Coronavirus : Comment Eau de Paris traque les traces de virus dans les eaux usées ?

ÉPIDÉMIE Les récents relevés réalisés par des équipes de chercheurs montrent la présence de traces du Covid-19 dans les eaux usées à « un niveau faible et sur certains points de suivi localisés de Paris »

Romain Lescurieux

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Une chercheuse au laboratoire d'Eau de Paris, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Une chercheuse au laboratoire d'Eau de Paris, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • Les derniers prélèvements dans les eaux usées présentent « des signaux positifs de présence du génome de SARS-CoV-2 », annonce Eau de Paris.
  • « Nous avons observé que des échantillons qui étaient négatifs sont redevenus positifs à certains endroits. Mais revoir le virus circuler n’est pas quelque chose d’étonnant », explique Laurent Moulin, docteur en microbiologie et responsable du laboratoire R & D biologie d’Eau de Paris.
  • Le laboratoire d’Eau de Paris analyse une centaine d’échantillons par semaine.

Est-il de retour ? Alors que le virus n’était plus détectable depuis la mi-mai dans plusieurs stations d’épuration d’Ile-de-France, les derniers prélèvements dans les eaux usées présentent « des signaux positifs, quoique très faibles, de présence du génome de SARS-CoV-2 dans certains points de suivi localisés », annonce officiellement ce mercredi Eau de Paris et les équipes du réseau Obépine (Observatoire Epidémiologie dans les Eaux usées), confirmant les informations publiées par Le Monde le 8 juillet dernier.

« Nous avons observé que des échantillons qui étaient négatifs sont redevenus positifs à certains endroits. Mais revoir le virus circuler n’est pas quelque chose d’étonnant », explique Laurent Moulin, docteur en microbiologie et responsable du laboratoire R & D biologie d’Eau de Paris, ce mercredi, dans les couloirs de leur laboratoire installé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Ces relevés peuvent-ils ou doivent-ils faire craindre une seconde vague ?

« On s’attendait à revoir des traces de virus »

« Cette très légère augmentation ne permet pas à ce stade de tirer les conclusions sur le nombre de personnes infectées », préviennent les chercheurs notant également que leurs données ne permettent pas non plus de tirer « de conclusions strictes ». « Ce n’est pas parce qu’un échantillon va redevenir positif que ça doit forcément nous inquiéter. Ce qui nous intéresse c’est de travailler à savoir si cette augmentation va continuer ou s’arrêter à certains points. Mais la maladie n’a pas disparu. On s’attendait à revoir des traces de virus », assure Laurent Moulin. Et de préciser : « ces traces ne restent qu’un indicateur parmi d’autres concernant une éventuelle progression du virus ». Et pour étudier la question, le visage de ce laboratoire a changé ces derniers temps.

Une centaine d’échantillons d’eau usée est analysée chaque semaine dans les étages du laboratoire d’Eau de Paris. Initialement, les chercheurs y contrôlent la qualité de l’eau potable à Paris et en région parisienne – avec environ 350.000 analyses chaque année – mais depuis le 5 mars 2020, la surveillance du SARS-CoV2 dans les eaux usées a également été mise en place et particulièrement à Eau de Paris qui a acquis une certaine compétence ces dernières années sur les virus qui « proviennent des selles humaines ». « Nous avons un rôle d’analyse avec une technique pour détecter la présence de SARS-CoV2 dans les différentes eaux sans rôle d’interprétation sanitaire », indique Benjamin Gestin, directeur général d’Eau de Paris. « On suit la dynamique de l’épidémie via les stations d’épuration, dont une dizaine en Ile-de-France », abonde Laurent Moulin.

« On élimine l’eau pour ne garder que les virus au fond du tube »

Quand il arrive à Ivry, après son prélèvement, cet échantillon d’eau usée est en effet concentré, via une ultracentrifugeuse, purifié, conditionné et analysé par les chercheurs. « En premier lieu, on élimine l’eau pour ne garder que les virus au fond du tube d’échantillon. Et ensuite, on va mesurer la quantité de virus », détaille Laurent Moulin. « Puis, on analyse la dynamique. On regarde si on a une augmentation de la concentration, un niveau stabilisé ou décroissant comme nous l’avons eu à une époque », conclut-il. Et la tendance actuelle depuis quelques semaines est donc à un « faible niveau de présence », « sans dynamique très claire » mais suivi tout de même de près par les chercheurs.

Alors que des chercheurs commencent à apporter des premières preuves du risque infectieux du coronavirus dans l’air, qu’en est-il de l’eau ? Alban Robin, directeur de la recherche-développement et de la qualité de l’eau à Eau de Paris se veut confiant. « Il y a un certain nombre d’études qui sont en train d’être publiées sur le sujet actuellement et ça penche de plus en plus sur le fait que ce ne serait pas infectieux. Mais cela demande encore à être confirmé ».