Paris : Pêche à la ligne, voile et natation… L’épopée des Jeux olympiques immergés dans la Seine

LE NOUVEAU COURS DE LA SEINE En 2024, deux épreuves se dérouleront sur la Seine, ce qui rappellera les riches heures des JO de 1900… Si l’eau est assez propre.

Ousmane Mbaye

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Sera-t-il possible de se baigner dans la Seine en 2024 comme dans la piscine du bassin de la Villette ?
Sera-t-il possible de se baigner dans la Seine en 2024 comme dans la piscine du bassin de la Villette ? — Martin BUREAU / AFP
  • Les JO de Paris de 1900 ont organisé beaucoup d’épreuves dans la Seine.
  • L’organisation de l’épreuve de natation du triathlon et du 10 km nage libre est prévue dans le fleuve en 2024.
  • La mairie espère obtenir d’ici là des résultats sur la qualité de l’eau, avec les travaux acquis.

Jeux Olympiques de Paris, 1900. Hermann Barrelet et André Gaudin se disputent la première place de l’épreuve de skiff en aviron. Avec un temps de 7’35”2 minutes, Hermann Barrelet, une figure sportive de la Belle époque qui a étudié la philosophie, remporte l’épreuve finale du 1.750 mètres individuel entre le pont Bineau à Courbevoie et le pont ferroviaire d’Asnières. Cocorico ! La France est au sommet : six médailles (deux en or, trois en argent et une de bronze), devant l’ Allemagne et les États-Unis (une médaille d’or chacune), toutes épreuves d’aviron confondues.

En 1900, les Jeux olympiques de Paris se déroulent en même temps que l’Exposition universelle et c’est un festival sur le fleuve. Il y a même une épreuve de pêche à la ligne, sur l’île aux Cygnes, entre les ponts de Bir-Hakeim et de Grenelle. Elle distingue le Picard Elie Lesueur, honoré pour avoir sorti le plus gros poisson. Sont aussi organisés le water-polo, la natation, la voile (à Meulan-en-Yvelines), la course en bateaux à moteurs (à Argenteuil). « Le fleuve a été utilisé tout simplement pour une question pratique, afin de demeurer à Paris », explique Nicolas Bancel, historien du sport au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il y a sept épreuves de voile, dont deux pour les très gros navires, car c’est encore à la mode, avec au total, 97 compétiteurs dont 75 Français.

Fin des épreuves en 1924

En 1924, pour la deuxième olympiade organisée en France, la pollution a fait son œuvre. Il est désormais interdit de se baigner dans la Seine, et aucune épreuve n’y est donc organisée. Question de progrès aussi : dans l’entre-deux-guerres, la construction de piscines s’est accélérée et l’utilisation de la Seine pour les compétitions a été progressivement abandonnée.

Les Parisiens restent cependant attachés au fleuve. « La symbolique est forte. On est dans des espaces non homogènes, en plein air. Paris est symbolisé par la Seine et inversement. Le blason de la Ville de Paris datant du Moyen-Âge montre un bateau naviguant sur la Seine, orné de la devise “Fluctuat Nec Mergitur” [il est battu par les flots mais ne sombre pas] », rappelle l’historien.

Se baigner dans la Seine

De telles scènes sportives sur le fleuve vont devenir progressivement irréelles, mais l’amélioration de la qualité des eaux du fleuve permet de l’imaginer à nouveau, symboliquement. En 2024, les épreuves de natation du triathlon et du 10 km nage libre se tiendront dans le fleuve. Malgré la pollution assez critique pour que la baignade y soit toujours interdite, les sportifs assurent ne pas avoir peur. « Les triathlètes n’ont pas d’appréhension à nager dans la Seine, mais plutôt de l’excitation », assure Benjamin Maze, directeur technique national de la Fédération française de triathlon. Trente-six après, les athlètes espèrent honorer en quelque sorte la promesse de Jacques Chirac de piquer une tête dans le fleuve, en 1988.

Prendront-ils un risque sanitaire ? Pas pour Agathe Euzen, directrice adjointe scientifique au CNRS : « Si l’on regarde la qualité de l’eau de la Seine, on constate qu’il y a eu une amélioration extrêmement importante grâce au travail fait par les stations d’épurations ». Depuis 2017, la baignade, toujours interdite certes dans la Seine, est permise l’été de manière encadrée sur le bassin de la Villette, où la qualité des eaux est voisine. « On s’organise pour rendre la baignade possible dans la Seine pendant et après les Jeux. L’objectif principal est de la rendre accessible à tous les habitants », explique Colombe Brossel, adjointe à la Mairie de Paris et chargée de la propreté de l’espace public. Elle estime que les efforts réalisés sur les rejets des eaux usées par les particuliers devraient suffire à résoudre le problème, par exemple, de la présence de la bactérie Escherichia coli.

Des triathlètes français pressés

Même s’il demeure un problème, un peu d’eau usée va-t-elle effrayer les triathlètes ? Lors des championnats du monde de Rotterdam (Pays-Bas) en 2017, les triathlètes ont eu à nager dans des conditions bien pires, dans la Meuse, sourit Benjamin Maze.

On n’est jamais trop prudent, cependant. Des tests events (répétition générale pour le Comité international olympique, les fédérations internationales et Paris 2024) sont prévus. Pour le triathlon, il aura lieu en juillet 2023. « On a hâte d’y être » s’enthousiasme Benjamin Maze. « Paris » possible ?

20 secondes de contexte 
La série « Le nouveau cours de la Seine » a été réalisée par une promotion de neuf étudiants en alternance de l’école de journalisme de Paris ESJ-Pro, sous la direction de leurs formateurs et de l’équipe de 20 Minutes. Les sujets brossent la relation changeante entre Paris et son fleuve, dont l’image est bouleversée par l’amélioration constante de la qualité de l’eau.