Déchets : « On trie deux fois moins bien en ville qu’à la campagne », selon Anne-Sophie Louvel, directrice du service « collecte sélective et territoires » de Citéo

INTERVIEW En 2019, les Franciliens ont trié en moyenne 45,3 kilos d’emballages ménagers et papiers, contre 70 kilos à l’échelle nationale. Comment expliquer un tel retard?

Propos recueillis par Caroline Politi
Le tri des déchets est moins développé en Ile-de-France que dans le reste du pays
Le tri des déchets est moins développé en Ile-de-France que dans le reste du pays — Witt/SIPA
  • En 2019, en France, chaque habitant a trié en moyenne 70 kg d’emballages ménagers et papiers, contre 45,3 kg en Ile-de-France.
  • Malgré ce retard, ce chiffre a néanmoins progressé de 1,3%.

Le carton, le plastique et l’alu dans les poubelles jaunes, le verre dans le vert, le reste ailleurs. Et pour les plus appliqués, les déchets organiques au compost. Si pour certains le tri est un réflexe, presque un automatisme, il semble que ce ne soit pas le cas de tous les Franciliens. Selon des chiffres publiés la semaine dernière par Citéo, une entreprise à but non lucratif spécialisée dans la réduction de l’impact des déchets, en 2019, chaque habitant de la région a trié en moyenne 45,3 kg d’emballages ménagers et papiers, contre 70 kg à l’échelle nationale. Comment analyse un tel retard ? Explications avec Anne-Sophie Louvel, directrice du service « collecte sélective et territoires » de Citéo.

Comment expliquez-vous que les Franciliens soient de si mauvais élèves en matière de tri ?

On trie deux fois moins bien en ville qu’à la campagne alors même qu’on consomme plus. D’abord parce que les logements sont plus petits et notamment les cuisines : il y a donc  moins d’espace pour installer plusieurs poubelles. Le local de l’immeuble lui-même n’est pas toujours approprié. Et puis les habitudes sont différentes : la consommation est plus nomade, on va manger un sandwich dehors, le tri dans l’espace public fonctionne moins bien. On remarque également que la pression sociale sur cette question est moins forte car dans les grandes villes, les gens se connaissent moins, le regard du voisin est moins important.

Y a-t-il des différences au sein même de la région sur cette question ?

Le tri est un petit peu mieux respecté dans les départements de la grande couronne, comme les Yvelines, l’Essonne ou la Seine-et-Marne, peut-être justement parce que certaines zones sont plus rurales. La différence n’est cependant pas très marquée, on est loin des régions en tête du classement et notamment de la Bretagne avec près de 75 kg par habitant. On peut néanmoins noter qu’un progrès s’opère d’année en année : entre 2018 et 2019, le nombre de kilos de déchets ménagers triés a augmenté de 1,3 % en Ile-de-France.

Comment inciter les Franciliens à plus trier leurs déchets ?

En simplifiant au maximum le geste de tri. Aujourd’hui, d’un département à l’autre et même d’une ville à l’autre, on ne peut pas jeter la même chose dans la poubelle jaune et notamment le plastique. A Paris et dans l’Essonne, on met indifféremment dans la poubelle jaune du carton, des bouteilles en plastique mais également des pots de yaourt, des barquettes de jambon ou de viande. Dans les autres départements, cela varie d’une ville à l’autre. Cette extension des consignes de tri sera une obligation légale le 31 décembre 2020 mais elle nous permet de faire une communication active, d’aller chercher de nouveaux trieurs et donc de nouvelles tonnes de déchets.

Le confinement a-t-il eu un effet sur le tri ? Au tout début du premier confinement, notamment, la fermeture de nombreux centres de tri a-t-elle démobilisé une partie des citoyens les plus sensibilisés ?

Ça a été notre crainte au tout début. On a demandé aux collectivités de ne pas communiquer dessus afin que les habitants ne changent pas leurs habitudes, le geste devait absolument perdurer. D’autant que les difficultés rencontrées lors du premier confinement n’ont pas duré très longtemps, il fallait que les centres de tri s’organisent. Nous n’avons heureusement pas noté de recul du tri, au contraire, les Français étaient chez eux, ils ont pu mesurer ce qu’ils consommaient… De nouvelles questions ont émergé, notamment sur la question des masques : ils ne sont pas recyclables donc ne vont pas dans la poubelle jaune. Beaucoup de Français se trompent et c’est un vrai problème pour nous, non seulement sur la chaîne de tri mais pour la santé de ceux qui y travaillent.