Rénovation de Gare du Nord : Un futur « Notre-Dame-des-Landes en plein Paris » pour le gouvernement ?

URBANISME Le préfet de la région Ile-de-France, Michel Cadot, a officiellement annoncé mardi qu’il avait signé le permis de construire pour la transformation de la Gare du Nord

20 Minutes avec AFP

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La Gare du Nord en décembre 2019
La Gare du Nord en décembre 2019 — ISA HARSIN/SIPA
  • « Le lancement des travaux se fera sans attendre selon les principes d’un chantier exemplaire et en respectant les conditions sanitaires imposées par le Covid », a réagi par communiqué la SA Gare du Nord 2024.
  • L’annonce n’a pas soulevé un grand enthousiasme du côté de la mairie de Paris.
  • La Ville de Paris doit détailler « les points qui constituent des lignes rouges dans le projet » lors d’une conférence de presse ce mercredi.

La contestation autour de du projet de rénovation de la Gare du Nord va-t-elle se durcir ? Dans un tweet retweeté lui-même par Anne Hidalgo, le premier adjoint à la maire de Paris Emmanuel Grégoire a réagi avec vigueur à l’annonce mardi du feu vert de l'Etat au volet commercial du projet de transformation de la Gare du Nord : « Le gouvernement vient de s’inventer un Notre-Dame-des-Landes en plein Paris. Je lui souhaite beaucoup de courage sur le plan politique et juridique. »

Le préfet de la région Ile-de-France Michel Cadot a officiellement annoncé mardi qu’il avait signé le permis de construire, avec un « objectif de livraison des travaux nécessaires pour les Jeux olympiques et paralympiques 2024 », selon un communiqué.

« L’Etat va à l’encontre des besoins des habitants »

« Le lancement des travaux se fera sans attendre selon les principes d’un chantier exemplaire et en respectant les conditions sanitaires imposées par le Covid », a réagi par communiqué la SA Gare du Nord 2024, « confiante quant au respect du calendrier ».

Mais l’annonce n’a pas soulevé un grand enthousiasme du côté de la mairie de Paris. « L’Etat va à l’encontre des besoins des habitants comme des usagers des transports et méprise le choix des électeurs franciliens », a par exemple tonné sur Twitter la maire du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard, annonçant que la « mobilisation » de l’équipe municipale « [continuerait] contre ce projet démesuré ».

Des architectes de renom s’opposent à cette rénovation

La Ville de Paris, qui doit détailler « les points qui constituent des lignes rouges dans le projet » lors d’une conférence de presse mercredi, avait soutenu dans un premier temps cette rénovation. Elle avait ensuite jugé trop commercial le projet, porté par une coentreprise créée par SNCF Gares & Connexions et Ceetrus, la foncière d’Auchan.

Il prévoit notamment la construction de commerces, bureaux et équipements culturels au sein de la première gare d’Europe, vieille de 155 ans et fréquentée par 700.000 voyageurs chaque jour, un chiffre appelé à augmenter.

Le projet, évalué à 600 millions d’euros, a aussi été fustigé par une vingtaine d'architectes de renom, dont Jean Nouvel et Roland Castro, qui ont jugé le projet initial « inacceptable » et « pharaonique », dans une tribune publiée dans Le Monde début septembre, demandant qu’il soit « repensé de fond en comble ».

« Un projet contraire aux exigences écologiques »

Dans son communiqué, le préfet d’Ile-de-France Michel Cadot a plaidé que « SNCF Gares & Connexions et la société « Gare du Nord 2024 » ont pris 13 engagements visant à assurer une bonne intégration de la gare rénovée dans le quartier », via notamment « la création d’un important parking à vélos », le « lancement d’études pour améliorer l’accès à la gare par le nord » ou encore « la prise en compte du réaménagement du parking souterrain » pour « libérer le parvis de la gare des dépose-minute ».

En outre, est prévu un « renforcement de la qualité environnementale du projet en augmentant les surfaces végétalisées et par le réemploi des eaux de pluie », plaide encore Michel Cadot.

Mais dans son communiqué, la ville de Paris a fustigé un projet « contraire aux exigences écologiques et urbaines portées par l’exécutif parisien nouvellement élu », et appelé à poursuivre des discussions « afin de reconsidérer ce projet en profondeur pour le rendre viable et acceptable ».

De son côté Serge Rémy, de l'association «Retrouvons le Nord de la Gare du Nord» qui mobilise contre le projet de SNCF et Ceetrus, a fait le parallèle avec les ambitions vertes du nouveau gouvernement : « Alors que la convention Climat défend un nouveau modèle économique plus sobre et moins commercial, l’Etat délivre un permis de construire qui donne les clés de la gare du Nord à Auchan pendant 46 ans pour installer une énorme zone de boutiques ».