe de protection et de sécurité des réseaux] », note la directrice de la RATP, Catherine Guillouard.

Plusieurs expérimentations de l’intelligence artificielle

Mais la régie des transports espère à terme pouvoir s’appuyer sur l’intelligence artificielle pour affiner ce dispositif de vidéosurveillance. « En pratique, il suffirait d’ajouter un programme pour filtrer les images, repérer par exemple des gestes brusques qui pourraient être ceux d’une bagarre, des personnes qui entrent par la porte arrière… », précise sa présidente. En clair : un algorithme permettrait un traitement plus efficient des images en orientant l’opérateur sans pour autant surcharger le PC sécurité. Et ce, d’autant que ce dispositif sera déployé d’ici septembre 2021 sur toute la ligne, soit six caméras dans chacun des 30 bus.

Depuis plusieurs années déjà, la RATP nourrie l’idée d’utiliser l’intelligence artificielle pour améliorer la sécurité dans les transports en commun. Plusieurs expérimentations ont été menées en ce sens. En mai dernier, des caméras capables de détecter la présence d’un carré de tissu sur le visage avaient été déployées dans la station Châtelet-les-Halles afin de mesurer le bon respect du port du masque. Un test finalement avorté au bout d’un mois, la commission nationale informatique et liberté (CNIL) a estimé que le "droit d’opposition" qui permet de refuser d’être filmé n’était pas garanti. Une autre expérimentation sur les colis suspects a été menée mais cette fois, c’est la marge d’erreur, supérieure à 10 % qui n’a pas rendu le test concluant.

Interdiction de paraître dans les transports en commun

En attendant une éventuelle autorisation, Valérie Pécresse s’est dite favorable à la création d’une peine complémentaire d’interdiction de paraître dans les transports en commun pour les délinquants multirécidivistes. « Ça a quasiment supprimé la violence des stades », a insisté la présidente de la région Ile-de-France. Depuis la fin du premier confinement, les actes de délinquance ont fortement augmenté dans les transports en commun. Rien qu’au mois de septembre, les vols à la tire ont bondi de 18 %, note la directrice de la RATP, précisant que l’absence des touristes dans la capitale avait probablement poussé des réseaux mafieux qui opéraient aux abords du Louvre, de la tour Eiffel ou sur les Champs-Elysées à descendre sous terre. Valérie Pécresse a également réclamé la possibilité pour des agents du GSPR d’avoir accès au fichier d’identité.