Coronavirus à Paris : La fermeture des parcs parisiens limite-t-elle vraiment la pandémie ?

BOL D'AIR Depuis la fin du confinement, le gouvernement s’oppose à toutes les demandes de la maire de Paris de rouvrir les parcs et jardins

C.Po.

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Le parc des Buttes-Chaumont ne sera pas accessible tout de suite.
Le parc des Buttes-Chaumont ne sera pas accessible tout de suite. — Clément Follain
  • De nombreux élus franciliens plaident en faveur d'une réouverture des parcs afin de faciliter la distanciation sociale à l'extérieur.
  • Les premières études, pour l'heure non validées, laissent pourtant penser que la propagation du virus en extérieur est très limitée.

La question divise presque autant que celle de la réouverture des écoles. Faut-il maintenir la fermeture des parcs et jardins publics pour limiter la circulation du Covid-19 dans les zones classées « rouge » ? Depuis le déconfinement et plus encore à l’approche du pont de l’Ascension, de nombreux élus franciliens – Anne Hidalgo en tête – militent en faveur de leur réouverture. Objectif : permettre aux habitants de ces zones densément peuplées de prendre l’air tout en évitant les attroupements sur les quelques pelouses accessibles ou les berges. Pour l’heure, ils se heurtent à une fin de non-recevoir du gouvernement qui craint que la réouverture de ces lieux encourage les rassemblements.

Une image résume à elle seule ce bras de fer, celle du canal Saint-Martin bondé le premier soir du déconfinement. L’illustration de la légèreté des Parisiens face au respect des gestes barrières pour les uns, la preuve évidente, pour les autres, d’un manque d’espace. Depuis la semaine dernière, les élus franciliens bénéficient du soutien du CSMF, premier syndicat de médecins libéraux. « Certains trottoirs sont bondés. Les Parisiens, notamment les moins privilégiés qui vivent dans les zones les plus densifiées, n’ont pas eu la possibilité de respirer pendant le confinement et ne le supportent plus », insiste le syndicat, qui alerte sur la « santé mentale » des habitants.

Des études encourageantes mais parcellaires

Si le gouvernement et les élus locaux peinent tant à trouver de terrain d’entente, c’est avant tout en raison du manque de recul sur cette épidémie et notamment l’absence de certitude quant à sa circulation en milieu ouvert. Plusieurs études scientifiques se sont bien emparées du sujet. A Hong-Kong, des chercheurs ont analysé les données issues du registre des contaminations provenant de 120 villes chinoises entre le début du mois de janvier et la mi-février. L'immense majorité des 318 foyers épidémiques détectés, c’est-à-dire l’ensemble des cas ayant comme origine le même patient, enregiste plusieurs sources de contamination. Néanmoins, les infections au sein du domicile sont identifiés dans 80% et dans les transports dans 34%*. A l’inverse, un seul foyer impliquant deux personnes s’est créé dans un environnement extérieur, sans qu’on en connaisse les circonstances. Une seconde étude – japonaise, celle-là – menée sur 110 cas, avance que les risques de contaminations dans un environnement intérieur sont 18,7 fois supérieurs qu’en extérieur.

Mais ces rapports n’ont, pour l’heure, pas été validés par leurs pairs et sont donc sujets à caution. S’ils sont encourageants, de nombreuses questions restent en suspens. Le faible nombre de foyers extérieurs pourraient-ils s’expliquer par la difficulté à retracer les interactions entre des individus infectés ? Ou simplement par le fait que le confinement, qu’il soit imposé ou fortement conseillé, a limité les interactions ? Enfin, des questions pèsent sur la remontée des données en Chine que de nombreux scientifiques estiment parcellaire.

Autorisation expérimentale à La Courneuve

Désormais, les élus franciliens ont les yeux rivés sur le parc interdépartemental de la Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le seul de la région à avoir bénéficié d’une autorisation à titre expérimental. Là-bas, depuis jeudi dernier, les promenades en famille tout comme l’activité sportive individuelle y sont autorisées. Les espaces de jeux sont, en revanche, fermés, tout comme il est interdit de pique-niquer ou de se prélasser dans l’herbe. Reste que dans cet espace de 410 hectares la distanciation sociale est plus facile à faire respecter que dans les parcs parisiens dont le plus grand, celui de la Villette, ne fait que 55 hectares.

* Le fait que les sources de contamination soient multiples explique que les données ne fassent pas 100%