Déconfinement à Paris : La pollution de l’air est de retour et le mélange avec le pollen «peut faire souffrir des patients»

POLLUTION Airparif a publié ce mercredi une étude « d’évaluation de l’impact du déconfinement sur la qualité de l’air en Ile-de-France ». La pollution de l’air est reparti à la hausse après le déconfinement 

R.L.

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Un pic de pollution à Paris
Un pic de pollution à Paris — BALEYDIER/SIPA
  • « Sur la période du 11 au 31 mai, la reprise progressive des activités, et particulièrement du trafic, a conduit à une remontée des quantités de polluants rejetés dans l’atmosphère », annonce ce mercredi Airparif.
  • « Ce n’est pas une surprise. On retrouve ce qu’on peut connaître habituellement », réagit auprès de 20 Minutes, Pierre Pernot, ingénieur d’étude à Airparif.
  • Ce retour n’est évidemment pas sans risque pour la santé.

La pollution est de retour​. Alors que durant le confinement, la sensation de respirer un air plus pur, depuis sa fenêtre et dans la rue, était bien réelle et acquise puisque la qualité de l’air n’avait en réalité jamais été aussi bonne en Ile-de-France depuis 40 ans, la pollution est finalement revenue avec le déconfinement.

« Sur la période du 11 au 31 mai, la reprise progressive des activités, et particulièrement du trafic, a conduit à une remontée des quantités de polluants rejetés dans l’atmosphère pour les oxydes d’azote (NOx) et les particules (PM10 et PM2.5) à des niveaux équivalents à 80 % des émissions observées avant le confinement et jusqu’à 90 % pour le boulevard périphérique », annonce ce mercredi Airparif, l’association qui surveille la qualité de l’air à Paris et en Ile-de-France. Dans cette étude « d’évaluation de l’impact du déconfinement sur la qualité de l’air en Ile-de-France », Airparif précise que « les émissions de CO2 sont également reparties à la hausse, avec une augmentation jusqu’à 80 % des niveaux habituels ». Un inquiétant retour à la « normale » qui était toutefois « attendu ».

Du meilleur au pire ?

Pendant le confinement, les émissions, notamment celles liées au trafic routier, « avaient connu une chute brutale et sans précédent, avec des émissions divisées par 4 par rapport aux niveaux pré-confinement ». Par exemple, sur la semaine du 16 au 20 mars, comparé à d’autres mois de mars, Airparif avait relevé « une amélioration de la qualité de l’air de l’ordre de 20 à 30 % dans l’agglomération parisienne, consécutive à une baisse des émissions de plus de 60 % pour les oxydes d’azote ». « En 40 ans de mesure d’Airparif, cette situation n’est jamais arrivée de manière aussi importante et sur autant de stations », se réjouissait l’association. Cette situation inédite permettait de mieux respirer, et également en partie de mieux admirer les étoiles. Mais ces données sont désormais à ranger dans les archives.

Désormais, en termes de qualité de l’air, cette nouvelle et récente remontée des émissions se traduit par un « retour à la normale […] graduel, avec une intensité variable suivant les polluants. Mais d’ores et déjà les niveaux de pollution se rapprochent des conditions habituelles en Ile-de-France à cette période de l’année », souligne l’association. Ainsi, pour les particules fines « après une diminution de -7 % pendant le confinement, les niveaux observés habituellement à cette période de l’année sont atteints de nouveau », alors que pour le dioxyde d’azote, la baisse de concentration dans l’air « est passée de -25 % pendant le confinement à -15 % sur les 3 premières semaines de déconfinement ». Une telle situation était attendue.

Le centre de Paris un peu moins pollué

« Ce n’est pas une surprise évidemment. On retrouve ce qu’on peut connaître habituellement », réagit auprès de 20 Minutes, Pierre Pernot, ingénieur d’étude à Airparif. « L’amélioration de la qualité de l’air était liée à la baisse du trafic routier et aérien et actuellement il y a une reprise du trafic routier. A partir de là, en présence de cette source majeure de pollution en Ile-de-France, on va avoir un impact sur la qualité de l’air », poursuit-il. Si selon lui, le périphérique est « très proche du niveau habituel » d’émissions, « certains endroits ont encore un peu de marge, notamment dans le centre de Paris, avec la mise en place des pistes cyclables », conclut-il.

Pour Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm (L’Institut national de la santé et de la recherche médicale) et épidémiologiste des maladies allergiques et respiratoires, ce retour de la pollution représente un vrai risque pour la santé. Et notamment avec la présence actuelle de pollen.

Le mélange pollen-pollution est à risque

« La pollution a un réel impact sur la santé. Si la qualité de l’air à Paris aurait pu être encore plus bonne durant le confinement, ce retour de la pollution peut évidemment créer des problèmes respiratoires », analyse la spécialiste auprès de 20 Minutes. « En fonction du type de pollution, on peut avoir des problèmes cardiaques, des problèmes vasculaires, du diabète, des cancers du poumon et des maladies chroniques » explicite-t-elle avant d’ajouter : « Désormais nous savons que certaines maladies s’installent de manière sournoise, et ce en lien à une exposition à la pollution même à des doses qu’on ne considère pas comme dangereuses ».

Selon Isabella Annesi-Maesano, le mélange pollen – très présent actuellement dans l’air – et pollution est également à risque. « La pollution abîme les muqueuses donc les pollens y trouvent actuellement un terrain plus fertile. Ce mélange pollen et pollution peut davantage faire souffrir des patients ».