«Les crèmes blanchissantes sont partout»

Charles Centofanti - ©2008 20 minutes
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Nouvelle affaire de crèmes blanchissantes, hier, devant le tribunal correctionnel de Paris. Comme la semaine dernière, un commerçant du quartier de la Goutte d'or (18e) a dû s'expliquer sur la saisie, en septembre, de 2 000 tubes de crème éclaircissante prohibée, dans sa boutique du boulevard Barbès.

Ces produits comportaient tous de l'hydroquinone, un composant cancérigène interdit à la vente dans l'Union européenne depuis 2000. Qui achète ces crèmes ? Pour quelles raisons ? Est-il encore possible de s'en procurer facilement ? 20 Minutes a mené l'enquête autour de la station de métro Château-Rouge.

«C'est facile à obtenir!»

Premier constat : les boutiques de cosmétiques abondent dans ce quartier composé d'une population essentiellement d'origine africaine. A l'intérieur des échoppes, de faux ongles, de faux cheveux, ainsi qu'une multitude de produits pour se blanchir la peau. Les vendeurs expliquent que ces crèmes contiennent des plantes, en aucun cas des substances interdites.

Mais, il suffit de prononcer le terme « hydroquinone » pour susciter la crainte : « C'est interdit, certains ont eu des problèmes avec ça, on n'en vend pas chez nous. » Pourtant, en insistant, un gérant de boutique de cosmétiques confie qu'il y a une vraie demande d'hydroquinone : « Il y en a partout, les ordonnances pour les produits les plus forts, c'est facile à obtenir ! La vérité c'est qu'on nous empêche de travailler. Si les produits arrivent ici c'est qu'ils passent les douanes, non ? »

Contrôles «réguliers»

La douane explique, elle, avoir « rarement » des saisies d'envergure en la matière. La dernière remonte à 2006 : quelque 20 000 savons et lotions éclaircissants, destinés à alimenter notamment la région Ile-de-France, avaient été découverts au port du Havre. Jean-Paul Pecquet, commissaire divisionnaire du 18e, souligne que les contrôles sont « réguliers » dans la Goutte d'Or, qui n'est pas le seul quartier touché, à l'instar de Château d'Eau (10e). Mais il le reconnaît : « Il y a encore des ventes de produits interdits. C'est très clandestin, ça se fait sous cape, dans les arrière-boutiques.