A L'Haÿ-les-roses, on n'oublie pas

REPORTAGE Trois filles sont jugées ce mardi pour un incendie qui avait tué 18 personnes...

Charles Centofanti - ©2008 20 minutes

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Les « anciens » locataires se disent encore sous le choc. Trois ans et trois mois après l'incendie et la mort de dix-huit voisins, les miraculés du n° 2 de l'allée du Stade à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) attendent, las, le procès qui s'ouvre aujourd'hui à Créteil (lire ci-dessous). Le gardien a beau faire comme si de rien n'était, même les nouveaux locataires ont vu la stèle et « la commémoration tous les ans ». En apparence, l'immeuble ne porte plus de stigmate du drame. Tout a été refait à neuf : éclipsés les lambris dans le hall, les boîtes aux lettres métalliques ont remplacé celles « en bois ».

Christiane Alonso, habitante du 4e étage de la tour qui en compte dix-huit, garde pourtant des souvenirs précis : « Il était 1 h, j'ai été réveillée par la fumée. Je n'oublierai jamais les cris et l'horreur. Dès que j'entends les pompiers, je me réveille en sursaut. » Comme elle, 54 familles - sur les 108 qui occupaient les lieux - sont revenus habiter sur place. Au risque, comme Charlotte Fiawoo, au 11e étage, de rester « bloquée » sur des flashs : « Quand je marche dans l'allée, j'ai l'image des corps alignés dans le bac à sable. Je me suis calfeutrée, c'est ce qui m'a sauvée. » Anne-Marie Cano, dont les parents vivent toujours dans la tour, est en colère : « La vie s'est arrêtée. On a perdu une famille ! Ma fille a voulu abandonner ses études. » Leurs attentes du procès ? « Une punition, qu'elles paient un peu », avance Charlotte. « Il n'y a pas grand-chose à attendre », soupire Christiane. Verdict attendu le 19 décembre.

CRITIQUE
Selon Patrick Sève, maire PS de la commune, les habitants veulent « tourner la page ». Soulignant un décalage « entre la stupidité de l’acte et les décès », il regrette qu’il n’y ait pas eu «une campagne sur les bons gestes en cas d’incendie».