Paris : Comment la police de l’eau contrôle les pollutions dans la Seine

LE NOUVEAU COURS DE LA SEINE La police de l’eau veille au respect du Code de l’environnement et à la protection des ressources et des milieux aquatiques. « 20 Minutes » a embarqué avec elle pour une inspection en bateau sur la Seine

Elodie Pradel

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Paris : Comment la police de l’eau contrôle les pollutions dans la Seine — 20 Minutes
  • La police de l’eau de la direction régionale et interdépartementale de l’Environnement et de l’Energie a observé, depuis mi-septembre, une baisse du taux d’oxygène dans la Seine à Meulan-en-Yvelines.
  • Un taux d'oxygène insuffisant dans l'eau présente un risque pour la biodiversité.
  • « 20 Minutes » a embarqué dans une tournée d'inspection.

« Nous devons être les seuls à être heureux qu’il ait plu », sourit Clément Fabre, 24 ans, chef de projet baignade pour les JO 2024. Le ciel des Yvelines est gris en cette matinée d’octobre où la police de l’eau de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (DRIEE) s’apprête à sortir en inspection. La raison : des « creux d’oxygène » – une baisse du taux d’oxygène dans l’eau – inexplicables ont été observés, depuis mi-septembre, par la station de mesure du Service public de l’assainissement francilien située sur la Seine, au niveau du pont de Meulan-en-Yvelines.

« Soit c’est une grosse pollution sur la Seine, soit une pollution moindre mais proche de la station de mesure », s’interroge Clément Fabre. Ces creux – constatés aux alentours de 5 mg/litre – ont été détectés par temps de pluie. Pour la police de l’eau, dont le rôle est de s’assurer de la protection des ressources et des milieux aquatiques, cette intervention est capitale : « Si le taux d’oxygène est bas et que les poissons sont exposés longtemps à ce manque, cela peut entraîner une mortalité piscicole. Ça devient vraiment critique en dessous de 4 mg/litre d’eau », alerte Stéphane Desvant, 43 ans, adjoint au chef de la cellule police de l’eau spécialisée inspecteur de l’environnement.

Il est 10 h 30, les agents de la DRIEE embarquent à bord du bateau, pour un trajet entre l’usine Peugeot de Poissy et le pont de Meulan-en-Yvelines. Les gilets de sauvetage sont enfilés, les gros manteaux aussi, l’heure du départ a sonné. Le vent est glacial. Avec la vitesse du bateau, quelques gouttes d’eau effleurent les visages. Pas un bruit, sauf celui du moteur. En pleine accélération, difficile de s’entendre, même en criant. Stéphane et Clément sont habitués. Premier arrêt : l’usine Peugeot. Rien à signaler. L’inspection se poursuit.

« Le phénomène est probablement lié à un temps de pluie »

« L’autre but de l’inspection est de vérifier visuellement s’il y a des rejets polluants dans la Seine. » La police de l’eau peut constater une infraction au Code de l’environnement et sanctionner. Stéphane est muni d’une carte d’assermentation. Deux sanctions sont possibles : administrative (une mise en demeure) ou pénale (un PV). « Généralement, une mise en demeure suffit, c’est plutôt efficace. » Si elle n’est pas respectée, une sanction pénale peut être prononcée.

Parfois, une odeur embaume les narines : celle de la lessive ou de produits ménagers. Un seul coup d’œil suffit et le rejet est identifié : « Ça, ce sont des gens qui ne se sont pas connectés au réseau collectif et tout se déverse dans la Seine. C’est illégal », déplore l’adjoint qui travaille pour la police de l’eau depuis 2002. Ces rejets polluants entraînent une perte d’oxygène, moins de 8 mg/litre à Villennes-sur-Seine. « C’est un truc de dingue », lâche-t-il.

Prochaine visite au printemps

Lorsque le bateau s’éloigne, bingo. Stéphane l’avait prédit, le taux est plus élevé : au-dessus de 9 mg/litre. « Cela peut aussi être dû aux DO – déversoirs d’orage – qui rejettent les eaux usées par temps de pluie et qui sont sûrement cachés sous l’eau puisqu’on ne les voit pas tous. »

De la Seine, l’usine ArianeGroup des Mureaux ne passe pas inaperçue. Stéphane Desvant décide d’y effectuer une mesure, « on ne sait jamais ». Le dernier contrôle se déroule à l’emplacement de la station de mesure. Le bilan est mitigé : la pluie, qui favorise normalement l’apparition des creux d’oxygène, n’a pas été assez importante pour que la police de l’eau ne puisse bien mesurer le phénomène. Prochaine inspection sûrement au printemps.

20 secondes de contexte

La série « Le nouveau cours de la Seine » a été réalisée par une promotion de neuf étudiants en alternance de l’école de journalisme de Paris ESJ-Pro, sous la direction de leurs formateurs et de l’équipe de 20 Minutes. Les sujets brossent la relation changeante entre Paris et son fleuve, dont l’image est bouleversée par l’amélioration constante de la qualité de l’eau.