Paris : Rues piétonnes, terrasses élargies ou éphémères… Quels retours et quel avenir ?

COMMERCES A l’heure actuelle, la mairie de paris a reçu plus de 2.500 déclarations d’extension de terrasse et 40 demandes de piétonnisations de rues

R.L.

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Les terrasses parisiennes reouvrent et occupent les places de parking et de livraisons.
Les terrasses parisiennes reouvrent et occupent les places de parking et de livraisons. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Les terrasses parisiennes revivent depuis mardi. Mieux, elles se réinventent. Il n’est désormais pas rare de voir des tables, des chaises, directement disposées sur la chaussée, sur une petite place ou sur des emplacements réservés habituellement au stationnement des véhicules. Comme à l’Athéna, dans le 2e arrondissement. « Pour un petit bar de quartier comme nous, c’est bien d’avoir pu créer une terrasse sur des places de stationnement. Ça nous permet de travailler et aux gens de se retrouver », explique Benjamin, barman. Et pour cause. A Paris et dans sa région, zone la plus touchée par le coronavirus, seules les terrasses peuvent pour le moment accueillir les clients. Mais ces terrasses sont désormais plus grandes voire inédites.

La terrasse de l'Athéna dans le 2e arrondissement
La terrasse de l'Athéna dans le 2e arrondissement - R.LESCURIEUX / 20Minutes

Alors que les Parisiens découvraient ces dernières semaines, la vie sur le bitume et l’apéro sur le trottoir, la mairie de Paris a autorisé depuis le 2 juin les restaurants, bars et cafés de la capitale à élargir gratuitement leur terrasse et occuper l’espace public, parfois même de créer leur propre zone à l’extérieur, quand l’établissement n’en possédait pas initialement. Ce dispositif qui s’étend jusqu’au 30 septembre rencontre actuellement un certain succès. La mairie de Paris indique à 20 Minutes avoir reçu plus de 2.500 déclarations d’extension de terrasses de la part d’établissement qui doivent en retour placarder sur leur devanture, une charte à respecter. Si pour le moment, seul le premier jour a été marqué par une météo clémente, quel premier bilan de l’opération, alors que certains élus redoutent des « tensions » avec les riverains ?

« Pour le moment, on a des retours très enthousiastes »

En début de semaine, la candidate LR à la mairie de Paris, Rachida Dati, a prédit des « tensions » avec riverains et piétons, du fait de cette extension des terrasses de bars et restaurants. « On va déconfiner les terrasses mais il n’y a pas eu d’anticipation (…) Ca n’a pas été concerté avec les cafetiers, et encore moins avec les riverains », a expliqué sur Europe 1 l’actuelle maire du 7e arrondissement, critiquant en creux la maire sortante Anne Hidalgo. Contactée par 20 Minutes, Olivia Polski, adjointe à la maire de Paris chargée du Commerce et de l’Artisanat, se veut rassurante.

Une terrasse près du Panthéon
Une terrasse près du Panthéon - Thibault Camus/AP/SIPA

« Pour le moment, on a des retours très enthousiastes. Les Parisiens sont contents d’avoir retrouvé leurs terrasses, leurs restaurants. Après, on a eu quelques retours concernant des commerçants qui sont allés au-delà de ce qu’ils auraient dû faire. Mais par rapport au nombre global de terrasses à Paris, c’est infime. Nous sommes encore dans la première semaine, on teste, on se rode », dit-elle. Et de préciser : « Là où il y a des problèmes, l’idée, c’est de mettre en place un travail de médiation avec les maires d’arrondissement pour trouver des solutions. Après, si des problèmes persistent, il y aura des verbalisations voire des retraits de ces extensions ». A noter que ces extensions sont actuellement autorisées à ouvrir uniquement de 8 heures à 22 heures. Et les agents de la ville veillent au respect des règles et des consignes, et vérifient notamment si les tables sont suffisamment espacées et si la disposition permet le passage des piétons sur le trottoir.

« Aujourd’hui, c’est sauve-qui-peut »

Sur les 18.500 établissements (cafés, bars, restaurants) à Paris, 40 % n’ont pas rouvert, selon le GNI-Synhorcat, le syndicat des hôteliers et des restaurants, sollicité par 20 Minutes. « Aujourd’hui, c’est sauve-qui-peut. Et ceux qui ont rouvert savent qu’ils travaillent actuellement à perte », réagit Marcel Benezet, président de la branche des cafés, bars et brasseries du GNI-Synhorcat. Pour lui, le dispositif de la mairie est bien mais pas suffisant. « Le dispositif de la mairie va donner une bouffée d’oxygène pour certains. On va peut-être relancer l’économie de nos bistrots parisiens. Mais je crains des problèmes. Certains n’ont pas encore rouvert car le modèle économique ne tient pas et même la terrasse ne suffirait pas ». A terme, selon lui « 30 % des petits établissements risquent de passer à la trappe ».

Une terrasse dans le 9e arrondissement
Une terrasse dans le 9e arrondissement - R.LESCURIEUX / 20Minutes

Par ailleurs, pour permettre davantage d’extensions et créations de terrasses et sauver des emplois, certaines artères de la capitale pourraient également être piétonnisées prochainement. Pour le moment, une liste de zones a été dévoilée après un travail de reconnaissance des services de la ville, mais à « titre d’exemple », indique-t-on à l’hôtel de ville. Les commerçants et maire d’arrondissement sont invités à se faire connaître. Pour l’heure, aucune rue n’est véritablement devenue piétonne mais près de 40 demandes de piétonnisations d’artères ont été déposées par des groupements de restaurateurs. « Le sujet des rues piétonnes va prendre un petit peu plus de temps, car il faut fermer des rues, donc ça demande un travail avec les maires d’arrondissements et les restaurateurs », précise Olivia Polski.

Enfin, peut-on imaginer ses terrasses élargies, éphémères et zones piétonnes s’inscrire dans le futur ? « Ce serait mon rêve », répond Marcel Benezet. « En tout cas, ce sera l’occasion de réfléchir, mais il faudra voir avec les associations de riverains », ajoute-t-il. « Ça peut être compliqué mais on aimerait évidemment garder notre nouvelle terrasse », répond, lui, Benjamin, le serveur de l’Athéna. De son côté Olivia Polski ne s’avance pas. « Les restaurateurs me disent qu’ils ont besoin de se réinventer. Après, c’est compliqué d’imaginer la suite. Et pour le moment, ils sont aussi très soumis aux aléas climatiques. On fera un bilan à la fin à la fin de cette période pour voir dans quelle mesure cela a fonctionné ».