Paris : Les éclusiers, petites mains invisibles de la navigation sur la Seine

LE NOUVEAU COURS DE LA SEINE On ne devine pas leur présence depuis les bords de Seine, mais les éclusiers sont essentiels pour la bonne marche de la navigation sur le fleuve

Adrien Masson

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David Liouville, éclusiers à Port-à-l'Anglais gère les deux écluses et le barrage depuis ses écrans d'ordinateurs.
David Liouville, éclusiers à Port-à-l'Anglais gère les deux écluses et le barrage depuis ses écrans d'ordinateurs. — Photo Adrien Masson
  • Les éclusiers sont essentiels pour la navigation sur la Seine. Ils permettent aux bateaux de passer les barrages sans encombre
  • Sur le barrage éclusé de Port-à-l’Anglais (Val-de-Marne), ils font passer entre 50 et 80 bateaux chaque jour

Il est 13 heures ce jeudi d’octobre lorsque David Liouville, 47 ans dont vingt comme éclusier, relève son collègue au barrage éclusé de Port-à-l’Anglais, à Alfortville (Val-de-Marne). L’homme aux cheveux long s’installe dans la tour vitrée à 360 degrés qui surplombe le barrage et l’écluse de la rive droite. Depuis son poste, « l’éclusier-barragiste » comme il préfère appeler son métier, contrôle les écluses des deux rives. Il gère aussi le barrage, s’occupe du remplissage et de la vidange des écluses pour le passage des bateaux, majoritairement de fret.

« Pour les écluses, le temps des manivelles est terminé depuis bien longtemps. Il y a eu l’époque des boutons et depuis 2003, c’est informatisé, et tout se gère sur des ordinateurs », explique l’ancien militaire, pendant que le barrage s’active seul. Celui-ci est informatisé depuis le début de l’année. « J’ai enregistré les réglages nécessaires et le barrage manœuvre en autonomie », détaille le salarié de l’établissement public Voies navigables de France (VNF), qui gère ce barrage et les deux écluses longues de 180 mètres.

Peu de relations avec les usagers

Jamais assis sur sa chaise à roulettes, qu’il a pris soin de ranger dans un coin, David Liouville passe son temps debout derrière le poste de contrôle qui comporte sept écrans : trois au-dessus de sa tête pour surveiller, quatre sur son bureau, avec une radio VHF pour communiquer avec les bateaux en approche. Si besoin, il se rend au pied de l’écluse afin de repêcher des « flottants », ces déchets obstruant l’entrée de l’écluse.

« Carnot pour Port-à-l’Anglais ! » : à 14 h 35 une voix sort du poste radio, brisant le calme de ce début d’après-midi. David répond aussitôt : « Port-à-l’anglais écoute ! » Au bout du fil, un bateau à vide souhaite passer l’écluse pour voguer vers Paris. Un autre navire vient de quitter l’écluse droite, David oriente donc le batelier vers celle-ci avec un simple « rive droite » prononcé dans la radio. Pour déterminer vers quelle écluse il va orienter le bateau en approche, David s’appuie sur les données que lui transmettent les bateliers ainsi que sur ses connaissances des bateaux habitués à passer par cette écluse. Il connaît les longueurs et largeurs des bateaux ainsi que leur profondeur. C’est principalement cette donnée qui détermine l’écluse à emprunter.

« Il peut y avoir des embouteillages »

Du haut de sa tour, David doit faire face à des bateliers pas toujours très coopératifs : « Certains pensent que je suis à leur service. Alors que selon les types de bateau à passer, il peut y avoir des embouteillages. »

Si les bateliers ne devinent les éclusiers qu’à leur voix, de leur tour de contrôle, les éclusiers voient bien, eux, les bateaux passer. A l’avenir, il se pourrait pourtant qu’ils ne les voient plus qu’à travers des caméras de surveillance, dans un poste de contrôle centralisé.

20 secondes de contexte

La série « Le nouveau cours de la Seine » a été réalisée par une promotion de neuf étudiants en alternance de l’école de journalisme de Paris ESJ-Pro, sous la direction de leurs formateurs et de l’équipe de 20 Minutes. Les sujets brossent la relation changeante entre Paris et son fleuve, dont l’image est bouleversée par l’amélioration constante de la qualité de l’eau.