Coronavirus en Ile-de-France : Des ordures au nettoyage des rues, les services propretés en branle-bas de combat

PROPRETE La production de déchets en Ile-de-France a chuté de l'ordre de 30% depuis le début du confinement

Guillaume Novello

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La collecte des ordures ménagères se poursuit aux horaires habituels à Paris malgré le coronavirus, comme ici le 23 mars.
La collecte des ordures ménagères se poursuit aux horaires habituels à Paris malgré le coronavirus, comme ici le 23 mars. — PATRICK GELY/SIPA
  • Face à l’épidémie de coronavirus, les services propreté des communes d’Ile-de-France se sont réorganisés pour permettre la collecte quasi-normale des déchets, comme c’est le cas à Paris.
  • Dans la capitale, le nettoyage des rues est également maintenu mais avec une moindre fréquence tandis que certaines missions sont pour l’heure suspendues.
  • Une fois collectés, les déchets sont dans leur très grande majorité, incinérés, même s’il s’agit d’ordures triées, coronavirus oblige.

Descendre les poubelles est devenu beaucoup plus attractif depuis le début du confinement. Mais que deviennent ensuite nos ordures en ces temps d’épidémie du coronavirus ? Eh bien elles sont globalement collectées et traitées comme avant la crise, du moins en Ile-de-France. « La collecte se fait normalement dans la grande majorité des collectivités locales », indique le Syctom, « l’établissement public chargé de traiter et valoriser les déchets produits par 6 millions d’habitants de 85 communes » (Paris et les communes proches).

« Depuis le 16 mars on a totalement réorganisé notre manière de travailler, mais la priorité est le ramassage des ordures », indique pour sa part Paul Simondon, adjoint à la mairie de Paris en charge de la propreté et de la gestion des déchets. En raison de l’épidémie de Covid-19 et pour « protéger les agents », le service propreté « travaille à effectifs très réduits », ce qui fait également moins de monde à se croiser dans les garages. Pour avoir un ordre de grandeur, un millier d’agents sont mobilisés chaque jour en roulement, ce qui revient à effectuer « un tiers des journées habituelles ».

Moins de personnels car moins de déchets

Cette réduction drastique du personnel est rendue possible par la chute de la quantité d’ordures produites. « Nous avons eu, pour l’Ile-de-France, une baisse de 30 % des déchets collectés la semaine dernière », relève le Syctom. Une baisse qui atteint même les 35 % à Paris. Cette diminution s’explique selon l’établissement public par trois facteurs : « D’abord, la baisse de l’activité économique, avec la fermeture des commerces et des restaurants a réduit la quantité de déchets produite ; ensuite le départ de Franciliens en province, que certains estiment à un million, réduit également la production d’ordures ; enfin peut-être que le confinement a modifié la consommation des ménages, avec moins de gaspillage. »

A Paris, la réduction des effectifs mobilisés touche aussi le service nettoyage des rues. « Certaines rues demandent moins d’attention car les restaurants sont fermés, précise Paul Simondon. Dans d’autres, restent des SDF ou des personnes en errance et il y a une production de déchets qui se retrouvent dans l’espace public. » Face au coronavirus, la mairie de Paris privilégie les engins de nettoyage comme les balayeuses, « de manière à isoler les agents ». D’ailleurs, « nous avons fourni du matériel de protection aux agents comme des masques et du gel hydroalcoolique, détaille l’adjoint. Et on désinfecte les camions-bennes avec du produit d’ordinaire utilisé par les égoutiers. »

La fête du tag

Mais si le ramassage des ordures et le nettoyage des rues – « missions essentielles » – sont maintenus à Paris, d’autres tâches ne sont plus effectuées. C’est le cas du détaguage, du ramassage des encombrants tandis que les déchetteries ont été fermées. « Si vous avez une vieille étagère, vous pouvez sans doute la garder le temps du confinement, voire la réparer », commente Paul Simondon.

Il n’y a pas que la collecte qui a subi des aménagements en raison du coronavirus, c’est aussi le cas de la gestion des déchets. « Nos trois usines d’incinération de Saint-Ouen, Issy-les-Moulineaux et Ivry-sur-Seine, ainsi que le centre de transfert de Romainville continuent à fonctionner normalement », indique le Syctom. En revanche sur les six centres de tri, un est en travaux, quatre sont fermés en raison du coronavirus, et ne reste que celui d’Issy-les-Moulineaux en état de fonctionnement. Ce qui signifie qu’une partie des ordures de la poubelle de tri est directement incinérée.

Faut-il pour alors poursuivre le tri ? Oui, répond avec vigueur le Syctom qui précise : « Tout d’abord, vous ne savez pas si vos déchets triés seront recyclés ou incinérés, ensuite il ne faut pas perdre les bonnes habitudes, surtout depuis l’extension des consignes de tri de janvier dernier, enfin si on arrête le tri, les poubelles résiduelles [les vertes, ndlr] vont déborder et ça va désorganiser le système de collecte. » Ne changez rien à vos habitudes, donc. Et pour ceux qui s’inquiètent de l’environnement, sachez que le tri demande beaucoup de personnels contrairement aux usines d’incinération, avec donc un risque plus grand de contamination au coronavirus. Et le volume annuel de déchets triés équivaut à 187.000 tonnes sur les 2,3 millions de tonnes de déchets collectés au total, soit 8 %. Leur partielle incinération ne changera malheureusement pas tellement la donne.