Coronavirus en Ile-de-France : La recherche des « clusters cachés » s’intensifie

EPIDEMIE En Ile-de-France, 34 clusters sont toujours actifs. Si la moitié d’entre eux sont maîtrisés, les autorités intensifient les campagnes de dépistages à la recherche de foyers passés sous les radars

Caroline Politi

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A Villiers-le-Bel, les habitants peuvent se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous
A Villiers-le-Bel, les habitants peuvent se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous — Caroline Politi/20 Minutes
  • Dans les prochains jours, 1,4 million de Franciliens, environ 10 % de la population régionale, doit recevoir un courrier l’invitant à un dépistage gratuit.
  • Sur les 34 clusters encore actifs, neuf sont à Paris. On en compte également huit dans les Yvelines et dans le Val-de-Marne.
  • Depuis le début du déconfinement, en effet, une attention toute particulière est portée aux quartiers populaires, où les populations peuvent être plus éloignées des soins.

Eviter les « angles morts », telle est l’obsession, depuis le début du déconfinement, des autorités sanitaires. Alors qu’en Ile-de-France, région la plus touchée par l’épidémie de coronavirus, tous les indicateurs sont au vert depuis maintenant quelques semaines, une campagne de dépistage sans précédent vient d’être lancée. Dans les jours qui viennent, les habitants de 32 communes franciliennes vont recevoir un courrier de l’Assurance maladie les invitant à se faire dépister gratuitement. Soit 1,4 million de Franciliens, environ 10 % de la population régionale.

Objectif de l’opération : trouver des foyers épidémiques passés sous les radars, soit parce que les personnes porteuses du virus ne présentent pas de symptômes, soit parce qu’elles n’ont pas le réflexe de se rendre chez le médecin. Les autorités sanitaires ne se font guère d’illusion, tous les heureux élus n’iront pas se faire tester mais elles espèrent ainsi avoir une connaissance plus fine de la circulation du Covid-19. D’autant que les communes ont été choisies selon des critères bien précis : taux de contamination élevé, situation économique, proportion de tests inférieurs à la moyenne. C’est donc logiquement en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise, les départements les plus touchés par l’épidémie, qu’on compte le plus de communes sélectionnées, huit dans chacun de ces départements.

Prévenir une seconde vague

Paradoxalement, cette détection des clusters « cachés » s’intensifie alors que les indicateurs n’ont jamais été aussi bons​. Le nombre de lits de réanimation occupés par des malades du coronavirus est passé sous la barre des 300 pour 1.200 disponibles : au plus fort de la crise, les capacités d’accueil avaient été plus que doublées et près de 3.000 patients étaient en réanimation dans les hôpitaux franciliens. De même, le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de cas pour 100.000 habitants, dans la région se maintient autour de 6 (le seuil d’alerte est à dix) et le taux de positivité des tests virologiques est d’environ 1,5 %.

Pour autant, impossible de baisser la garde au risque de ne pas voir arriver la fameuse seconde vague. Les 34 clusters – c’est-à-dire au moins trois cas groupés – actifs en Ile-de-France rappellent que le virus circule toujours. L’essentiel d’entre eux a été découvert dans des établissements de santé ou médico-sociaux, neuf sont à Paris, on en compte également huit dans les Yvelines et tout autant dans le Val-de-Marne. 71 ont, en revanche, été clos (aucun nouveau cas en quatorze jours) depuis le début du déconfinement. « On s’attendait à en avoir bien plus », confiait en juin le directeur de l’agence régionale de santé d’Ile-de-France, Aurélien Rousseau, à 20 Minutes. « J’y vois le signe de l’efficacité de la veille sanitaire, d’autant qu’on multiplie les tests, notamment dans les quartiers populaires, pour s’assurer qu’aucune catégorie de population ne passe pas entre les mailles du filet. »

Opération de dépistage dans les quartiers populaires

Depuis le début du déconfinement, en effet, une attention toute particulière est portée aux quartiers populaires où des opérations gratuites et sans rendez-vous sont montées quotidiennement. Objectif : tester une population généralement plus éloignée des soins alors même que l’épidémie frappe plus durement ceux ayant des pathologies liées à la précarité, à l’instar du diabète. Au total, près de 90 opérations ont été menées en Ile-de-France et 19.000 tests effectués. Si aucun foyer n’a été détecté – le taux moyen de positivité est de 0,73 % – ces dépistages ont permis de mettre en lumière des surincidences du virus dans certaines zones.

Ainsi à la mi-juin, à Sarcelles, commune francilienne la plus durement touchée par l’épidémie, la campagne de testing a révélé un taux d’incidence du Covid presque dix fois supérieur à la moyenne régionale : 50 personnes atteintes pour 100.000 habitants, contre 5,5 en moyenne en Ile-de-France. Plusieurs opérations ont immédiatement été montées et 1.700 personnes testées. La sérologie a finalement permis de rassurer les autorités, montrant que l’infection était généralement ancienne et que la plupart des personnes testées positives n’étaient, en réalité, plus contagieuses. Malgré ces résultats encourageants, de nouvelles campagnes sont prévues dans toute la région : dès ce lundi à Fresnes-sur-Marne, mercredi à Guyancourt, Villiers-le-Bel et Chelles et jeudi à Villetaneuse et Clichy-la-Garenne…