À Flins, une reprise morose sur fond de crise

Oihana Gabriel

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Un retour teinté d'angoisse. Demain les ouvriers de Renault reprendront la route de leur usine de Flins (Yvelines) après un mois de vacances forcées pour cause de chômage technique. Avec, déjà, de mauvaises nouvelles : en janvier, tous les lundis et presque tous les vendredis seront chômés. En tout, neuf jours sans travail, pour le moment. Dans le local syndical d'une usine désertée et recouverte de neige hier, les voeux de bonne année avaient des accents de colère. Ali Kaya, secrétaire de la CGT de Flins enrage : « Renault pille nos congés et les ouvriers perdent du fric alors que les actionnaires, eux, touchent encore des dividendes. » « Si déjà en janvier, il y a des jours chômés, qu'est ce que ça sera en février ! », rajoute Max Picard.

Fin 2008, ce sont les vacances et les RTT qui ont permis de ne pas toucher aux salaires des ouvriers. Mais en janvier, 279 personnes, qui n'ont plus de jours de congé en réserve, vont voir leur salaire amputé de 35 % par jour de chômage technique, soit environ 300 euros. « Pour les jeunes surtout, c'est très dur financièrement et moralement », regrette Patrizio Miccinilli. « C'est la vie, on est des petits et on paye les pots cassés des banques », renchérit son collègue Eric Paumard. Ouvrière depuis cinq ans à Flins, Catherine Bonnegarde craint d'être licenciée : « Ça va être de plus en plus dur. Les gens n'ont pas d'argent, ce n'est pas dans six mois que le secteur automobile va remonter. » Catherine est revenue travailler en décembre, quitte à passer le balai, car en février, elle aura épuisé ses congés et son salaire risque de diminuer. « A 45 ans, je ne risque pas de retrouver du travail demain », s'inquiète-t-elle. Chez Renault, on réplique « qu'il n'y a dans les tuyaux ni fermeture ni licenciements. La prime à la casse (voir encadré) pourrait aider cette usine, même si les effets ne sont pas encore visibles. » En attendant, la direction a proposé aux salariés non concernés par le chômage technique d'offrir, sur la base du volontariat, un jour de RTT aux ouvriers lésés, afin que ceux-ci reçoivent 75 % de leur salaire les jours chômés, et non 65 %. Une « saloperie », selon Ali Kaya, pour qui « Renault n'a pas dépensé un centime et ils demandent de la solidarité. » Eric Paumard, vingt-six ans d'ancienneté, choisit l'humour noir : « Si je suis licencié, je me recyclerai en voleur ! »

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