Une muse qui n'entend pas rester muselée

Alexandre Sulzer - ©2008 20 minutes

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Elle a mis la Ville de Paris sur la sellette. Magali Aviet, étudiante de 27 ans à l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) Sup, est devenue de facto en quelques jours la porte-parole du « comité des modèles de Paris » qui se bat contre la suppression du pourboire dans les ateliers beaux-arts de la Ville (lire encadré). Sa nudité - en couverture du Monde ou dans les pages du Guardian - elle la réserve habituellement aux étudiants qui apprennent le dessin ou à des artistes. Cette semaine, elle l'a exportée dans les rues de Paris, avec ses camarades, pour la « bonne cause ». Mais « me mettre à poil à l'extérieur, ce n'est pas mon trip ». « Ne croyez pas que les modèles sont des exhibitionnistes, des potiches ou des demi-mondains. Modèle, c'est un métier », explique-t-elle, passionnée.

C'est à 20 ans qu'elle se lance. « Mon père, agent de la SNCF, a parcouru l'ensemble des musées d'Europe et m'a fait partager ses connaissances artistiques depuis mon plus jeune âge. Malheureusement, il n'avait pas l'argent pour me payer des cours de dessins ». Sensibilisée à l'importance du modèle par la peintre Francine Van Hove - qui « fait ressortir les tons de chair très délicatement » - elle recherche des séances de pose avec appréhension. « Les petites annonces sont légions, mais les adresses ne sont pas toujours sérieuses. » Magali se tourne donc vers la Ville de Paris. « J'ai une certaine ambition à devenir muse, reconnaît-elle avec malice, citant l'exemple de Dina Vierny, égérie de Maillol. « Lorsque j'ai vu la première sculpture dont j'étais le modèle, je me suis dit que j'étais éternelle. » Mais n'est pas modèle qui veut. « Il faut savoir maintenir artificiellement une pose naturelle, gérer la douleur sans que cela se voit. » Car une séance de pose ne va pas sans courbatures, sans membres ankylosés. Autre défi : pouvoir supporter le regard intense d'une trentaine de personnes sur son corps. « Une fois sur la sellette, je ne suis plus Magali mais une forme en mouvement, répond-elle. Un ensemble de lignes, de lumière ». D'autant plus intense que « j'ai des fesses, de la poitrine ». « Je préfère poser nue car le moindre carré de tissu est le début de l'érotisme. » Mais selon elle, la nudité n'explique pas la curiosité suscitée par son activité auprès du grand public. « Ce qui les intéresse, c'est de constater que les modèles existent encore, que ce n'est pas un truc du XIXe siècle. Nous sommes pourtant bien là et pour longtemps. »