Coronavirus : En Ile-de-France, le retour à l'école s'annonce délicat (voire impossible?)

CORONAVIRUS Appel des maires à décaler l’ouverture des écoles, incertitudes et grève de certains enseignants… Dans quelles conditions va se dérouler le retour des petits franciliens dans les classes ?

R.L.

— 

Illustration d'une école.
Illustration d'une école. — Nicolas Messyasz/SIPA
  • « La rentrée sera très progressive », dans les écoles maternelles et primaires prévient le Directeur de l’académie de Paris, Marc Teulier.
  • 329 maires d’Ile-de-France, y compris la maire de Paris Anne Hidalgo, ont écrit au président Emmanuel Macron pour lui demander de repousser la réouverture des écoles.

Une reprise le 11 mai ? Rien de moins sûr. Alors que le plan de déconfinement sera progressivement mis en œuvre à partir de lundi prochain, de nombreuses inconnues demeurent et notamment en Ile-de-France qui fait toujours partie des régions les plus touchées par l’épidémie de coronavirus. Le travail et les transports en commun font partie des préoccupations majeures. Mais la réouverture des écoles reste le secteur où le doute et les questionnements sont les plus prononcés.

A Paris, les enseignants feront leur retour à l'école le 11 mai, trois jours avant les élèves, attendus à partir du jeudi 14 mai, pour « donner le temps aux écoles de s’organiser », selon un courrier du Directeur de l’Académie adressé dimanche soir aux chefs d’établissements. Alors que les précautions et directives du gouvernement font face à une demande des maires de décaler l’ouverture à une date ultérieure, 20 Minutes fait le point sur la situation dans les écoles franciliennes.

L’appel des maires

Dimanche, 329 maires d’Ile-de-France, y compris la maire de Paris Anne Hidalgo, ont écrit au président Emmanuel Macron pour lui demander de repousser la réouverture des écoles, dénonçant un déconfinement « à marche forcée ». « Nous, maires d’Ile-de-France, vous demandons solennellement de repousser la date de réouverture des écoles s’agissant des départements classés rouges et en particulier de l’Ile-de-France à une date ultérieure au 11 mai, qui permettra l’application stricte d’un protocole sanitaire tout aussi strict qui commence à peine à être diffusé aux villes », écrivent les maires dans cette lettre ouverte au président, publiée sur le site de La Tribune.

Le calendrier « est, dans la plupart de nos communes, intenable et irréaliste », expliquent les édiles. « Nous apprenons, dix jours avant la date de réouverture des écoles, qu’il appartiendrait aux maires de décider de la réouverture des écoles, et aux parents de décider du retour vers le chemin des classes de leurs enfants », et « que nous ne saurons que le 7 mai, à la veille d’un week-end de trois jours précédant la rentrée annoncée, si nos départements sont officiellement classés en zone rouge », développent-ils. « Tout cela ne s’improvise pas du jour au lendemain ». Le gouvernement de son côté semble confiant.

« La majorité des écoles » au rendez-vous, selon le ministre

La « majorité des écoles » maternelles et primaires seront au rendez-vous du 11 mai, a assuré le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, avec un maximum de quinze enfants par classe. Les écoles devront respecter un protocole sanitaire très strict : lavages des mains répétés, jeux proscrits, désinfection du matériel… un vrai casse-tête, surtout en maternelle, font valoir certains enseignants.

De nombreux maires ont fait savoir qu’ils ne rouvriraient pas les écoles le 11 mai. Des communes de Seine-Saint-Denis (Bobigny, Drancy, Saint-Ouen, Coubron, Livry-Gargan, Noisy-le-Sec, Le Raincy, Le Bourget) s’était déjà prononcé en faveur d’une non-réouverture des écoles. La situation est similaire à Stains et Montreuil. Dans l’Essonne, des enseignants ont aussi déposé un préavis de grève du 11 mai au 4 juillet.

Quid de Paris ?

Dans la capitale, seuls 10 % des écoliers pourront être accueillis dans leurs établissements scolaires publics, a expliqué au Figaro Patrick Bloche, adjoint à la maire de Paris, chargé de l’éducation. Ce qui correspondrait à 13.000 enfants. « Si on l’atteint, ce sera déjà très bien », a ajouté l’adjoint, évoquant le classement de Paris en « zone rouge ». « La rentrée sera très progressive », dans les écoles maternelles et primaires prévient le Directeur de l’académie de Paris, Marc Teulier.

La candidate LR aux élections municipales de Paris, Rachida Dati, s’est inquiétée ce lundi que la réouverture des écoles ne crée une « remise en cause profonde de notre principe d’obligation scolaire », alors que le retour des élèves se fera sur la base du volontariat. « On est passé de la reprise progressive de l’école à une reprise basée aujourd’hui sur le volontariat des parents », a regretté au micro de France Info la maire 7e arrondissement de la capitale.

A partir du jeudi 14 mai, trois catégories d’élèves retourneront toutefois en classe en priorité, assure le Directeur de l'académie de Paris : « Les élèves de grande section, CP et CM2 », qui sont des « classes charnières où les apprentissages sont à conforter », ceux qui sont « en situation de fragilité ou de précarité sociale » et « les enfants de professionnels exerçant une activité indispensable à la gestion de la crise sanitaire et à la reprise progressive de l’activité ».