A Nanterre, l'Église ne tolère plus les sans-papiers

Alexandre Sulzer - ©2008 20 minutes

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A deux pas du corbillard stationné devant l'église Saint-Paul de Nanterre (Hauts-de-Seine) où se déroule un enterrement, elles sont là. Une vingtaine de tentes, humides et sales, montées sur le terrain boueux de la paroisse. Depuis le début du mois, la petite soixantaine de sans-papiers africains du collectif des Oubliés de Saint-Paul, qui occupait l'église depuis avril (lire encadré), s'est installée à l'extérieur du bâtiment. A l'exception de quelques femmes et enfants qui dorment sur des matelas au sein des classes de catéchisme. La raison : l'ultimatum du diocèse de Nanterre qui demandait l'évacuation du lieu de culte pour le « 18 novembre, 12 h ».

L'évêque a engagé depuis des poursuites afin d'obtenir l'évacuation. Dans un communiqué, il précise que « les tentes étant installées sur le terrain de la paroisse, l'évêché maintient la procédure judiciaire en cours ». « Je ne comprends pas que l'Eglise fasse cela pendant la trêve hivernale, s'insurge Kébé Adama, le porte-parole des sans-papiers. Il y a un risque énorme que la police nous dégage », explique-t-il, en reconnaissant « ne pas voir comment la justice peut nous donner raison » puisqu'ils squattent un terrain privé. Leur revendication ? La régularisation générale et non pas l'étude au cas par cas selon les critères « arbitraires » de la préfecture.

« Il faut que les autorités prennent en compte le fait que c'est une lutte », insiste Jacques Celet, président de la Ligue des droits de l'homme (LDH) de Nanterre. Une démarche qui leur a aliéné récemment le soutien de la mairie (PCF), qui préfère un parrainage individuel par ses élus, ainsi que celui de l'Eglise. Dans un premier temps, elle leur avait proposé, en lien avec le Secours catholique, une offre juridique et administrative individualisée. « Plusieurs personnes auraient pu être régularisées par des procédures "normales", mais la maladresse de [leur] démarche les a menés à une impasse », estime le diocèse.

« Ils sont dans l'extrémisme absolu », regrette pour sa part le préfet des Hauts-de-Seine, Pierre Bousquet de Florian. Lui leur propose un « réexamen loyal de l'ensemble des dossiers » à condition qu'ils évacuent. Eux exigent un scénario contraire. Une étude « cursive » mi-novembre des situations avait indiqué que sept personnes étaient « potentiellement régularisables ». Certains, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par d'autres préfectures, ne seront jamais régularisés. « Je ne vois pas ce que je peux faire de plus », conclut le préfet.