Quatre policiers jugés pour une interpellation musclée

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Des incertitudes, des contradictions et une absence de réquisitions. Hier, la 10e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Créteil (Val-de-Marne) a dû faire face à une affaire délicate dans laquelle quatre policiers de la Brigade anticriminalité (Bac) comparaissaient pour « violences volontaires en réunion ». Restés impassibles pendant près de trois heures, les fonctionnaires ont dû raconter l'interpellation de Jamel B., 24 ans, survenue le 17 mai 2003 à Champigny-sur-Marne. Le jeune homme, appréhendé pour délit de fuite après avoir conduit une mini-moto sans casque, avait été opéré cinq jours plus tard pour une ablation de la rate et une partie du pancréas qui ne pouvait être ainsi atteint que par « un coup direct, violent et très localisé », selon deux expertises médicales.

« Si j'avais dû tendre la jambe pour l'interpeller, je l'aurais dit car ce n'est pas illégal », s'est défendu l'un des quatre policiers. Jamel B., lui, parle de « plusieurs coups » alors qu'il avait la tête face au sol. L'un d'entre eux a été jusqu'à essuyer le sang de son doigt éraflé sur le tee-shirt de l'interpellé. « Je l'ai fait machinalement », a lâché le prévenu, penaud. « Machinalement ?, a relevé la présidente. C'est une attitude curieuse. »

Le ministère public n'a pas prononcé de réquisition. « Je n'exclus pas un coup de pied, mais encore faut-il savoir à qui l'imputer et dans quelles circonstances. Le dossier n'apporte pas de réponses ». Pendant les cinq années d'instruction, le parquet avait requis à deux reprises un non-lieu. « Nous ne sommes pas là pour faire le procès de l'institution, a rappelé l'avocat de la partie civile, Gérard Zbili. Ce qui est révoltant, c'est qu'on a essayé de tordre le coup à la réalité ». Le jugement a été mis en délibéré au 5 janvier.

Carole Bianchi