Champlan, une ville pas si champêtre que ça

Carole Bianchi

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Quand Serge Julot part en vacances, le bruit des avions lui « manque ». Habitant de Champlan (Essonne), commune de 2 500 âmes souvent présentée comme la plus polluée d'Ile-de-France, cet électromécanicien de formation raconte que les nuisances sonores liées à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne) s'apparentent à une « drogue ». « On est complètement atomisé par le bruit », souffle-t-il en regardant son jardin, traversé par des lignes à très haute tension.

Champlan a la particularité de cumuler une multitude de pollutions. Située à 15 km au sud de Paris, cette petite ville est cernée par les autoroutes A 6 et A 10, la nationale 20, l'aéroport, deux incinérateurs et des dizaines de pylônes électriques. Avec une pollution atmosphérique identique à celle de la capitale, elle constitue l'un des « points noirs environnementaux » que souhaite répertorier, dès le premier trimestre 2009, le ministère de l'Ecologie sur une carte nationale pour faciliter des aménagements.

« On attend les actions maintenant, note Serge Julot. Car à force de médiatiser Champlan, on passe pour des pestiférés ». Agé de 52 ans, il est arrivé dans la commune en 1978 pour y acheter avec sa femme Christine une maison de 100 m2 pour un peu plus de 250 000 francs à l'époque (38 100 euros). « C'était un prix défiant toute concurrence. » Notre préoccupation première, c'était de trouver un toit pour une famille naissante et de pouvoir aller travailler à Paris en vingt minutes. L'environnement, ça ne concernait que des marginaux. On ne parlait pas de mal-être. » Pourtant, aujourd'hui encore, de nouvelles familles emménagent à Champlan. « On vivait à Massy dans un appartement. Maintenant, on a une belle maison, confie Sahira Rai, 19 ans. On est conscients des nuisances. Si on ne ferme pas les volets, on n'arrive pas à dormir le soir. Mais on n'est pas inquiets pour la santé. »

« Beaucoup d'entre eux n'ont pas réalisé l'impact des pollutions », explique Henri Rousset, 81 ans, qui a vu l'autoroute se construire au bout de son jardin et les petits pylônes devenir gigantesques pour pouvoir supporter 225 000 volts. Cet horticulteur retraité y fait pourtant pousser son potager. « Les salades du marché ne doivent pas être pires ! », s'amuse-t-il avant d'expliquer comment la pluie chaude, au contact des lignes à haute tension, vient parfois brûler ses salades.

Tous s'interrogent néanmoins sur l'effet à long terme de ce « cocktail » sur leur santé. Même les études de mesures inédites réalisées pendant près de trois ans par l'Ademe et d'autres organismes n'ont pas permis de connaître l'impact de ces multiples expositions. Serge, lui, affirme que son asthme disparaît après quelques jours de montagne. « Je ne suis pas persuadé d'être gravement atteint, relativise-t-il. Je pense que je peux retrouver la vie de Monsieur Tout-le-monde si je déménage. »

Le nouveau maire de Champlan, Christian Leclerc (SE), écoeuré du « saccage du village où il a grandi » ne veut justement pas attendre une « catastrophe ». Il souhaite faire de sa commune « un modèle en termes de réhabilitation environnementale ». Il projette de faire poser un revêtement routier absorbant le bruit des 500 000 véhicules par jour et cherche les financements pour la réalisation, d'ici cinq à dix ans, d'un tunnel paysager qui recouvrirait une partie de l'A 10 et permettrait d'enfouir les lignes à haute tension. Son projet serait soutenu par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie et maire UMP de Longjumeau, commune voisine de Champlan.