Coronavirus : Confinement général, jour 2… Les Parisiens (re)découvrent les oiseaux

LA VIE EN CONFINEMENT Confinés, les Parisiens – ceux qui n’ont pas fui la capitale – observent depuis leur fenêtre le spectacle de la vie et de la nature. Un événement gratuit et quotidien qu’ils savourent

Romain Lescurieux

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Un rouge-gorge familier.
Un rouge-gorge familier. — USLOOS/SIPA
  • Les oiseaux sont-ils revenus dans la capitale en raison d’une baisse importante du bruit, de la pollution et de la population ? Non, répond Emmanuel du Chérimont, membre du conseil territorial de la Ligue de Protection d'Ile-de-France.
  • « Ils étaient déjà là, mais on ne les entendait pas, on ne prenait pas le temps de les écouter. On n’y prêtait plus attention », indique-t-il.
  • Pour la LPO, le confinement est l’occasion de les écouter et d’apprendre leur chant.

Adieu SUV, bonjour corvidés et gallinacées. Au jour 2 du confinement général, les Parisiens vont de surprise en surprise. Bloqués chez eux en raison de l’épidémie de coronavirus qui secoue la France, ils découvrent stupéfaits, depuis hier matin, le plus grand des spectacles gratuits : celui de la vie. Il y a les « Parisiens » qui sont partis en exode et qui se délectent ( avec égoïsme?) des joies de la campagne et les Parisiens qui profitent donc d’une ville figée où la nature reprend doucement ses droits. Chants d’oiseaux, canards sur les trottoirs, pigeons sur les bords de fenêtres, goélands sur les toits et retour des moineaux qui avaient disparu de Paris ?… 20 Minutes a appelé la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) pour en savoir plus.

« Ils étaient déjà là, mais on ne prenait pas le temps de les écouter »

Les oiseaux sont-ils revenus dans la capitale en raison d’une baisse importante du bruit et de la pollution, comment on peut le lire sur les réseaux sociaux ? Non, répond Emmanuel du Chérimont, membre du conseil territorial de la LPO Ile-de-France. « Effectivement Paris est devenu plus silencieux et on peut entendre beaucoup plus facilement les chants d’oiseaux notamment avant le lever du soleil et en fin d’après-midi. Mais ils n’ont pas bougé », explique le spécialiste. En fait, ce sont simplement les Parisiens qui se sont arrêtés. « Ils étaient déjà là, mais on ne les entendait pas, on ne prenait pas le temps de les écouter. On n’y prêtait plus attention », complète-t-il.

Et de préciser : « Tout l’intérêt de ce confinement c’est que l’on peut prendre le temps. Le temps d’apprendre les chants pour les reconnaître. Car il faut d’abord écouter pour voir », analyse-t-il. Même si pour le moment, par chance, nous les voyons bien, car il y a peu de feuilles aux arbres. Et qu’entend-on réellement ?

Il faut distinguer le chant, du cri, selon le spécialiste. Le chant – qui est principalement du ressort du mâle mais il y a des exceptions notamment chez le rouge-gorge – a deux fonctions : Une fonction territoriale, le but étant de défendre son secteur. « En gros, l’oiseau dit « ne venez pas chez moi, sinon il y aura bagarre », traduit Emmanuel du Chérimont. Deuxième fonction : Attirer la femelle sur ce territoire, explique Emmanuel du Chérimont qui précise que nous sommes d’ailleurs en pleine période de nidification. Enfin, quelles espèces peut-on observer ou entendre durant ce confinement ?

Goélands, mouettes, rouges-gorges et pigeons ramiers

Les espèces d’oiseaux sont nombreuses, quand on tend un minimum l’oreille. Il y a en effet le pinson des arbres et son « chant facile à retenir », le rouge-gorge qui est aussi bien présent à Paris mais avec un chant « riche, complexe et varié ». On peut également croiser des canards, observer des mésanges charbonnières, le fameux pigeon ramier, quelques faucons, des mésanges bleues, des mouettes rieuses – qui ne nichent pas à Paris mais en banlieue – et des goélands qui, eux, nichent dans la capitale depuis quelques années. Le goéland argenté – qui n’a jamais vu la mer car il y a de moins en moins de poissons dedans – vit désormais dans la capitale, notamment dans les quartiers du Marais, de Saint-Germain ou de Belleville. Ils nichent sur les mitrons des cheminées des immeubles haussmanniens. Et pour se nourrir, ils opèrent des allers-retours vers les déchetteries franciliennes. Quid du moineau ? Le fameux « piaf », emblème de Paris.

« Ce n’est pas ce confinement qui le fera revenir », déplore Emmanuel Du Chérimont. Depuis dix ans, le moineau friquet a disparu de Paris. Et son cousin, le célèbre moineau domestique, est en plein effondrement. Depuis 2003, sa population a chuté de 73 % en raison « des insecticides et de la gentrification », note le spécialiste. « On bouche les trous, les cavités, et on retape les immeubles où ils faisaient leur nid ». Un thème cher à la candidate aux élections municipales, Danielle Simonnet (LFI), qui en avait fait un thème de campagne et le titre de son livre. Mais qui a toutefois aperçu un moineau il y a quelques jours.

Si jamais, vous voulez apprendre à écouter les oiseaux, la LPO invite les gens à se connecter sur son site où de nombreux chants sont à disposition. Demain, confinement général, jour 3… Les Parisiens (re) découvrent leurs enfants.