JO 2024 : « Il est difficile de laisser le projet à l’identique », affirme Pierre Rabadan, adjoint aux sports à Paris

INTERVIEW Alors que les élus de Seine-Saint-Denis s’inquiètent des futures modifications de la carte des sites des JO de Paris 2024, Pierre Rabadan, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge des sports et des Jeux, a répondu aux questions de « 20 Minutes »

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Pierre Rabadan, adjoint chargé des Sports de la maire PS Anne Hidalgo.
Pierre Rabadan, adjoint chargé des Sports de la maire PS Anne Hidalgo. — Pierre Villard /SIPA pour 20 Minutes
  • Face au contexte actuel et à un besoin d’économie décrété par le comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo), les élus de Seine-Saint-Denis s’inquiètent d’être les grands perdants de l’opération.
  • « C’est difficile de faire un plan d’économies sans enlever quelque chose à quelqu’un », estime Pierre Rabadan, adjoint aux sports à la maire de Paris Anne Hidalgo.
  • Parmi les sites dans la balance, le stade aquatique provisoire où doit se dérouler les épreuves de natation à Saint-Denis et une arène temporaire au Bourget pour le volley-ball.

C’est le nouveau visage du sport et de l’olympisme à la mairie de Paris. En juillet dernier, Pierre Rabadan, ancien troisième-ligne du Stade Français, est devenu l'adjoint d'Anne Hidalgo en charge du sport, des Jeux olympiques et paralympiques, qui seront l’un des grands événements de ce second mandat. Mais en cette rentrée 2020, c’est davantage un dossier brûlant et épineux.

Des modifications de la carte des sites des JO de Paris 2024 sont en effet actuellement à l’étude. Au début de l’été, le contexte sanitaire et économique a conduit le comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo) de Paris 2024 à décider qu’il fallait économiser 10 % par rapport au budget initial (3,8 milliards d’euros), soit entre 300 et 400 millions d’euros. Ce qui inquiète les élus de la Seine-Saint-Denis. « Ça fait plusieurs mois qu’on nous joue cette petite musique désagréable des économies à réaliser en Seine Saint-Denis. On comprend bien le contexte mais notre département ne doit pas être un alibi au moment de la candidature pour devenir la variable d’ajustement du projet ensuite », a estimé ce jeudi, Stéphane Troussel, le président du conseil départemental. Dans ce contexte, Pierre Rabadan a répondu aux questions de 20 Minutes, deux mois après sa prise de fonction.

Quelle est votre feuille de route en tant que nouvel adjoint à la maire de Paris en charge du sport, des Jeux olympiques et paralympiques ?

Nous sommes en train de l’établir. Plusieurs problématiques se posent en dehors de la volonté politique de faire de cette mandature celle des Jeux olympiques et paralympiques. Il y a une approche globale d’intégrer le sport dans la société, qui est, selon moi, sous exploitée. Mais tout cela doit se faire dans l’environnement actuel et au vu des contraintes fortes : budgétaires, sanitaires. Notre feuille de route sera cohérente avec les moyens qu’on aura pour la mener à bien. Dans une ville comme Paris avec une forte densité et peu d’espaces, nous voulons continuer, comme lors de la précédente mandature, à entretenir et développer le parc sportif parisien composé de 500 équipements, améliorer la qualité et accompagner le développement de nouvelles pratiques. Notre objectif est aussi que le sport permette une meilleure insertion avec des lieux d’accompagnement social et administratif autour d’un club sportif. Le sport doit être inclusif et nous n’allons pas fuir et nous détourner de nos responsabilités.

La Seine-Saint-Denis, qui devait être la grande gagnante de ces Jeux olympiques 2024, pourrait se retrouver finalement sans le stade aquatique provisoire à Saint-Denis, sans l’Arena de volley au Bourget et éventuellement avec un village des médias moins conséquent… Quel est votre sentiment ?

