Paris : On a testé le parcours de « La Seine à Vélo » depuis Chatou (et c’est pas convaincant)

LE NOUVEAU COURS DE LA SEINE « 20 Minutes » est allé reconnaître la première étape de la Seine à Vélo, nouvel itinéraire cycliste reliant Paris au Havre et Deauville. Si le parcours entre la capitale et Chatou offre de bons points, le manque d’aménagements dégrade l’expérience des cyclistes

Antoine Michelet

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A l'approche des travaux du tramway à Colombes, la circulation est rendue difficile
A l'approche des travaux du tramway à Colombes, la circulation est rendue difficile — Antoine Michelet
  • La Seine à Vélo est un nouvel itinéraire cycliste tracé de Paris au Havre et Deauville.
  • A vocation touristique et culturelle, il est porté par les départements de l’Eure, des Hauts-de-Seine, de la Seine-Maritime, du Val-d’Oise et des Yvelines.
  • Le site Internet du parcours a été lancé le 15 octobre, mais sur le terrain de nombreux aménagements sont encore déficients, comme sur la première étape entre Paris et Chatou (Yvelines).

« C’est pas le parc des impressionnistes ici ! » Lionel Carrara, président de Réseau Vélo 78 ironise. Le bruit des semi-remorques comme fond sonore, une zone industrielle comme paysage et des ronds-points contraignants : la traversée du port de Gennevilliers ne fait pas rêver grand monde chez les cyclotouristes.

L’association Axe Seine (départements de l’Eure, des Hauts-de-Seine, de la Seine-Maritime, du Val d'Oise et des Yvelines) a lancé le 15 octobre le site Internet de la Seine à Vélo, nouvel itinéraire entre Paris et Deauville/Le Havre sans en annoncer l’inauguration. 20 Minutes est allé constater les aménagements perfectibles sur le terrain.

De Monet à Renoir en passant par Manet

Rendez-vous est donné avec Lionel Carrara, président de l’association Réseau Vélo 78 à Chatou, histoire de parcourir le trajet. A peine 500 mètres après avoir traversé le pont de Chatou, nous voilà sur l’île des Impressionnistes. Là où la maison Fournaise trône, lieu d’inspiration de Monet, Manet ou encore Renoir. Là aussi où se cachent de petits trésors, de ceux qui vous font aimer flâner à bicyclette, à l’image de l’association Sequana. Un grand atelier où bon nombre de bateaux en bois d’antan sont retapés. Petit détour parfait pour les touristes de la Seine à Vélo

Tout comme le parc des Impressionnistes situé sur la rive de Rueil-Malmaison, en face de l’île, lieu bucolique où le décor des Nymphéas de Monet a été reproduit. La légèreté du parc des Impressionnistes tranche vite avec la froideur des usines à béton de Nanterre, quelques centaines de mètres plus loin. Quelques arbres ci et là font office de cache-misère. La qualité de la voie cyclable fait pardonner un décor peu reluisant. Le plus dur est à venir. Un pont à traverser pied à terre en poussant son vélo – marches obligent – marque le premier des points noirs pour l’utilisateur de la véloroute. « On n’a pas encore vu de panneau la Seine à Vélo », remarque aussi Lionel Carrara. La première signalisation se dresse 1,5 km plus loin : « Ici passera la Seine à Vélo en 2020 ».

Quelques panneaux
Quelques panneaux - Antoine Michelet

La galère des travaux du tramway

Les 6 km suivants sont roulants, jusqu’au pont d’Argenteuil où le retour à la circulation est rude. Encore que des pistes cyclables sont aménagées. Le parcours se corse quelques centaines de mètres plus loin, avenue Stalingrad à Colombes. Le cycliste est livré à lui-même au milieu d’un flot de voiture en plein travaux du prolongement de la ligne de tramway T1. Une bande cyclable de fortune est dessinée au sol, l’itinéraire prévoit de tourner à gauche pour rejoindre une piste cyclable bi-directionnelle au milieu de la chaussée que les utilisateurs doivent emprunter en… sautant un trottoir

« Là c’est très compliqué…, soupire Lionel, pourtant cycliste confirmé. Et ces travaux peuvent durer des années… » Ce passage est le point noir relevé par de nombreuses associations locales de cyclotourisme. « Cet endroit est dangereux pour tout le monde, tranche Martine Laizé, habitante de Colombes et militante au sein de l’association Les Amis de la Nature, qui suit le dossier de près. Les associations locales ont proposé des alternatives aux élus, on est dans l’attente d’une réunion avec eux… »

Martine Laizé a même dessiné un itinéraire alternatif pour contourner cette zone de travaux : un parcours situé sur les berges d’Argenteuil et d’Epinay-sur-Seine, avant de rejoindre l’itinéraire actuel à Saint-Denis. « Ce serait une bonne solution, estime Didier Couval-Grima, membre de Cyclo Trans Europe et auteur d’un guide La Seine à Vélo à paraître aux éditions Chamina début 2021. C’est dommage de ne pas avoir cherché à lever ce point dur. »

Peu à peu, la capitale se dessine au loin

Passé cet aménagement douteux, le parcours conduit au port de Gennevilliers. Là encore, loin de la quiétude de la voie sur berge de Rueil-Malmaison. Le bruit des semi-remorques, les ronds-points, et une Seine invisible sur quelques kilomètres ternissent le bon agencement des pistes cyclables. « On n’a pas trop à se plaindre niveau aménagement ici », estime Lionel Carrara. Reste que le cyclotouriste doit se munir à plusieurs reprises de sa carte pour combler le manque de signalisation de l’itinéraire.

Puis, peu à peu, la capitale se dessine au loin. Le parc des Chanteraines offre un petit bol d’air avant d’attaquer l’île Saint-Denis et un nouveau point d’interrogation pour les cyclistes : sur les deux ponts de Villeneuve-la-Garenne à Saint-Denis, le cycliste doit emprunter une bande cyclable située sur la chaussée et sur… les rails de tramway. Le premier réflexe est d’emprunter le trottoir. « On va quand même tester cette petite portion, ironise Lionel Carrara, et attention à ne pas mettre tes roues dans un rail ! »

La difficulté passée, il suffit de traverser la gare de Saint-Denis pour rejoindre les quais du canal Saint-Denis. D’ici jusqu’à Paris et le parvis de Notre-Dame, chaque centimètre ou presque est aménagé pour les vélos. «Avec les coronapistes c’est encore plus simple de circuler dans Paris ! », se réjouit Lionel. Le bassin de la Villette, le canal Saint-Martin jusqu’à République pour terminer sur l’île de la Cité… Clap de fin d’une étape marquée par trop d’incommodités.

20 secondes de contexte

La série « Le nouveau cours de la Seine » a été réalisée par une promotion de neuf étudiants en alternance de l’école de journalisme de Paris ESJ-Pro, sous la direction de leurs formateurs et de l’équipe de 20 Minutes. Les sujets brossent la relation changeante entre Paris et son fleuve, dont l’image est bouleversée par l’amélioration constante de la qualité de l’eau.