Paris : « Ça a été une grande aventure de mixité sociale »… Clap de fin pour les Grands Voisins

SOCIAL Près de cinq ans après son ouverture, les Grand Voisins (14e arrondissement) ferment définitivement leurs portes à la fin du mois de septembre. Retour sur la trajectoire d’une utopie devenue réalité à Paris

Romain Lescuieux
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"Les Grands voisins" revient sur l'utopie sociale lancée par l'association Aurore.
"Les Grands voisins" revient sur l'utopie sociale lancée par l'association Aurore. — Les Grands Voisins
  • Le 23 novembre 2015, peu de temps après les attentats du Bataclan et du Stade de France, les Grands Voisins, site de 3,4 hectares en plein cœur de Paris – tombé en désuétude en 2010 – ouvraient pour la première fois leurs portes.
  • Près de 5 ans plus tard, l’endroit va laisser place comme prévu à un écoquartier qui doit voir le jour en 2023.
  • Les équipes sont actuellement à la recherche d’un nouveau lieu pour construire un projet toujours avec cette volonté de « mettre les plus précaires au cœur de la ville ».

« Comme c’est temporaire, on va vite. On sait qu’on n’est pas là pour toujours », expliquait un matin de février 2016 à 20 Minutes, Jérémie, un artiste-thésard, qui avait installé son atelier dans l’ancien service gynécologique de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul (14e arrondissement). Quelques mois plus tôt, le 23 novembre 2015, peu de temps après les attentats du Bataclan et du Stade de France, ce site de 3,4 hectares en plein cœur de Paris – tombé en désuétude en 2010 – ouvrait pour la première fois ses portes au public pour devenir un véritable village dans la capitale. Son nom : Les Grands Voisins. Un mot d’ordre : Vivre ensemble. Cinq ans plus tard, place à l’ultime décompte.

Si la mairie de Paris a habitué ses habitants ces derniers temps à transformer l’éphémère en éternel, fin septembre, les Grand Voisins fermeront, eux, définitivement leurs portes pour permettre la finalisation des travaux du  futur écoquartier qui verra le jour en 2023 en lieu et place de ce qui « a été une grande aventure de mixité sociale et d’expérience d’urbanisme », se félicite aujourd’hui Axel Henry, chargé de communication pour les Grands Voisins. Le temporaire a donc duré, s’est même étiré dans le temps, mais a finalement une fin. Retour sur la trajectoire  d’une utopie devenue réalité et qui a égrainé des idées et quelques envies.

600.000 visiteurs par an

L’aventure débute en 2014, quand l’association Aurore, qui agit contre l’exclusion sociale obtient la gestion de l’ancien hôpital. Mais pour subvenir aux coûts de gestion – un million d’euros par an –, les membres décident de proposer ses espaces vacants contre une contribution aux charges. Dans ce sens, l’association Plateau Urbain aide Aurore à mettre à disposition les locaux à des structures. Et l’association Yes We Camp contribue, elle, à la coordination générale en assurant l’ouverture au public. « Beaucoup de publics différents ont pu se rencontrer aux Grands Voisins et grâce à de nombreux événements, un lien social s’est tissé », affirme Axel Henry.

Dans les ateliers, à la Lingerie – le café –, dans les commerces ou au détour d’une allée, on y croise des startupers, des artistes, des artisans (luthier, maître chocolatier), des anciens sans-abri ou encore des jeunes migrants, alors même que la crise migratoire s’intensifie. En tout, près de 600 personnes vivent sur place dans les hébergements d’urgence et cohabitent quotidiennement depuis septembre dernier avec plus de 300 personnes issues de 70 entreprises et associations. Et c’est tous ensemble, qu’ils façonnent ce bout de ville.

A la fin, près de 2.000 personnes vivaient et/ou travaillaient sur place, près de 46.500 personnes ont été reçues à l’accueil de jour pour demandeurs d’asile et réfugiés sur deux années d’ouverture. Et enfin, plus de 300 événements culturels, éducatifs et artistiques gratuits ont été proposés à plus de 600.000 visiteurs par an avec plus de 5.000 bénévoles impliqués en 5 ans, détaille-t-on chez Yes we Camp. Mais quel bilan pour ce laboratoire social et solidaire dans le monde de demain ?

« L’expérience est belle, probablement imparfaite, très certainement infinie »

« Cinq ans plus tard, à la veille de la fermeture du site, nous mesurons la réalité des impacts, nous regrettons certaines choses mais nous apprécions l’éclat des moments vécus, et surtout les belles surprises. Nous réalisons aussi l’étendue des efforts qui sont à mener, partout ailleurs, ensemble. L’expérience est belle, probablement imparfaite, très certainement infinie », fait-on savoir à la tête des Grands Voisins dans un bilan général. Et l’esprit de l’endroit a en effet d’ores et déjà commencé à se diffuser.

« Le but n’est pas de créer la copie conforme des Grands Voisins mais de faire de l’essaimage. On tente de garder la même formule et de l’adapter en fonction des territoires », précise Axel Henry. Si les trois associations des Grands Voisins n’ont pas encore monté de nouveau projet ensemble, des alliances et des ponts ont toutefois déjà permis de monter par exemple le projet Les Cinq Toits dans le 16e arrondissement. Mais aussi le projet Coco Velten, dans le quartier de Belsunce à Marseille. Un lieu est actuellement recherché dans la région parisienne par les membres des associations pour construire un nouveau projet toujours avec cette volonté de « mettre les plus précaires au cœur de la ville », précise Axel Henry.

Pour clôturer, comme il se doit, cette aventure de cinq ans, l’équipe des Grands Voisins, organise tout au long du mois un certain nombre d’événements dont deux grandes soirées pour un bouquet final, les 25 et 26 septembre prochain.