Paris : Lafarge soupçonné de déverser du béton dans la Seine, des élus dénoncent un acte « criminel »

SOCIETE Selon Europe 1, le cimentier Lafarge rejette volontairement dans la Seine des eaux usées. L’entreprise se dit victime d’un « acte de malveillance ». La Mairie a indiqué qu’une plainte sera déposée

Romain Lescurieux

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Le siège du cimentier Lafarge à Paris, le 7 avril 2014
Le siège du cimentier Lafarge à Paris, le 7 avril 2014 — FRANCK FIFE AFP
  • Dans le 12e arrondissement, le cimentier Lafarge rejetterait volontairement dans la Seine ses eaux usées et polluées.
  • Si l’entreprise se dit victime d’un « acte de malveillance », ce n’est pas la première fois qu’elle se retrouve au cœur d’un scandale. Des élus parisiens s’insurgent contre ces nouvelles révélations.
  • La Mairie de Paris a indiqué qu’une plainte sera déposée. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’encontre du cimentier. 

Vers un scandale écologique et environnemental dans la capitale ? Selon les informations d'Europe 1, le cimentier Lafarge rejette volontairement dans la Seine des eaux usées d’une de ses usines situées au bord du fleuve. Plus précisément au port de Bercy dans le 12e arrondissement de Paris où le groupe produit du béton.

Toujours selon nos confrères d’Europe 1, dans ces eaux usées, qui s’écoulent en continu via un trou percé dans la cuve de rétention, se trouve un mélange de particules de ciment, de liquides de traitement et des microfibres de plastique. La Mairie de Paris a immédiatement réagi. « Je découvre avec stupeur cette pollution lente qui empoisonne notre fleuve. Des explications s’imposent de la part du gestionnaire du site et une plainte sera déposée », a indiqué sur Twitter, Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo. L'édile a quant à elle déconcé un « véritable scandale écologique ». Contacté par l'AFP, le parquet de Paris a annoncé qu'une enquête était déjà ouverte depuis que l'office français de la biodiversité (OFB) a constaté le 27 août une «suspicion de pollution de la Seine par une entreprise de travaux publics».

« Que toute la lumière soit faite sur ces pratiques »

Dans les faits, Lafarge est obligé de traiter ces eaux usées mais selon Jacques Lemoine, agent de développement de l’Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA), l’entreprise passe outre les règles. « Non seulement elle ne le fait pas, mais elle se permet de le rejeter dans la Seine volontairement… », explique-t-il au micro d’Europe 1. Dans un communiqué consulté par 20 Minutes, les élus écologistes de Paris dénoncent une « atteinte à l’environnement en plein Paris et accusent le cimentier Lafarge de porter préjudice à la santé publique des Parisiennes et Parisiens ». « Nous demandons que toute la lumière soit faite sur ces pratiques », s’insurgent-ils.

« Nous ne pouvons tolérer ce flagrant délit de pollution environnementale qui pourrait porter atteinte à la santé des citoyennes et citoyens de Paris », note Guillaume Durand, coresponsable d’EELV Paris. De son côté, Dan Lert, adjoint à la maire de Paris chargé de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie explique que « les images publiées ce matin sont scandaleuses. Lafarge agit de manière irresponsable en mettant en danger la santé des Parisiennes et des Parisiens et la biodiversité ».

Sollicitée par 20 Minutes, la maire EELV du 12e arrondissement, Emmanuelle Pierre-Marie, fait également part de son amertume. « Après les agissements de Vinci à Nanterre, c’est au tour du 12e arrondissement d’être affecté par les actions d’une multinationale, ici Lafarge. C’est au mieux une coupable négligence au pire un acte volontaire d’autant plus criminel. Toute la lumière doit être faite, les responsabilités établies et des sanctions prises », conclut-elle. La mairie du 12e arrondissement prendra d’ailleurs part à l’action en justice intentée par la Ville de Paris. Contactée par 20 Minutes, l’entreprise Lafarge se dit victime d’un « acte de malveillance ».

« Victime d’une détérioration délibérée »

« Le site de Bercy a été victime d’une détérioration délibérée d’une plaque d’étanchéité, positionnée sur le dernier bassin de décantation des eaux, qui a entraîné un léger écoulement temporaire d’eau recyclée dans la Seine », précise le groupe dans un communiqué. Selon l’entreprise il s’agit d’un « incident exceptionnel » survenu la semaine dernière. « Aussitôt détecté, l’écoulement a été stoppé et des travaux de réparation immédiats ont été engagés », ajoute-t-on précisant qu’une plainte a été déposée.

« Suite à cet acte de malveillance, les actions de contrôle sur nos centrales vont être encore renforcées. Concernant le site de Bercy nous mettrons en œuvre dès les prochains jours une solution de sécurisation supplémentaire du circuit de recyclage des eaux », annonce l’entreprise. Mais ce n’est pas la première fois, que le cimentier est au cœur d’un scandale.

« Lafarge devra payer, il y a un devoir de réparation »

En 2017, la Mairie de Paris avait pris la décision de se séparer de Lafarge qui était alors son partenaire « historique » et ancien fournisseur de sable pour Paris-Plages. Le groupe de construction avait reconnu avoir financé des groupes armés en Syrie et s’était positionné un temps pour la construction du « mur Trump ». « Le sable que nous allons mettre sur les plages porte du sang. On ne peut pas cautionner ça », dénonçait à l’époque Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI) qui a également réagi face à ces nouvelles révélations concernant cette fois-ci la pollution sauvage. « Je m’étrangle !!! Vous découvrez la pollution du site Lafarge dans la Seine ? Mais quand vous déciderez-vous à écouter mes interventions et à lire mes vœux ? ! », a-t-elle indiqué en réponse à Emmanuel Grégoire. Le sujet devrait en effet agiter le prochain Conseil de Paris.

« C’est du foutage de gueule ! Si la ville n’est pas capable de savoir qu’il y a un problème avec les entreprises Lafarge en bord de Seine… Nous avons déjà alerté par rapport à d’autres cimenteries à Javel notamment. Le problème de pollution de la Seine via les cimenteries n’est pas nouveau », affirme-t-elle auprès de 20 Minutes. Et de préciser : « Aujourd’hui, la mairie doit exiger que des enquêtes environnementales soient effectuées et qu’elle demande une fermeture immédiate de la cimenterie du 12e tant que le problème n’est pas réglé. Enfin, Lafarge devra payer, il y a un devoir de réparation désormais ».

Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a indiqué sur Twitter que des inspecteurs de son ministère allaient se rendre sur place et que les «responsables seront poursuivis».