Coronavirus à Paris : Doublement des arrêts cardiaques en région parisienne au pic du Covid-19

SURMORTALITE Seuls un tiers de ces arrêts sont directement liés au coronavirus

G. N. avec AFP

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L'hôpital Georges Pompidou, dans le 15e arrondissement de Paris (illustration).
L'hôpital Georges Pompidou, dans le 15e arrondissement de Paris (illustration). — ISA HARSIN/SIPA

Le nombre d’arrêts cardiaques a doublé en région parisienne​ au pic de l'épidémie de Covid-19, avec une réduction de près de moitié de la survie des patients concernés, selon des chercheurs. Selon leur étude parue dans le journal The Lancet Public Health, seul un tiers environ de ces arrêts cardiaques « supplémentaires » enregistrés pendant cette période serait directement associé au Covid-19.

Sur les neuf dernières années, le nombre d’arrêts cardiaques était resté stable dans Paris et sa banlieue (6,8 millions d’habitants), mais a fortement augmenté au cours des six premières semaines du confinement (du 17 mars au 26 avril) en particulier au pic de l’épidémie (23 mars au 5 avril). Ainsi, 521 arrêts cardiaques en dehors de l’hôpital ont été identifiés en région parisienne, soit un taux de 26,6 arrêts pour un million d’habitants. Entre 2012 et 2019 à la même période, ce taux était de 13,4 arrêts cardiaques par million d’habitants. Ces travaux s’appuient sur le registre francilien (Paris et Hauts de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) du Centre d’Expertise Mort Subite (Paris-CEMS).

90% des arrêts à domicile

« Le profil des patients est le même que d’habitude [2/3 d’hommes, autour de 69 ans] », indique à l’AFP Eloi Marijon du Centre de Recherche Cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université de Paris) qui a mené l’étude avec sa collègue Nicole Karam, en collaboration avec Daniel Jost (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris). En revanche, poursuit le cardiologue, plus de 90 % des arrêts ont eu lieu à domicile, avec des témoins, le plus souvent la famille, qui pratiquaient beaucoup moins un massage cardiaque, et des secours plus longs à arriver malgré les routes vides.

En gros, la survie a été deux fois moindre à l’arrivée à l’hôpital. Sur la période étudiée, seuls 12,8 % des patients identifiés étaient vivants à l’arrivée à l’hôpital, contre 22,8 % à la même période les années précédentes. Or d’après des études antérieures de cette équipe, les personnes qui font un arrêt cardiaque ont huit fois plus de chances de survivre lorsqu’un témoin est en mesure de pratiquer rapidement une réanimation cardio-respiratoire (dont les massages cardiaques).

Rupture du suivi médical des patients

Le diagnostic de Covid-19 a été confirmé et/ou suspecté chez 299 patients inclus dans l’étude (admis vivants et/ou ayant développé un arrêt cardiaque devant témoins). 33 % environ du surplus de décès observé est directement associé au Covid-19, selon les chercheurs. Pour expliquer les autres deux tiers, plusieurs hypothèses sont avancées (saturation du système de soins, médecine de ville peu ou pas accessible, stress…)

« Il y a eu rupture du suivi médical des patients, parce qu’ils n’ont pas pu consulter, qu’ils ont craint de gêner, d’où un retard à l’appel, ou peur, pour certains, d’être contaminés à l’hôpital » détaille le Pr Marijon. Il évoque ainsi le suivi moins régulier des cardiaques, voire, « peut-être aussi dans un petit nombre de cas » d’éventuels effets délétères de médicaments pris par les patients pour traiter la maladie Covid-19. « Il y a eu probablement des difficultés à joindre les secours, le 15 (Samu) et le 18 (pompiers) avec des temps d’attente plus importants », ajoute-t-il.

« Cette augmentation de l’incidence des arrêts cardiaques extra-hospitaliers met en évidence les décès collatéraux, non pris en compte dans les statistiques de décès de Covid-19 », selon les auteurs pour qui cela devrait être pris en compte à l’avenir dans les stratégies de santé publique.