« Tout espace est un lieu de manif possible »

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Existe-t-il un usage symbolique de Paris pour les manifestations ?

Avant 1934, date des premières manifestations autorisées, la logique était fonctionnelle : les rassemblements des étudiants se tenaient dans le Quartier latin, les autres sur les Grands Boulevards. De 1934 à 1936, les organisations syndicales, autorisées à manifester entre la porte de Vincennes et Nation, gagnent du terrain. Le triangle République-Bastille-Nation devient alors le lieu des manifestations revendicatives. Les Champs-Elysées, à proximité des lieux de pouvoir, restent réservés à des manifestations d'unité nationale. Cela n'est plus vrai après Mai 1968.

Pourquoi ?

La jonction ouvriers-étudiants entre République et le Quartier latin permet l'émergence des premières manifestations sur les deux rives de la Seine tandis que la contre-manifestation gaulliste du 30 mai 1968 sur les Champs relégitime l'Ouest parisien. Dans les années 1970, l'émergence de nombreux acteurs associatifs bouleverse la géographie parisienne : tout espace devient un lieu de manifestation possible.

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Les acteurs sociaux tendent à conserver les lieux traditionnels. D'où la persistance du défilé République-Bastille-Nation chez les syndicats. Les autres organisations préfèrent, elles, diversifier les lieux. Par exemple, les manifestations de chasseurs ou d'agriculteurs se déroulent souvent sur des esplanades comme le Champ-de-Mars ou les Invalides. Les Champs-Elysées restent, eux, un lieu d'unité nationale, comme on l'a vu après la Coupe du monde de foot de 1998. Recueilli par Alexandre Sulzer

*Au Réfectoire des Cordeliers, 15, rue de l'Ecole-de-Médecine (6e). Jusqu'au 11 janvier. Tous les jours de 11 h à 19 h.