Coronavirus à Paris : Pourquoi la crise sanitaire pourrait renforcer Anne Hidalgo en vue du second tour

ELECTIONS Arrivée bien en tête au premier tour des municipales, Anne Hidalgo apparaît renforcée par sa gestion de la crise du coronavirus

Guillaume Novello

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Anne Hidalgo, lors de sa déclaration à l'issue 
 du premier tour, dimanche 15 mars, à Paris.
Anne Hidalgo, lors de sa déclaration à l'issue du premier tour, dimanche 15 mars, à Paris. — Stephane Lemouton -POOL/SIPA
  • Confrontée à de nombreuses crises lors de son mandat, Anne Hidalgo use de son expérience pour faire face à l’épidémie de coronavirus et au confinement.
  • Victorieuse au premier tour des municipales, elle se trouve ainsi confortée dans l’optique du second.
  • Parmi ses adversaires contraints au silence médiatique, seule Rachida Dati semble en mesure de contester l’hégémonie de la maire de Paris.

Une fois de plus, Anne Hidalgo a enfilé son costume de maire de crise. Sauf qu’à la différence des attaques terroristes de 2015 ou de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame, la crise du coronavirus intervient dans l’entre-deux tours des municipales. Une situation inédite qui pourrait bien conforter la maire sortante en vue du second tour prévu le 21 juin, elle qui était en tête à l’issue du premier round avec 30 % des voix contre 22 % pour Rachida Dati et 17 % pour Agnès Buzyn.

« Cette crise est absolument terrible, mais, autant Anne Hidalgo a pu être critiquée sur des aspects de son bilan, autant les Parisiens, globalement, reconnaissent sa solidité, sa stature, notamment pendant les crises qui n’ont pas manqué lors de son mandat », relève Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Pour l’analyste politique, « cette crise réactive l’image de solidité, de stature, de maîtrise, de capacité à être un marin de gros temps. » Utile quand la devise de Paris est Fluctuat nec mergitur.

Copain-copain avec la pref'

Et de fait, Anne Hidalgo a récupéré son caban de capitaine et fait front dans la tempête. « L’Etat, les pouvoirs publics, apparaissent parfois ballottés au gré des vents et des informations contradictoires, juge Frédéric Dabi, mais la maire de Paris ne prête pas le flanc à cette critique-là. » Et pour ce faire, elle n’hésite pas à pousser les feux, fermant les parcs et jardins de Paris, devançant le gouvernement sur les marchés et tapant du poing sur la table quand les habitants ne respectent pas le confinement. « Dès le lendemain du premier tour, Anne Hidalgo s’est consacrée entièrement à la lutte contre le coronavirus et à la gestion du confinement », dit d’elle son directeur de campagne, Jean-Louis Missika, pas bégueule pour assurer le service après-vente.

Mieux, la maire de Paris a mis de côté ses bisbilles avec la préfecture de police de Paris, notamment sur la sécurité, et les deux travaillent à présent main dans la main. Jean-Louis Missika, qui confirme une nette amélioration des relations entre les deux autorités, précise qu’Anne Hidalgo et Didier Lallement « se téléphonent plusieurs fois par jour et travaillent de façon totalement coordonnée ». Cela s’est vu notamment lors de la publication de communiqués conjoints et surtout lors de la fermeture du Champ-de-Mars et des voies sur berges, effectuée de concert.

Loin des affrontements politiciens

De manière plus générale, Anne Hidalgo prend bien garde de ne pas descendre dans l’arène politique. « Elle ne critique pas le gouvernement et elle n’est pas du tout rentrée dans une logique politicienne, note Frédéric Dabi. Là aussi, elle coche une case en termes d’attentes des Parisiens qui disent "on n’a pas à rentrer dans des querelles politiciennes dans un contexte où le pays connaît une situation si grave". » Elle n’en est que plus difficile à atteindre pour ses adversaires.

Ces derniers sont contraints à l’expectative. Ainsi, Rachida Dati « a interrompu sa campagne et est très mobilisée comme maire du 7e arrondissement sur la manière d’être au plus près des habitants et des commerçants pendant la période de la crise », précise son équipe de campagne. La candidate LR refuse, elle aussi, de s’avancer sur le terrain politicien. « Aujourd’hui, ça serait malvenu et incompris de la part des Parisiens qu’on continue à porter le débat des municipales alors qu’on est en pleine crise sanitaire », juge son équipe. « Rachida Dati est la seule maire d’arrondissement élue dès le premier tour mais elle parle du 7e même si elle essaie de rayonner en dehors, juge Frédéric Dabi. De ce point de vue là je ne pense pas qu’elle soit fragilisée par la séquence même si toute la lumière médiatique va à la maire de Paris. »

Gare au retour de bâton

Pour Agnès Buzyn, c’est beaucoup plus compliqué. Reléguée à la 3e place au premier tour, la candidate LREM se fait très discrète depuis cet article dans Le Monde où elle a longuement étalé ses regrets. « Elle s’est crashée, assène le directeur général adjoint de l’Ifop. Elle a coché toutes les mauvaises cases, mauvaise perdante, elle a également enfoncé un coin dans la Macronie et la solidarité gouvernementale. On ne va pas se projeter sur ce second tour, mais la situation est pour elle quasi-désespérée. » Ce qui ne doit pas déplaire à ses deux rivales.

Anne Hidalgo apparaît donc plus que jamais en position de force dans la bataille municipale qui s’annonce. Mais attention, agir face à une crise est « à double tranchant, prévient le politologue Olivier Rouquan. Il y a une augmentation momentanée de popularité qui est réversible avec autant de violence. En fonction des résultats, du devenir de cette crise, le surcroît de popularité peut se transformer en véritable déroute. »

Prudent, Jean-Louis Missika assure que « nous devons focaliser notre attention sur la crise », et que « personne ne se pose ces questions [sur le second tour] dans l’entourage de la maire ». Mais les proches de Rachida Dati ne baissent pas les armes pour autant et attendent le moment opportun : « On fera en sorte que les Parisiens ne soient pas privés d’un débat sur le bilan d’Anne Hidalgo et la gestion qu’ils souhaitent pour les six prochaines années, cette élection ne doit pas passer en sous-main comme quelque chose qu’il faut terminer en se privant du débat qu’attendent les Parisiens. »