A Paris, des migrants plantent leur tente devant l’Hôtel de ville pour tenter d’obtenir un logement décent

LOGEMENT Par cette action coup de poing, ils espèrent alerter les pouvoirs publics sur leurs conditions de vie

20 Minutes avec AFP

— 

Des migrants se sont installés devant l'hôtel de Ville pour tenter d'obtenir un logement décent
Des migrants se sont installés devant l'hôtel de Ville pour tenter d'obtenir un logement décent — Ludovic MARIN / AFP

Rolande finit de monter sa tente sur le parvis de l’Hôtel de Ville et jette un regard sur l’édifice de la mairie de Paris. « Ici, au moins, ils vont nous voir. Ils ne peuvent pas nous rater ! », souffle l’Ivoirienne.

Avec 218 autres migrants, des familles et des femmes isolées essentiellement originaires de Somalie, d’Afghanistan et de Côte d’Ivoire, elle a décidé de former ce campement en plein coeur de la capitale, dans la nuit de lundi à mardi, dans l’espoir d’attirer l’attention des décideurs politiques.

Une action symbolique

Leur but : obtenir un toit et « quelque chose pour vivre dignement », après n’avoir connu que la rue depuis son arrivée en France il y a trois mois, en pleine crise sanitaire. « Être ici, c’est un appel au secours. Je suis fatiguée de la rue. Pour une femme, c’est très dangereux. Les gens te tombent dessus, on est des cibles faciles. Si on ne nous aide pas, si on ne nous permet pas de travailler, on va rester dans ce cycle », raconte cette demandeuse d’asile de 36 ans en sweat vert, au milieu de la centaine de tentes vite montées peu avant minuit lundi, sous le regard incrédule des passants et cyclistes.

Autour d’elle, à quelques heures de la rentrée scolaire, des enfants en bas âge hagards font le tour des tentes et des poussettes rassemblées devant l’entrée du bâtiment style néo-renaissance. « C’est une action symbolique : la mairie ne peut plus fermer les yeux. Ce n’est pas normal que pour les primo-arrivants, qui représentent 50 % de ces personnes, la rue devienne un passage obligé en arrivant en France », s’agace Maël de Marcellus, coordinateur parisien de l’association de défense des exilés Utopia56, à l’initiative de ce campement.

« Laissez-nous juste avoir où vivre »

L’association, qui espère une « refonte du premier accueil », affirme alerter les autorités depuis plus d’un mois, sans réponse, concernant la situation de ces 107 familles et femmes qui vivaient pour l’immense majorité dans des campements informels à la lisière de Paris et de la Seine-Saint-Denis. Elles y ont subi un « harcèlement policier quotidien », selon Utopia56, et « doivent être hébergées de façon digne et inconditionnelle », insiste Maël de Marcellus.

« Je veux demander l’asile, mais en attendant je n’ai rien », intervient Ouga, une Ivoirienne enceinte de 33 ans, l’allocation pour demandeurs d’asile n’étant octroyée qu’après le dépôt du dossier. Arrivée le mois dernier en France après être passée par l’Italie, elle raconte sa traversée de la Méditerranée dans une barque de pêcheur, pendant laquelle de nombreux compagnons d’infortune ont péri, « y compris ma grande soeur ». « Laissez-nous juste avoir où vivre », implore-t-elle, les mains jointes, en se retournant vers l’Hôtel de Ville.