Pin et Pon, de faux pompiers qui apprennent aux enfants les vraies bases du secourisme

SPECTACLE Un spectacle interactif, à l’affiche jusqu’à fin avril à Paris, briefe les enfants dès 3 ans sur les bons réflexes à avoir en cas de problème domestique

Oihana Gabriel
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Le spectacle Pin Pon délivre les informations basiques du secourisme aux enfants dès 3 ans.
Le spectacle Pin Pon délivre les informations basiques du secourisme aux enfants dès 3 ans. — Grigri DGA
  • Alors que la France a du mal à rattraper son retard sur la formation aux premiers secours, on sait que les enfants peuvent être formés dès le plus jeune âge.
  • Un spectacle donné au théâtre Edgar propose depuis quelques semaines d’apprendre de façon ludique et interactive, dès 3 ans, les bons réflexes à avoir en cas d’étouffement, d’incendie, d’empoisonnement…
  • L’auteur et metteur en scène avait déjà créé un spectacle sur la sécurité routière et espère enseigner aux enfants, tout en les amusant, des réflexes qui peuvent sauver des vies.

« Notre formation va bientôt commencer ! », annonce le capitaine des pompiers. Nous ne sommes pas dans une caserne, mais au théâtre*, où le capitaine Pon et son élève Pin vont enseigner de façon ludique et interactive, aux enfants de 3 à 10 ans, le B. a-b. a. du secourisme. En effet, jusqu’à fin avril, deux acteurs endossent ces rôles de pompiers pour proposer un spectacle original… et d’utilité publique.

« Vous êtes bien briefés ! »

Pour commencer, les deux acteurs interrogent les enfants sur leurs connaissances. « Qui appeler en cas de catastrophe à la maison ? » « Le 18 », crient certains petits spectateurs en cœur. « Vous êtes bien briefés ! », s’émerveille Yann Galodé, l’un des deux comédiens. Qui sort alors un énorme téléphone où les enfants peuvent taper les numéros. Après un petit résumé des premiers réflexes à acquérir, mise en condition : Pin doit mettre en pratique ses connaissances dans une maison hantée… avec l’aide des spectateurs. Comment faire face à quelqu’un qui s’étouffe, qui s’empoisonne, qui se coupe ?

Sur la scène, Nicolas Galodé doit résoudre des énigmes avec l'aide des jeunes spectateurs.
Sur la scène, Nicolas Galodé doit résoudre des énigmes avec l'aide des jeunes spectateurs. - Grigri DGA

Mieux qu’une leçon

Nicolas Hirghair a eu cette idée de spectacle éducatif après avoir suivi une formation en Prévention et secours civique de niveau 1 (PSC1) auprès de la protection civile. Qui est d’ailleurs partenaire du spectacle.

« Le formateur m’a dit que tous les enfants qui sont capables de retenir une comptine peuvent apprendre leur adresse, explique-t-il. Une fois que j’avais fini d’écrire la pièce, j’ai appelé le responsable de la formation, qui a corrigé deux ou trois choses, et a validé. C’était primordial. Ce n’est pas un cours de secourisme, mais je voulais avoir son aval pour ne pas dire de bêtises aux enfants. Je pense qu’en s’amusant, ils vont mieux retenir qu’une leçon. » Un credo pour Nicolas Hirghair, qui avait déjà créé une pièce sur la sécurité routière. « Il existe très peu de spectacles pédagogiques pour enfants », remarque-t-il.

« Les enfants osent appeler »

L’auteur n’a pas été jusqu’à apprendre aux enfants à faire un massage cardiaque… « Le message, avant de savoir faire les gestes qui sauvent, c’est de donner l’alerte, se justifie-t-il. J’ai appris, lors de ma formation, que les enfants osent appeler les secours, contrairement aux adultes. Alors autant leur donner le bon numéro ! ». Un numéro qui risque d’ailleurs d’évoluer dans les prochains mois, les pompiers souhaitant notamment réunir les services d’urgences derrière le 112. « Le spectacle évoluera en fonction des décisions du ministère », promet l’auteur. Qui rappelle que l’actualité montre régulièrement que des enfants sauvent leur parent.

« Je me suis rendu compte, par exemple, que personne ne sait ce que les étiquettes sur les produits ménagers veulent dire, souligne Nicolas Hirghair. On a beau dire à un enfant "Ne touche pas, c’est dangereux", s’il ne comprend pas pourquoi, il ne retient pas. »

Un petit mémo pour se souvenir des enseignements

A la fin du spectacle, chaque apprenti secouriste reçoit un petit mémo où il peut renseigner son nom, son adresse et réviser toutes les connaissances acquises. Et faire réviser ses parents… A la sortie du théâtre, les petits semblent aussi heureux que renseignés. « Le 18, je l’avais appris à l’école, mais je ne connaissais pas les produits ménagers dangereux », explique Asia, 7 ans. Son père, Giorgio, complète : « Il y a beaucoup de spectacles pour enfants où on n’apprend pas grand-chose, là c’est très intéressant. Et peut-être que cela peut encourager des vocations ? » « Mon objectif, c’était aussi de rendre hommage aux pompiers, qui sont là pour nous sauver, qu’on doit respecter, », insiste l’auteur, qui regrette que certains se fassent agresser.

Pour Jeanne, 4 ans et demi, c’était une vraie découverte. « Je savais juste que les prises électriques et le feu, c’est dangereux », sourit-elle. Avant de réciter par cœur : « Les couteaux, ça peut couper, si c’est pas grave, je mets un pansement, mais si c’est grave, j’appelle les pompiers ».

« C’est utile aussi pour les parents, ajoute Eric, 36 ans. Je ne savais pas, par exemple, qu’il ne faut pas faire vomir quelqu’un s’il a bu du poison, ou qu’il ne faut jamais toucher quelqu’un qui s’est électrocuté… » « Je glisse souvent un mot aux parents à la sortie de la pièce, pour les encourager à se former », insiste Nicolas Hirghair. Lui espère (si le coronavirus leur permet) donner sa nouvelle pièce en province et s’inviter dans les écoles. « Modestement, si on peut sauver une vie grâce à ce spectacle, j’en serai ravi… ».

* Pin Pon et les petits monstres, au théâtre Edgar, 58 boulevard Edgar Quinet, Paris 14e. Le samedi et dimanche à 14h, tous les jours pendant les vacances scolaires à 17h. De 10 à 18 euros.