La Seine-Saint-Denis sera la grande bénéficiaire de ces Jeux en termes de transformation territoriale. Quelque soit la finalité des discussions actuelles, ce sera le cas. La candidature de Paris 2024 ne se limitait pas à Paris et même s’il y a des ajustements, on ne touchera pas, ou le moins possible ou en trouvant des accords, à la Seine-Saint-Denis, qui doit être satisfaite à l’arrivée. On espère une unité nationale. Après, nous sommes aussi dans un contexte exceptionnel qui a décalé les Jeux de Tokyo d’un an et qui interroge sur ce que seront les Jeux de Paris, avec un principe qui ne bougera pas : la sobriété budgétaire. Il faut trouver des économies potentielles qui passent peut-être par davantage d’utilisations de structures déjà existantes.

Les élus de Seine-Saint-Denis se sont réunis jeudi pour faire part de leurs craintes vis-à-vis de ces potentielles modifications, la mairie de Paris les soutient-elle ?

La Seine-Saint-Denis s’inquiète et a des revendications. Nous comprenons leurs interrogations. Nous pouvons potentiellement perdre des sites de compétition, ce qui entraînerait des conséquences sur le projet de départ. C’est difficile de faire un plan d’économies sans enlever quelque chose à quelqu’un. Mais dans le contexte économique et sanitaire, il est difficile de laisser le projet à l’identique. Nous ne sommes plus dans le même monde qu’il y a un an. Après, il faut que ce soit une répartition équitable avec des phénomènes de compensation et de transferts de compétitions.

L’escalade qui pourrait finalement partir de la place de la Concorde pour s’installer en Seine-Saint-Denis par exemple ?

Oui, mais c’est encore en discussions. C’est la Seine-Saint-Denis et la Ville de Paris, ensemble, qui vont accueillir le plus d’épreuves. Et nous sommes aujourd’hui dans une logique de recherches d’économies. C’est donc également ensemble que nous allons être le plus impactés. Personnellement, l’idée de perdre l’escalade ne me fait pas plaisir. C’est un sport spectaculaire, jeune, visuel avec de plus en plus de pratiquants. L’idée, c’est de trouver un équilibre acceptable pour tous. Nous devons être souples et savoir nous adapter. Au-delà de la crise du coronavirus, je pense que quand on mène un projet d’une telle ampleur, il faut se questionner et voir s’il n’y a pas des améliorations à faire.

Cela veut dire que le projet de départ était trop ambitieux ?

Pas du tout. Il était mesurable et raisonnable. Mais il y a des choses qu’on ne peut pas anticiper : le contexte économique, l’inflation. Il y a des choses qui doivent être revues au fur et à mesure. Certaines et certains ont une méfiance par rapport aux Jeux parce que, par le passé, il y a eu une certaine rigidité dans l’organisation qui a amené à des constructions qui n’étaient pas utiles aux populations. Nous avions identifié ce problème dès le départ. Et sans garantie du CIO sur ce point, la Ville de Paris n’aurait pas été candidate.

Thomas Bach, le président du Comité international olympique (CIO), a évoqué mercredi « des Jeux olympiques à Paris en 2024 adaptés au nouveau monde post-coronavirus ». Est-ce que des fans zones, des rassemblements populaires, des animations et initiations sportives pour les habitants, vont être remis en cause ?

Rien n’est encore arrêté. C’est en discussions. Vu la crise sanitaire, il faudra de toute façon remettre tout ça sur la table avec un nouveau projet. Mais on ne veut pas dégrader l’expérience spectateur.

Deux mois après votre arrivée en tant qu’adjoint, et en tant qu’ancien sportif, est-ce que vous découvrez une facette du sport dont vous ne vous doutiez pas ?

Je travaille depuis cinq ans à la ville, même si c’était dans une fonction différente, je ne suis pas surpris par l’environnement et la manière dont ça se déroule. Cela dit, il y a toujours des situations surprenantes et cette nouvelle fonction reste inédite. Ça demande une adaptation permanente.