Coronavirus en Ile-de-France : Avec le déconfinement, le vélo change de braquet

TRANSPORT De nombreux aménagements provisoires ont été installés pour favoriser l'usage du deux-roues

Guillaume Novello

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La piste cyclable provisoire Paris - La Défense avec un séparateur en béton.
La piste cyclable provisoire Paris - La Défense avec un séparateur en béton. — Jacques Witt/SIPA
  • Respectueux de la distanciation sociale et écolo, le vélo est propulsé comme moyen de locomotion phare du déconfinement.
  • Les pouvoirs publics ont multiplié les aménagements provisoires, en doublant notamment les lignes de transports en commun les plus fréquentées.
  • Pour les cyclistes, comme pour les associations, ces nouvelles pistes cyclables sont les bienvenues avec l’espoir qu’elles soient pérennisées.

« C’est génial ! » Les aménagements cyclables​ installés rue de Rivoli à l’occasion du déconfinement font l’unanimité parmi les cyclistes en ce lundi après-midi. Geneviève, qui circule avec sa fille qui « découvre le vélo dans Paris », est enthousiaste et assure avoir moins peur car « il y a moins de voitures qui circulent ». « Je trouve ça plutôt bien, appuie Pierre-Louis, 28 ans, cycliste et automobiliste. Une ville sans voiture, c’est assez agréable surtout que rue de Rivoli, c’était l’horreur. On se rend compte que Paris n’est pas si immense, qu’il se traverse très vite. » Professionnel du vélo urbain puisqu’il est coursier, Jérémy, lui, attend de voir. « Je roule depuis ce matin et je n’ai pas vu de grands changements », constate ce jeune trentenaire sur son vélo-cargo. Il note néanmoins qu’à Levallois et Neuilly « des voies de la chaussée ont été réservées aux vélos ». Car les aménagements provisoires en faveur de la petite Reine ne sont pas réservés qu’à Paris et s’étendent dans toute l’Ile-de-France.

Les nouveaux aménagements rue de Rivoli, au premier jour du déconfinement (même si ça ne se voit pas).
Les nouveaux aménagements rue de Rivoli, au premier jour du déconfinement (même si ça ne se voit pas). - G. Novello

La région indique ainsi qu’une dizaine de kilomètres de pistes cyclables provisoires ont déjà été mises en place et que les aménagements se poursuivent cette semaine, sous couvert d’une météo pas trop défavorable. Dans un communiqué datant de fin avril, la collectivité affichait ses objectifs dans le domaine : « Afin de faire du vélo un mode de déplacement à part entière dans le cadre du déconfinement, la Région vise la réalisation de plusieurs lignes provisoires très rapidement, par des aménagements souples et légers permettant de préfigurer le réseau définitif. » L’idée est également de pousser la réalisation du plan vélo et notamment des RER-vélo, à savoir le doublement des lignes de RER par des pistes cyclables.

Un changement « spectaculaire »

Et Stein van Oosteren n’en croit pas ses yeux. « C’est extraordinaire ce qu’il se passe, s’exclame le porte-parole du collectif Vélo Ile-de-France. On est loin d’une région 100 % cyclable mais je peux vous dire qu’en dix jours on a fait plus qu’on aurait fait en dix ans, en temps normal. » S’il y a peut-être un point positif (sauf pour les automobilistes) à retenir de la crise du coronavirus, c’est bien celui d’un boom des aménagements cyclables. « Le changement est très concret, immédiat et spectaculaire », enchaîne Stein Van Oosteren.

Il cite en exemple le pont de Neuilly, rendu cyclable dans le cadre de la mise en place d’un trajet totalement sécurisé pour les cyclistes de Paris à La Défense. « On demandait depuis longtemps la création d’une piste cyclable à cet endroit, ça n’a jamais été possible, et avec la crise sanitaire, ça a été possible d’un seul coup. » Magie du Covid-19, si on peut dire. « Même sur des nationales, ils ont mis des pistes cyclables temporaires, ajoute le militant, c’était absolument inimaginable avant et aujourd’hui en un clin d’œil, ces axes sont devenus cyclables. » En partenariat avec la métropole du Grand Paris, le collectif a d’ailleurs mis en ligne une carte recensant les pistes cyclables existantes et provisoires.

Surtout Stein van Oosteren se félicite de la qualité certains aménagements. Par exemple sur l’axe Paris-La Défense, « il y a un séparateur en béton qui sépare les voitures des vélos et c’est ça qui fait toute la différence, quand vous tirez une simple ligne jaune, ça ne suffit pas pour mettre toutes les personnes en confiance. Or quand il y a un séparateur, tout le monde ose faire du vélo, même un enfant de 7 ans. » Et la sensation de sécurité est primordiale pour que la pratique du deux-roues se développe. Selon un sondage Ipsos pour la fondation Vinci Autoroutes*, « huit personnes interrogées sur dix craignent le comportement agressif des conducteurs motorisés (deux-roues ou voiture) et près de neuf sur dix (89 %) ont peur des prises de risques des autres usagers de la route ».

Et avec ces pistes provisoires, le collectif Vélo IDF entend prouver que le vélo est plus que bénéfique et qu’il faut faire durer le provisoire. « Une piste cyclable transporte, quand elle est bien utilisée, plus de sept fois plus de personnes qu’une voie pour les voitures, argumente Stein van Oosteren. Pour nous, il est très important que les Franciliens et Franciliennes se rendent compte qu’il y a une nouvelle méthode de se déplacer qui respecte la distanciation sociale et permet d’éviter les bouchons. » Il est d’ailleurs persuadé que les pistes qui fonctionnent seront conservées. Et pour appuyer son argumentaire, il est allé compter ce lundi matin avec une bénévole les vélos à Châtillon le long de la D906. « Nous avons tout d’un coup ce dont nous avons besoin pour pouvoir nous déplacer en vélo en sécurité, conclut-il. Ça va démocratiser le vélo en Ile-de-France. »

*Du 28 février au 9 mars 2020, Ipsos a interrogé, par Internet, 2.400 Français âgés de 16 ans et plus, selon la méthode des quotas.