Paris : L’expérimentation du compostage de couches pour bébé passe la seconde

ENVIRONNEMENT Après une première année de tests, le projet des « Couches fertiles », mené par une start-up dans le cadre d'un projet financé par l’Ademe, va se poursuivre cet automne avec l'ouverture d'un nouveau site expérimental

Paul-Guillaume Ipo (et Cl.G)

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Les « Couches fertiles » expérimentent la production de compost à partir de couches usagées.
Les « Couches fertiles » expérimentent la production de compost à partir de couches usagées. — Les Alchimistes
  • Depuis plusieurs années, la start-up parisienne Les Alchimistes expérimente le compostage de couches pour bébé.
  • Dans le cadre d’un appel à projets lancé par la ville, la jeune entreprise a collecté au cours de l’année écoulée près de 30.000 protections jetables dans des crèches de la capitale.
  • Une nouvelle phase de test débutera en novembre prochain avec le traitement de prototypes de couches entièrement compostables.

75 %. C’est le taux de matière organique contenu dans une couche pour bébé traditionnelle après usage – urine, matières fécales, cellulose. Et c’est cette matière que Les Alchimistes, une start-up parisienne, veulent valoriser pour faire du compostage des couches une « évidence ».

Entre octobre 2019 et juillet 2020, l’entreprise a récolté, dans le cadre d’un appel à projets lancé par la direction de la petite enfance de la Ville de Paris et avec le soutien de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), quelque 28.000 protections usagées auprès de cinq crèches du Nord-Est de la capitale. Soit « quatre tonnes de couches détournées de l’incinération », souligne Maïwenn Mollet, responsable du projet chez Les Alchimistes.

« La couche est un déchet compostable si elle est "éco-conçue" »

Les couches souillées recueillies étaient acheminées vers un site situé à l’Ile Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où la matière organique était broyée et séparée du plastique, avant d’être mélangée à du broyât de bois et des déchets alimentaires. L’un des principaux objectifs de l’expérimentation était d’analyser la qualité du compost issu de cette maturation. « Les conclusions confirment que la couche est bien un déchet compostable, mais aussi qu’elle doit être "éco-conçue" pour produire un compost de bonne qualité », poursuit Maïwenn Mollet.

Les sacs de couches lors du processus de tri.

Un essai qui conduit Les Alchimistes à passer à une nouvelle phase expérimentation. Celle-ci, d’une durée de 18 mois, portera sur le traitement de couches cette fois 100 % compostables, conçues avec deux fabricants. Ce sont 100.000 protections par an seront collectées. « Nous conseillerons les deux industriels partenaires sur la façon de rendre leurs produits compostables et sur leur conformité aux normes européennes. Nous les accompagnerons jusqu’à la mise sur le marché », indique la responsable des Alchimistes.

Créer une filière d’économie circulaire

Plus largement, « l’objectif est de créer une nouvelle filière d’économie circulaire qui part d’un déchet pour finir avec un produit. » La start-up pourrait ainsi, à terme, fournir une prestation de collecte de couches compostables auprès des municipalités, puis vendre le compost ainsi produit.

Si les professionnels sont pour le moment la cible principale des Alchimistes, la responsable du projet estime qu’il faudra se diriger vers les foyers, qui représentent le gros de la consommation de couches. Au total, la start-up estime qu’en France, 3.5 milliards de couches bébé sont achetées et jetées chaque année. « Nous avons de nombreuses idées à expérimenter. On peut par exemple imaginer des bornes où chacun déposerait ses couches usagées, ou la récupération à domicile. » Pour l’heure, il faudra encore démontrer la qualité de ce compost pour les sols, et attendre que la réglementation permette sa commercialisation.