Coronavirus : Peur, égoïsme ou précaution… Quel est le sens à donner à l’exode des Parisiens ?

CORONAVIRUS 200 km de bouchons et des trains pris d’assaut ce lundi soir, quelques heures avant le confinement…. Cette vieille stratégie « bourgeoise » d’exode n’est toutefois pas sans risques

Romain Lescurieux

— 

Le quartier de l'Opéra ce mardi matin.
Le quartier de l'Opéra ce mardi matin. — SIPA PRESS
  • Les « Parisiens » qui en ont les moyens ont quitté la capitale depuis quelques jours pour se mettre au vert.
  • Ils ont pris la direction de la campagne, le bord de mer, les maisons de famille, secondaires ou louées pour l’occasion. Au Cap-Ferret, un tag « Parigo home virus » est apparu, selon Sud-Ouest.
  • Face au risque de propagation du virus, ce phénomène d’exode inquiète les spécialistes.

La dune du Pilat plus forte que le corona ? Gares bondées, trafic saturé et immeubles vides… Depuis hier, les images de Parisiens quittant la ville tournent en boucle à la télé et sur les réseaux sociaux. Alors que, dimanche, ils flânaient sur les quais et dans les parcs de la capitale, et que la veille, certains chantaient la résistance de Bastille à Pigalle, des Parisiens ont finalement taillé la route ce lundi en fin d’après-midi et dans la soirée. Direction la campagne, le bord de mer, les maisons de famille, secondaires ou louées pour l’occasion. « Faire ses bagages en vitesse et "quitter Paris" pour "se mettre au vert" : pour ceux qui le peuvent, ce choix s’impose comme une évidence », titre l’AFP. Fluctuat nec mergitur ? Rien de moins sûr.

L’exode, une vieille stratégie « bourgeoise »

« Rester dans 40 m2 à deux à Paris, c’est pas possible. Si j’ai la possibilité de bouger, je le fais », explique une Parisienne à l’AFP qui est finalement partie à Montpellier pour un 120 m2, un jardin et une piscine, de quoi supporter la quarantaine, « avec un peu plus de confort », détaille-t-elle. 20 Minutes a également recueilli ce lundi des témoignages de Parisiens et Franciliens sur le départ. Résultats : hier, les routes et les gares ont en effet été particulièrement fréquentées, à partir de la fin d’après-midi, quelques heures avant les annonces d’Emmanuel Macron et le confinement décrété depuis ce midi.

A 19 h hier, un pic de 200 km de bouchons a été enregistré sur les routes et autoroutes d’Ile-de-France, selon Sytadin. Un chiffre toutefois inférieur à la moyenne, nuance la Direction des routes d’Ile-de-France (Dirif), contacté par 20 Minutes. « Ce pic est inférieur au pic de 250 km de bouchons enregistrés un lundi normal ». Mais des bouchons plus inattendus ont eu lieu notamment entre 15 h et 17 h. « Les gens ont avancé leur déplacement », précise-t-on. En revanche, ce matin, il n’y avait plus personne sur les routes. A 14 h, Sytadin compte même 0 km de bouchons. Mais du côté des gares hier soir, les trains ont été également pris d’assaut. « Nous avons constaté une hausse importante de voyageurs dans nos gares parisiennes et nos trains. Il y a du monde mais nous arrivons à gérer », confirme-t-on ce mardi matin à la SNCF, sollicitée par 20 Minutes. Pourquoi un tel phénomène finalement assez propre à Paris ?

Dans l’imaginaire, « la ville reste le lieu des mauvaises odeurs, des maladies et des émeutes », observe auprès de l’AFP le sociologue Jean Viard, pas étonné par cet exode précipité. « C’est un vieux modèle de protection de l’aristocratie », rappelle-t-il. « Historiquement, les bourgeoisies urbaines ont toujours eu une maison à une journée de cheval pour pouvoir mettre leur famille à l’abri en cas de peste ou de chaleur. (…) En 1939, nombre de bourgeois se sont acheté des demeures à la campagne, pour aller y passer la guerre en cas de victoire des nazis. » Pourtant, face à un virus comme le Covid-19, cette stratégie de fuite est-elle vraiment judicieuse ? Au Cap-Ferret, un tag « Parigo home virus » est apparu dans la nuit de lundi à mardi sur une clôture, révèle Sud-Ouest, qui précise que l’arrivée de Parisiens dans leur résidence secondaire juste avant le confinement ce midi soulève des peurs.

« Le risque, ce sont les phénomènes d’exode »

« Le risque, ce sont les phénomènes d’exode. Vous avez une maison dans une région qui est totalement épargnée, vous prenez votre voiture et vous y allez. Si vous êtes malade, et je vous rappelle qu’un malade sur deux ne présente pas de symptômes mais est contagieux, eh bien vous allez conduire le virus dans une région où il n’est pas », a insisté sur LCI Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou… En Italie, c’est même cela qui aurait davantage propagé le virus. « La fuite immédiate des Milanais vers le sud du pays, moins bien équipé médicalement, a contribué à répandre le virus. Et c’est d’ailleurs ce qui a incité le gouvernement a déclenché le confinement général », explique à 20 Minutes, Patrick Zylberman, professeur émérite d’histoire de la santé à l’Ecole des hautes études en santé publique, et qui a aussi été membre du Haut Conseil de la santé publique de 2009 à 2016.

Et de préciser : « Je ne dirais pas qu’en France le risque principal est ce phénomène d’exode, mais c’est certain que les mouvements de gens peuvent propager le virus partout. Le mieux est de limiter les déplacements. » « Nous allons réduire la fréquence et la cadence des trains, notamment longue distance, pour éviter, par ces phénomènes d’exode, que le virus circule davantage », a par ailleurs insisté ce mardi matin Jean-Baptiste Djebbari , secrétaire d’Etat en charge des Transports.