Coronavirus : « Ils n’ont jamais pris la ligne 13 ! », l'épineuse question de la distanciation dans les transports

DECONFINEMENT Alors que le Premier ministre a annoncé son plan de déconfinement, les usagers des transports en commun, notamment ceux de la ligne 13, la ligne la plus empruntée de réseau francilien, sont sceptiques sur son application

Caroline Politi avec Guillaume Novello

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Ce mercredi, vers 11 heures du matin sur la ligne 13 du métro.
Ce mercredi, vers 11 heures du matin sur la ligne 13 du métro. — Caroline Politi/20 Minutes

« Je dois avouer que j’appréhende vraiment le 11 mai », confie Aurélie, le visage dissimulé derrière un large masque chirurgical. Ce mercredi, en milieu de matinée, le quai de la ligne 13 à la station Mairie de Clichy, dans les Hauts-de-Seine, est quasiment désert, mais qu’en sera-t-il lorsque le confinement prendra fin ? La jeune femme, qui travaille à la crèche de l’hôpital Saint-Louis à Paris, assure avoir noté une augmentation de la fréquentation sur cette ligne – la plus empruntée d’Europe – depuis une dizaine de jours. « Au début du confinement, on était vraiment peu dans les rames, mais depuis que la date du 11 mai a été annoncée, il y a chaque jour plus de monde. » Si bien qu’elle envisage de ne plus utiliser le métro si la situation venait à empirer. « Je me remettrais au Vélib, j’ai l’habitude avec la grève. »

Mardi après-midi, lors de son allocution devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre a confessé que la question de l’organisation des transports en commun, était – au même titre que l’école – l’un des points les plus épineux du plan de déconfinement. Comment respecter la distanciation sociale dans des lieux clos et exigus ? Edouard Philippe prévoit de « remonter au maximum l’offre de transport urbain » pour éviter aux usagers de s’entasser dans des trains bondés. Actuellement, sur le réseau RATP, seules 30 % des rames sont en service, elles devraient passer à 70 % le 11 mai pour rapidement atteindre 100 %. Le gouvernement veut coupler cette hausse de l’offre à une baisse de la demande. « Il faudra condamner un siège sur deux, favoriser par des marquages au sol la bonne distanciation sociale et se préparer à limiter les flux », a-t-il précisé. Depuis le début du confinement, 500.000 personnes utilisent quotidiennement les transports franciliens contre cinq millions en temps normal. « Le 11 mai, il faut qu’il y ait un à deux millions de voyageurs maximums », insiste auprès de 20 Minutes Ile-de-France Mobilités.

« Je m’éloigne de tout le monde, je ne touche personne »

Ce mercredi matin, les quais de la station parisienne de la place de Clichy – qui d’ordinaire ne désemplissent quasiment jamais – sont clairsemés. Une quinzaine de personnes en moyenne attendent leur métro mais au gré des correspondances, ils sont parfois 30 ou 40 à arriver d’un coup. En fond sonore, des messages de prévention tournent en boucle, rappelant les règles de prévention essentielles. Dans les trains, on compte une vingtaine d’usagers par wagon, soit effectivement un sur deux, mais l’heure de pointe est passée depuis un bon moment. « Je suis en horaire décalé, je commence souvent à 6h30, donc y a pas grand monde mais aux heures de pointe, on est parfois un peu serré, pas autant qu’avant, mais on est à moins d’un mètre », assure Prince, 25 ans. Chaque jour, cet habitant de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, traverse la moitié de Paris pour rejoindre son lieu de travail, dans le 12e arrondissement.

Dosso, 49 ans, fait quant à elle quasiment le trajet inverse – Nation-Saint-Denis – deux fois par semaine. Si elle apprécie ce calme relatif dans les transports en commun en ce moment, elle reste sceptique quant aux mesures avancées par le gouvernement. « Il y aura peut-être moins de monde dedans, mais les autres, ils seront où ? Ça veut dire qu’on attendra longtemps sur le quai avant de pouvoir monter ? », s’interroge la mère de famille. Pour limiter l’usage des transports, tous les acteurs insistent sur la nécessité de poursuivre au maximum le télétravail ou d’étaler les horaires dans les entreprises pour éviter les heures de pointe. « Ces gens n’ont jamais pris la ligne 13 ! Même le 15 août à 6 heures du matin y a du monde ! », sourit Glody. Le trentenaire ne se sent pas stressé par le déconfinement mais reste sceptique sur la possibilité de maintenir la distanciation sociale dans les transports. « On ne peut pas tous faire du télétravail, moi je suis sur des chantiers, je ne peux pas le faire sur mon ordinateur ! »

Masque pour tous

Si à partir du 11 mai, le port du masque sera obligatoire dans tous les transports en commun, une large partie des usagers a d’ores et déjà anticipé la demande. Ce mardi, ils sont, à vue de nez, un peu plus d’un tiers à se le cacher justement. « Ca me rassure, je me dis que c’est mieux que rien, même si franchement, c’est super désagréable. Ca tombe, ça met de la buée sur mes lunettes et dès que je bouge la tête je ne vois plus rien », raconte Juliette, la vingtaine. « C’est parce qu’il est mal mis votre masque », intervient Akli qui patientait sur le quai.

En la matière, l’homme s’y connaît : il travaille pour une entreprise spécialisée dans les prestations de santé à domicile. « On vend des masques aussi ! » Lui pourtant n’en porte pas alors même que chaque jour, il arpente la capitale de long en large. « Je suis hyper attentif, je m’éloigne de tout le monde, je ne touche personne », explique-t-il. S’il assure que les gens sont plutôt respectueux dans les transports en commun depuis le début du confinement, il s’inquiète d’une recrudescence de l’agressivité après le 11 mai. « Je pense que les gens vont sortir de leur bulle, être excédé dès qu’ils seront bousculés. Et puis, la peur, ça peut faire dérailler. »