Coronavirus : « Si le gouvernement ne fait rien, des milliers d’animaux vont être euthanasiés », alerte le président de la SPA

CORONAVIRUS Face à l’engorgement des refuges, les fourrières pourraient se tourner dans quelques jours vers la solution de l’euthanasie de milliers d’animaux abandonnés 

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Un chien. Illustration.
Un chien. Illustration. — Sherilyn Vineyard/Shutt/SIPA

La SPA lance un cri d’alarme. « C’est un appel à l’aide et au bon sens », explique à 20 Minutes Jacques-Charles Fombonne, président bénévole de la SPA. Ce lundi, sur FranceInfo, il a détaillé la situation extrêmement tendue dans les refuges en France. Face à des centaines d’appels de gens prêts à adopter les animaux et le mutisme du gouvernement, il revient pour 20 Minutes sur l’impasse actuelle, sur le risque d’euthanasie de milliers de bêtes par les fourrières et la situation en Ile-de-France qui compte six refuges.

Comment gérez-vous la situation inédite et extrêmement tendue dans les refuges de la SPA ?

Dans les 53 refuges de l’ensemble du territoire, nous avions 4.300 animaux au début du confinement. Nous en sommes aujourd’hui à 5.600 et nous disposons de 7.000 places. Habituellement, nous recueillons tous les mois 3.600 animaux et nous en donnons autant à l’adoption. Là, nous sommes tout bêtement dans la situation d’un réservoir qui se remplit avec l’accueil d’animaux abandonnés, perdus ou errants, venant des fourrières. Mais s’il n’y a plus de places, car aucun animal ne sort, et personne pour les prendre, la réglementation pour ces structures, c’est l’euthanasie.

C’est la même situation dans les six refuges d’’Ile-de-France ?

Nous sommes à 90 % de notre capacité. Il nous reste 1.400 places en France et 300 concernant les refuges d’Ile-de-France. Nous arrivons vite au bout de l’exercice. On ne pourra pas pousser les murs, entasser les animaux. Nous allons essayer de trouver des places chez des éleveurs, des pensions, de placer quelques animaux dans des familles d’accueil mais à un moment nous serons obligés de dire aux fourrières qu’on ne peut plus les prendre. Et ce sera automatiquement l’euthanasie. Les fourrières ont accepté de garder les animaux un peu plus longtemps, mais quand nous aurons atteint notre capacité maximale, dans une dizaine de jours, les fourrières vont passer à l’endormissement.

Quelle est la solution pour éviter d’arriver à une telle situation d’euthanasie ?

Depuis une dizaine de jours, nous essayons d’avoir de la part du gouvernement une dérogation pour permettre aux gens de venir adopter dans les refuges. La Wallonie a fait ça. Nous, le ministère de l’Agriculture nous a dit que c’était compliqué parce qu’il faudrait un arrêté interministériel. On a aussi pris contact avec les préfets dans les départements où nous avons des refuges. On nous a dit de voir avec le ministère. Bref, on se mord la queue. De notre côté, la procédure est prête : on propose au ministère que les gens choisissent l’animal sur Internet, qu’ils prennent un rendez-vous individualisé pour être seul sur place dans le refuge. On leur présente l’animal à distance et ils repartent avec. Mais on arrive à se demander si l’État n’abandonne pas une seconde fois les animaux. Si le gouvernement ne fait rien, des milliers d’animaux vont être euthanasiés.

Vous aviez beaucoup de craintes sur le risque d’augmentation des abandons au début du confinement… Qu’en est-il ?

Oui, nous avions peur, d’autant plus que des crétins se sont amusés à dire que les animaux pouvaient transmettre la maladie. On sait qu’il n’en est rien. En tout cas, nous n’avons pas d’augmentation des abandons. On est vraiment content sur ce point. En fait, nous sommes dans cette situation idiote où il y a des milliers d’animaux à adopter et nous recevons des centaines d’appels par jour de gens qui sont prêts à le faire. Mais il manque simplement un coup de tampon pour que l’administration autorise via l’attestation de déplacement, de venir adopter. L’animal, pour des gens seuls chez eux, est un vrai anxiolytique.