à la prison de Meaux, les détenus travaillent pour s'évader

Carole Bianchi - ©2008 20 minutes

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Prison cherche entreprises pour faire travailler ses détenus. Au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers (Seine-et-Marne), 130 prisonniers assurent l'assemblage ou le conditionnement de produits en échange d'un menu salaire. Et faute de commandes, nombre de détenus sont sur liste d'attente pour accéder aux ateliers. « Entre 2000 et 2008, 40 % des entreprises privées, avec lesquelles nous travaillons, n'ont pas renouvelé leur contrat car elles sont, pour la plupart, parties à l'étranger, explique Mourad Laichouchene, responsable du travail en détention à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris, couvrant l'Ile-de-France et le centre. Aujourd'hui, nous voulons leur dire que la délocalisation en prison est tout aussi intéressante. Pour eux et pour les détenus. » Avec la souplesse de production, la mise à disposition de locaux gratuits et la qualité de formation, les arguments ne manquent pas. D'autant que les nouvelles prisons, comme celle de Meaux inaugurée en janvier 2005, sont obligatoirement équipées de grands ateliers pour améliorer la réinsertion des détenus et leur donner une certaine autonomie vis-à-vis de leur famille. Avec ses 300 euros par mois, Michel*, 61 ans, explique qu'il s'achète des « tablettes de chocolat, du lait, du dentifrice de meilleure qualité ». Des douceurs qui lui permettent de « mieux supporter la détention ».

Grâce à son expérience de fraiseur, il a pu obtenir un poste de contrôleur dans l'atelier. Lui et ses « collègues » travaillent entre 5 et 7 heures en moyenne par jour et sont payés à la cadence de leur production. Dans une autre salle, José*, 46 ans, assemble des lampes pour le sous-traitant d'une grande entreprise française, qui ne sait pas que ses produits sont conditionnés en prison. Certaines sociétés, de luxe parfois, ne souhaitent pas que leur nom soit associé au milieu carcéral. « C'est un sujet encore tabou, reconnaît Martin Cacheux, l'un des responsables de la société Gepsa, prestataire privé gérant le travail à Meaux. Beaucoup évoquent la difficulté d'intervenir en prison ou encore le manque de qualité. Mais c'est faux. »

José atteste : « On n'est pas plus bêtes que la moyenne. Quand on nous montre, on apprend. De toute façon, on est plus ou moins obligés. L'administration pénitentiaire préfère nous voir à l'atelier plutôt que dans la cour à faire des conneries. »

* Les prénoms ont été changés.