Paris : Vivre sur la Seine, une envie en vogue qui fait le bonheur des agents immobiliers

LE NOUVEAU COURS DE LA SEINE Depuis une trentaine d’années, le marché de l’habitat fluvial se développe sur la Seine et la tendance n’a fait que s’accentuer après le premier confinement

Crézia Ndongo

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A deux pas du métro Bastille et de l'Opéra, des  "pénichards" se sont installés sur le port de l'Arsenal. Un mode de vie flottant qui tranche avec l'agitation 
 de circulation routière quelques mètres plus  haut, sur le boulevard de la Bastille.
A deux pas du métro Bastille et de l'Opéra, des "pénichards" se sont installés sur le port de l'Arsenal. Un mode de vie flottant qui tranche avec l'agitation de circulation routière quelques mètres plus haut, sur le boulevard de la Bastille. — Crézia NDONGO
  • Le marché de l’habitation fluviale est en expansion depuis le premier confinement du printemps dernier.
  • Acheter une péniche peut être une bonne affaire : les prix trois sont fois moins chers que dans l’immobilier classique.
  • La clientèle pour ce type de bien reste toutefois aisée.

Une vue sur les quais, un paysage verdoyant, le doux ruissellement de l’eau : le quotidien des « pénichards » qui font le choix de vivre sur un bateau à Paris commence à faire envie à ceux qui n’y auraient jamais pensé. D’autant que c’est un désir moins cher que dans le marché immobilier. Le prix du mètre carré de péniche oscille entre 2.000 et 5.000 euros, soit deux à quatre fois moins cher que dans la pierre. Une péniche de deux étages avec terrasse de 300 m² habitables peut s’acheter 900.000 euros, trois fois moins cher environ que dans la pierre.

Axel Pilyser, photographe cinquantenaire qui vit sur l’eau depuis 2016 à Boulogne-Billancourt, se régale de la vue sur le bois de Boulogne et l’hippodrome de Longchamp. « Pour rien au monde je ne quitterais ma péniche », martèle-t-il. Auparavant, il avait déménagé deux fois en dix ans, passant d’une maison à l’autre, sans jamais trouver exactement ce qu’il voulait. Pour le Boulonnais, vivre sur l’eau ne présente « que des avantages ».

Un boom dans l’ouest « chic »

A l’agence spécialisée Rivercoach, les professionnels observent une hausse de la demande depuis la crise financière de 2008 et surtout depuis le premier confinement du printemps dernier. « Il y a une trentaine d’années, on considérait que seuls les « baba-cool » vivaient sur la Seine », se souvient Jean-Pierre Huvé, à la tête de l’agence avec sa femme Valérie. Il prospère désormais et affirme avoir vendu 30 bateaux-logements depuis le début de 2020 contre 20 pour la totalité de l’année 2019.

Le couple Huvé, qui se targue d’être leader sur le marché, vend des bateaux-logements en proche banlieue cossue : Issy-les-Moulineaux, Boulogne-Billancourt, Saint-Cloud, Suresnes, Neuilly et Levallois. Jean-Pierre Huvé tient les comptes. « Depuis sept ans, nous avons vendu 110 bateaux. Nous dominons 90 % du marché. » Les demandes ont perduré malgré la pandémie car « les gens confinés dans leur appartement avaient envie de rêve et de plein air », analyse-t-il.

« Ce n’est plus un marché de niche »

« Nous ne sommes pas aussi nombreux que les agences immobilières mais l’habitat fluvial n’est plus un marché de niche », explique de son côté Stéphane Bachot, fondateur de l’agence Eau & Patrimoine. Il s’est lancé dans l’aventure après la crise de 2008. Il dit vendre une dizaine de péniches par an. A l’agence MyPéniche, on pense que ce succès est lié principalement au prix : « Acheter une péniche revient moins cher qu’acheter un appartement à Paris de la même surface. »

A ce jour, 1.300 bateaux-logements sont occupés en Ile-de-France, selon Voies navigables de France, qui réglemente l’habitat sur le bassin de la Seine avec le port de Paris. Les places sont limitées et le temps d’attente pour obtenir l’autorisation de stationnement fluvial peut être de plusieurs décennies. La demande la plus ancienne sur la liste officielle de VNF remonte à… 1997. Claude Denet, chef du service du domaine des bateaux stationnaires à la VNF, comptabilise néanmoins 300 demandes par an.

Un état d’esprit avant tout

Stéphane Bachot, qui a lui-même acheté sa péniche à 600.000 euros pour 180 m², concède que cette catégorie de prix n’est pas encore accessible à tout le monde. « Les acheteurs sont un peu des gens indépendants d’esprit, des artistes, des médecins », détaille-t-il. A Seine Plus, Nathalie Desbonnet dit avoir souvent affaire à des personnes travaillant dans la finance. Les agences s’accordent néanmoins sur un point : acheter un bateau-logement est un mode de vie. « Ce n’est pas comme se dire, « je vais acheter un appartement ». Il faut être dans cet état d’esprit », précise Stéphane Bachot.

Un mode de vie un peu champêtre que le couple Rigal souhaite savourer, à bord de la péniche qu’il a récemment acquise sur l’île Séguin. « Sur une péniche, on est loin de la cacophonie parisienne », explique Elodie Rigal, d’un ton rêveur. Le deuxième confinement donnera-t-il des envies similaires aux autres Parisiens candidats à la propriété ?

20 secondes de contexte

La série « Le nouveau cours de la Seine » a été réalisée par une promotion de neuf étudiants en alternance de l’école de journalisme de Paris ESJ-Pro, sous la direction de leurs formateurs et de l’équipe de 20 Minutes. Les sujets brossent la relation changeante entre Paris et son fleuve, dont l’image est bouleversée par l’amélioration constante de la qualité de l’eau.