Déconfinement à Paris : Le bruit est de retour, la mairie ne l'entend pas de cette oreille

NUISANCES Le silence dans la capitale, lié aux mesures de confinement, n’est désormais qu’un lointain souvenir. Le bruit est de retour mais la mairie de Paris ne l’entend pas de cette oreille

Romain Lescurieux

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Des agents de surveillance de Paris (ASP) contrôlent les décibels d'une moto
Des agents de surveillance de Paris (ASP) contrôlent les décibels d'une moto — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • Depuis le 11 mai et le déconfinement, le bruit est bel et bien revenu dans la capitale.
  • En cas de victoire aux élections municipales, la maire de Paris semble vouloir davantage lutter contre les nuisances sonores.
  • Ce mercredi, des agents de la ville ont contrôlé les deux-roues, dans le 10e arrondissement.

« Je vais vous demander la carte de grise et votre permis de conduire, s’il vous plaît », indique un agent de surveillance de Paris (ASP) à un motard. L’homme coupe son moteur et s’exécute. Postés place Jan-Karski dans le 10e arrondissement, des agents de la ville ont mené ce mercredi midi une opération de verbalisation des deux-roues. Avec un objectif bien précis : la traque au bruit. Equipés d’un sonomètre, ils vérifiaient si les engins ne dépassaient pas les décibels autorisés. « Nous regardons si la chicane n’a pas été enlevée ou trafiquée, puis nous contrôlons les documents et enfin nous effectuons le contrôle des décibels avec l’appareil », détaille Sébastien, l’un des agents. En cas de non-respect, l’amende s’élève à 90 euros. C’est la première opération de ce type post-confinement dans les rues de Paris.

Depuis le 11 mai et le déconfinement, le bruit est bel et bien revenu dans la capitale. Si la vie dans la ville, avec ses rires en terrasses et ses petits rassemblements sur le trottoir, est en effet de retour (et tant mieux), cette résurgence marque aussi la réapparition du lot « habituel » de nuisances et de pollutions sonores dans les rues parisiennes, alors même que l’oreille semble réceptionner tout cela naturellement. Et pourtant. Petit flash-back.

« Un silence inhabituel s’est installé »

C’était le temps du confinement, le temps du silence, du calme pour les tympans et de l’air pur à Paris. Un fait inédit voire historique. A cette époque, la pollution avait considérablement chuté – la qualité de l’air n’avait jamais été aussi bonne en Ile-de-France depuis 40 ans – et le bruit avait considérablement baissé. « Un silence inhabituel s’est installé au sein de la région Ile-de-France en lien avec les très fortes diminutions des émissions sonores d’origine anthropique du fait de la réduction drastique des trafics routier, aérien et même ferroviaire, de l’arrêt temporaire de certains chantiers et de la fermeture de nombreuses activités et lieux festifs », notait Bruitparif, l’Observatoire du bruit en Ile-de-France, qui dispose de 150 stations de mesure du bruit. Un silence de plusieurs semaines dont la faune (renards, hérissons, chevreuils, oiseaux), la flore et les Parisiens ont pu profiter pleinement, jusqu’à regretter cette époque, comme l’expliquaient récemment certains à 20 Minutes. Car, ce temps est définitivement révolu.

« Le bruit est très clairement de retour à Paris et en Ile-de-France », affirme Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif. Sollicitée par 20 Minutes, elle explique que ce retour s’effectue « de manière différenciée selon les sources de pollutions sonores ». « Par exemple, sur le trafic routier, on a un retour quasi à la normale, avec un décibel en moins par rapport à une situation habituelle », précise-t-elle, même si certains axes du centre restent pour le moment épargnés. Même constat de retour du bruit du côté des zones ferroviaires et des chantiers. « Ils ont repris, donc le bruit aussi, et même plus qu’avant car ils tentent de rattraper le retard ». Enfin, concernant les terrasses​, BruitParif, note une montée en puissance.

« Depuis le 2 juin, avec les terrasses exploitées et étendues, on a une remontée des niveaux sonores, similaires à l’an dernier, avec toutefois des petits pics dans certains quartiers », dit-elle, en rappelant aussi la problématique des deux-roues. D’après une étude du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) pour Bruitparif, le bruit des véhicules deux-roues motorisés représente, pour 35 % des Franciliens, le bruit lié au transport le plus gênant. La mairie ne l’entend plus de cette oreille.

Vitesse réduite à 30 km/h, renforcement des contrôles

En cas de victoire aux élections municipales, la maire de Paris semble vouloir davantage lutter contre les nuisances sonores. Ce mardi, la maire sortante Anne Hidalgo (PS) et David Belliard (EELV) unis pour le second tour du 28 juin, ont présenté ce mardi leur « Manifeste pour Paris » après la crise du coronavirus et comptent notamment s’attaquer au bruit et aux nuisances sonores liées au trafic urbain.

« Nous agirons aussi contre le bruit. Pendant le confinement, les Parisiens ont pu redécouvrir le silence et le chant des oiseaux : selon Bruitparif, les émissions sonores ont chuté jusqu’à 90 % dans Paris, plus encore durant la nuit qu’en journée. C’est pourquoi nous renforcerons la verbalisation des véhicules et deux-roues trop bruyants grâce à de nouveaux radars acoustiques. Nous limiterons la vitesse dans Paris à 30km/h car c’est surtout la nuit que cette vitesse est dépassée et qu’elle cause le plus de nuisances sonores, avec des conséquences pour la santé du fait des insomnies qu’elle provoque », assurent-ils. Le périphérique pourrait également muter et les opérations de verbalisation liées aux bruits des deux-roues comme celle de ce mercredi pourraient donc se multiplier à l’avenir.

« Nous allons monter en puissance car Paris a besoin de calme et d’apaisement », explique Michel Felkay, directeur de la sécurité à la ville de Paris. « On estime qu’avec le déconfinement, l’activité a repris, donc il faut absolument que le bruit soit maîtrisé […] et notre rôle en tant que future police municipale est d’apaiser et réprimer ces pots d’échappement souvent trafiqués ».